ENQUÊTE Les contours de la future Banque publique d’investissement devraient être connus à la mi-octobre. Sa capacité de financement pourrait être plus importante que prévu, mais les entreprises restent sceptiques.
C’était l’une des 60 promesses du candidat socialiste à la présidentielle. Élu président de la République, François Hollande, en a fait l’un des piliers de sa politique de redressement industriel. Depuis la rentrée, la mise en place de la Banque publique d’investissement (BPI) s’est accélérée. Le futur ensemble doit être présenté en Conseil des ministres le 17 octobre. Il pourrait être opérationnel à la fin de l’année.
"Pour les entreprises, cela va changer la vie quotidienne financière", a promis Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, qui pilote le dossier en tandem avec Pierre Moscovici, le ministre de l’Économie et des Finances. La BPI doit améliorer l’accès au financement en réunissant dans une entité les outils publics existants, à savoir la banque publique Oséo pour les prêts et les garanties, CDC Entreprises et la partie consacrée aux PME du Fonds stratégique d’investissement (FSI) pour les fonds propres.
Après l’effet d’annonce, l’enthousiasme des entreprises est retombé. "On a plus de crainte que d’espoir, reconnaît Stanislas de Benzmann, le vice-président de Croissance Plus. Oséo marchait très bien et efficacement. Fallait-il tout bouleverser, au risque de créer un gros mastodonte public?" Le président de la Confédération générale des PME (CGPME), Jean-François Roubaud, n’est pas loin de partager ce point de vue. "Nous sommes plutôt favorables au projet, mais cela dépendra beaucoup de sa mise en œuvre", prévient-il.
Le risque pour les patrons? Que la BPI ne soit en fait qu’une superstructure, que les doublons ne soient pas supprimés et que l’efficacité des dispositifs existants ne soit pas améliorée. Jusqu’à présent, la création de la nouvelle banque a surtout été chaotique. François Hollande avait promis une large place aux régions, qui investissent déjà chaque année 2 milliards d’euros dans le développement économique via près de 800 fonds. En juillet, le rapport de la mission de préfiguration remis à Pierre Moscovici a fait bondir les présidents de Région. Il préconise de s’appuyer sur les outils existants en les associant a minima. "Le mode de fonctionnement des opérateurs de l’État est très centralisé, long et tatillon, estime Christophe Clergeau, le premier vice-président du conseil régional des Pays de la Loire. Pour être réactifs et efficaces, les Régions sont les mieux placées pour mettre en œuvre la politique de l’État."
Concessions aux régions
Après plusieurs réunions avec les ministres de Bercy puis à l’Élysée, les Régions ont obtenu quelques concessions. "C’est un compromis dynamique", assure Alain Rousset, le président de l’Association des régions de France (ARF), qui rêve d’un modèle mutualiste, où les banques régionales seraient représentées au capital de l’établissement national. Même si l’État garde en grande partie la main, les régions ont obtenu de présider le conseil d’orientation de la BPI, au niveau national et régional, et de siéger à son conseil d’administration. Elles devraient aussi, dans certains cas, présider les comités d’engagement régionaux ayant un pouvoir de décision sur les interventions en fonds propres pour les petits montants, probablement inférieurs à 10 millions d’euros. "Le FSI n’était pas inactif, mais c’était un mécanisme trop complexe pour la petite entreprise", reconnaît-on à la CGPME. Les régions, elles, espèrent imposer un autre mode d’intervention. "Nous ne sommes pas là pour aider les entreprises en difficulté, assure Christophe Clergeau. Mais la politique de risque ne doit pas être celle des banques classiques. Or en ce moment, la CDC ou le FSI demande des taux de rentabilité trop élevés et même les prêts d’Oséo sont loin d’être parfaits."
D’autres changements devraient suivre. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a aussi promis que la BPI serait plus proche des besoins des PME. Des représentants des entreprises devraient ainsi participer à sa gouvernance, sous une forme encore à définir. Dans chacune des 22 régions, un guichet unique rassemblera les dispositifs de financement que peuvent mobiliser les PME et les ETI. "Nous sommes plutôt favorables au projet de Banque publique d’investissement, mais cela dépendra beaucoup de sa mise en œuvre."
Desserrer l’étau
Sur le plan des moyens, le gouvernement a aussi revu sa copie à la hausse. La BPI disposera finalement d’une puissance de frappe de 30 milliards d’euros, sans compter l’effet de levier sur les financeurs privés. C’est 10 milliards au-delà de ce que prévoyait le projet initial. De quoi permettre de desserrer un peu l’étau autour des PME, sans changer d’échelle. "La question des moyens est un faux problème" juge cependant Jean-François Roubaud. "Il faut aussi faire attention au coût. Le livret de développement durable, qui permet de gonfler les moyens de la BPI est rémunéré à 2,25%. Sur les marchés, Oséo lève de l’argent beaucoup moins cher. Or il est important d’avoir des financements compétitifs."
Pour les chefs d’entreprise, le plus important est que la BPI irrigue les sociétés les moins biens financées par le secteur bancaire: les TPE de moins de 20 salariés, qui passent souvent sous le radar des dispositifs publics et les ETI à la recherche de fonds propres. "Reste que la BPI, qui gérera de l’argent public, ne pourra pas prendre trop de risques. Elle aura du mal à financer des secteurs comme les biotechs", confie sous le manteau un député socialiste. Autre segment très difficile: la trésorerie des PME, qui se dégrade très vite à mesure que les délais de paiement se tendent. Réactiver un dispositif de garantie sur les crédits à court terme comme en 2009 ? La proposition, soutenue par la CGPME, a été étudiée par Bercy. Aucune décision n’a pour l’instant été prise.









