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Un rêve d’industriel

Par Laurent Guez - Publié le
Laurent Guez, directeur de la rédaction

Devinette: quel a été le produit star de Thanksgiving ? L’iPad, bien sûr. Lors de ce "Black friday", devenu l’un des indicateurs de consommation les plus observés au monde, malgré le chômage et la dette, les Américains ont dépensé avec frénésie. Dans les magasins en dur ou sur les sites de commerce électronique, ce 25 novembre, ils se sont rués sur les tablettes. Selon l’institut Nielsen, le cadeau de Noël 2011 dont rêvent le plus les jeunes Américains de 6 à 12 ans est un iPad (44 % des réponses).

Le phénomène a déjà fait couler beaucoup d’encre, comme on disait avant l’ère numérique. Et il est stupéfiant de constater à quel point une innovation, portée par un marketing lumineux, peut changer la donne dans son secteur. Bien avant celui d’Apple, l’industrie avait lancé des produits analogues dans l’indifférence générale. Ce n’est qu’en janvier 2010 que l’épopée a commencé, lorsque l’iPad a fait irruption chez les geeks et chez les riches. Aujourd’hui, ce petit objet de 600 grammes, sans clavier ni fil à la patte, a généré autour de lui un vaste marché, malgré son prix élevé, et bouleversé l’informatique mondiale. Derrière la marque à la pomme, qui truste les trois quarts des ventes, d’autres fabricants, comme HP et sa TouchPad, Samsung et sa Galaxy Tab, Asus et sa Transformer ou encore Motorola et sa Xoom, se partagent un fromage numérique évalué en 2011 à 63 millions d’unités. Contre 17 millions l’an passé et rien l’année d’avant. Selon le cabinet Gartner, il pourrait s’en vendre 330 millions en 2015… Sans compter les liseuses, comme le Kindle d’Amazon, vers lesquelles se tourne désormais une partie des acheteurs.

Objet intermédiaire entre ordinateur portable et téléphone intelligent, la tablette tactile se glisse –sans avoir l’air d’y toucher– dans notre quotidien. Comme la télé en son temps, elle capte du temps familial (deux à quatre heures par jour!). En proposant d’autres façons d’apprendre, de travailler, de s’informer ou de se divertir, elle enrichit des producteurs de contenus (et en appauvrit d’autres). En poussant l’utilisateur à incliner la tête des heures durant, elle crée de nouveaux maux qui feront bientôt le bonheur des kinés et des ostéopathes. Sortir un produit qui transforme à la fois ses clients, ses concurrents et beaucoup de monde autour, c’est un rêve d’industriel. Un cadeau du ciel.

P.S. Encore une devinette: d’après vous, sur quel support cet édito a-t-il été rédigé?

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