© Stéphane Mahé/Reuters
Près d'un an après l'annonce de la reprise du groupe par BKC, les 600 salariés du constructeur et équipementier Heuliez vont peut-être enfin pouvoir souffler. Le tribunal de commerce de Niort a choisi un nouveau repreneur, le trio franco-allemand BGI-Kohl-ConEnergy. Une annonce qui met fin à des mois d'imbroglios industriels, financiers et politiques. Retour sur la saga Heuliez.
« Heuliez est sauvé ». Cette phrase de Ségolène Royal en décembre 2009 aurait pu être plusieurs fois prononcée au cours des douze derniers mois face aux nombreux rebondissements concernant la reprise du constructeur et équipementier français.
Le temps où l’usine de Cérizay récupérait des petites séries des grands constructeurs et où le groupe enregistrait plus de 550 millions d’euros de chiffre d’affaires semble bien lointain. C’était pourtant dans les années 2000. Depuis, les constructeurs se sont réorganisés face aux surcapacités et les ventes d’Heuliez ont chuté. Le tout dans un climat de crise économique mondial. En avril 2009, le constructeur qui ambitionnait de lancer son projet de véhicule électrique avait besoin d’environ 30 millions d’euros.
L’échec BKC
Une situation qui a conduit le groupe des Deux-Sèvres à demander son placement en redressement judiciaire le 15 avril 2009. Le tribunal de commerce de Niort a fait foi de sa requête et durant trois mois les candidats à la reprise se sont faits connaître. Parallélement, la région Poitou-Charentes est entrée au capital en aidant le groupe à hauteur de cinq millions d’euros. Le 2 juillet 2009, c’est le cabinet de conseil BKC qui l’emporte face à France Industries.
Louis Petiet, son dirigeant, promettait en effet de sauver l’entreprise en apportant 16 millions d’euros d’argent frais et de sauvegarder 500 emplois. Heuliez se transforme alors en une nouvelle holding Heuliez Concord, divisée en deux structures, Heuliez New World spécialisée dans l’emboutissage et Heuliez Véhicules électriques. Côté financier, l’offre de BKC encourage le Fonds stratégique d’investissement (FSI) à proposer son soutien lors du versement des fonds par Louis Petiet. Or, ce dernier se fait désirer et Heuliez ne voit rien arriver. En décembre 2009, il promet de verser sa part. En vain. Le FSI refuse donc de verser sa part aussi.
La politique s’en mêle
Dans les semaines qui suivent, le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, et Ségolène Royal, présidente de Poitou-Charentes, réclament le retrait de BKC du dossier Heuliez, pour laisser la place à d’éventuels nouveaux repreneurs. Une bataille politique démarre alors, à l’approche des élections régionales.
Ségolène Royal propose un nouveau candidat, la Macif, mais qui fera vite défaût. De son côté, l’Etat semble certain du sauvetage d’Heuliez grâce à un industriel turc Alphan Manas. Mais là encore, son offre est jugée insuffisante, puisque ce dernier ne voulait acquérir que 15% du capiltal d’Heuliez. Sous la pression des différents acteurs, Louis Petiet se désengage du dossier le 1er mars. Reste qu’il faut trouver une solution pour Heuliez, dont la trésorerie a disparu à la fin avril.
Hésitations
En mai, à deux reprises, des rumeurs de placement en redressement judiciaire vont bon train. Mais à chaque fois, la direction d’Heuliez annonce son souhait de vouloir négocier avec les candidats en lice. Mi-mai, ils sont encore quatre dans la course : Alphan Manas, qui a révisé sa proposition, un fonds américain, le malaisien Delamore and Owl Companies et le trio franco-allemand.
Finalement, les négociations n’aboutissant pas, le groupe est placé en redressement judiciaire le 21 mai pour une période de six mois. Un parcours semé d’embûches qui pourrait enfin s’éclaircir grâce à la décision du tribunal de commerce en faveur de BGI.
Barbara Leblanc


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