Un scandale ordinaire
Par LAURENT GUEZ, directeur de la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3263Comment accepter qu'« une » cadre de l'industrie gagne 20 % de moins qu'un cadre exerçant les mêmes responsabilités ? 20 %, c'est considérable.
L'égalité salariale hommes-femmes ? C'est un sujet qui, comme les marronniers, fleurit dans la presse au printemps. Journée de la femme oblige. Eh bien, sans attendre le 8 mars, ses indignations rituelles et parfois surjouées, voici une nouvelle pièce à conviction dans le dossier d'un scandale ordinaire. L'enquête sur les salaires que nous publions cette semaine passe en effet au crible une centaine de fonctions. Dans la quasi-totalité des cas, à poste égal, les salariés hommes s'en sortent mieux que leurs collègues du sexe opposé. Globalement, l'étude fait apparaître un écart médian de 20 %. Avec de fortes disparités dans les disparités, si l'on peut dire. Selon cette étude réalisée par le cabinet Aon Hewitt pour « L'Usine Nouvelle », les écarts de rémunération varient, selon les métiers, de 7 % à 36 % ! Un directeur de la R et D touche un salaire médian de 113 898 euros par an, part variable incluse. Alors qu'une directrice de la R et D gagne 101 356 euros. Il est là, le scandale ordinaire. Comment accepter qu'« une » cadre de l'industrie gagne 20 % de moins qu'un cadre exerçant les mêmes responsabilités ? 20 %, c'est considérable. Au cours d'une carrière professionnelle, obtenir une augmentation de 20 % peut prendre des années... D'ailleurs, si l'on inverse le sens du calcul arithmétique, le chiffre est encore supérieur. En effet, si une femme gagne 20 % de moins, cela signifie qu'un homme gagne 25 % de plus...
L'étude qui fait référence en matière d'inégalité salariale est celle que le ministère du Travail a réalisée en 2008. Elle révèle que les femmes touchent en moyenne 27 % de moins, tous secteurs et toutes situations confondus. À temps de travail égal, cet écart est ramené à 19 % (les femmes sont davantage concernées par le temps partiel imposé). En tenant compte des différences de postes, de qualifications et de secteurs, il reste encore un delta de 10 %. Dix points inexpliqués, ce sont dix points qu'il faut mettre sur le compte de la discrimination.
Faut-il légiférer ? Compter sur les bonnes volontés ? Sur l'évolution naturelle de la société ? La question ne laisse pas les politiques indifférents. Si elle avait été élue présidente de la République, Martine Aubry aurait fait voter - avant toute autre réforme - une loi sur l'égalité salariale. Honnêtement, il est peu probable que le code du travail règle la question. Mais il faut pousser les entreprises à mesurer les inégalités dans les salaires, bonus, fonctions et promotions - les augmentations en découlent souvent. Mesurer le scandale, pour le corriger.











