Un rapport dénonce la qualité des réseaux de distribution électrique, et suggère d'ouvrir le capital d'ERDF
Par Ana Lutzky - Publié le
Deux vice-présidents de la Commission de régulation de l'énergie pointent le manque d’investissement d’ERDF dans un rapport. La CRE affirme que le document n'engage pas l'institution.
Son mandat de vice-président de six ans arrivant à échéance mercredi, Michel Lapeyre n’a pas fait de langue de bois dans un rapport d'étape sur « la qualité de la distribution d'électricité ». C’est le moins qu’on puisse dire. Co-signé avec un autre vice-président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), Maurice Meda, le rapport constate que le temps de coupure d’électricité moyen a progressé de moitié en dix ans.
Sous-investissement. « La principale cause de dégradation de la qualité réside dans l'insuffisance des investissements d'ERDF », indique le rapport, qui mentionne à la marge une organisation déficiente, diluant les responsabilités quant à la qualité. «Depuis 1992, le tarif de vente de l’électricité n’a cessé de baisser», souligne le rapport, alors que les acquisitions d’EDF ont été financées « par le recours à l’emprunt et à la productivité, mais aussi une réduction de la maintenance et de l’investissement » dans l’Hexagone.
Les ouvrages de distribution vétustes n’ont pas été renouvelés, déplore le texte. Et de poursuivre : « une solution envisageable serait de procéder à une ouverture du capital d'ERDF à des investisseurs externes. » Un tabou jusqu’à présent peu abordé. Les deux commissaires songent à des acteurs financiers ou « d'autres investisseurs, présents dans l'énergie ou dans les services publics de proximité, [qui] pourraient être également intéressés par une logique industrielle de rapprochement avec un distributeur d'électricité. »
Solutions. Parmi les pistes évoquées afin de renflouer les caisses du gestionnaire de réseau et soigner la qualité des lignes, les commissaires citent la trésorerie disponible : une proposition qui risque de ne pas contenter la maison-mère, habituée à disposer de la trésorerie d’ERDF en contrepartie d’un taux d’intérêt versé à sa filiale, « comparable à ce qu’ERDF obtiendrait sur les marchés financiers ». Autre piste : l'emprunt, la capacité d’endettement d’ERDF étant estimée par le rapport à 3 milliards d’euros, et la réduction des coûts des pertes en ligne grâce à la loi Nome. Le système actuel, basé sur le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (Turpe), ne les satisfait pas. Last but not least, une augmentation de productivité leur semble possible, de l’ordre de 200 millions d’euros par an. Appliquer la loi Sapin aux réseaux de distribution pour stimuler la concurrence, à condition qu’elle se traduise par une baisse des coûts de la distribution, leur paraît d’ailleurs jouable.
Une fois toutes ces pistes compilées, le scénario imaginé leur permet de projeter un investissement supplémentaire de 6 milliards d’euros d’ici à 2017. De quoi remettre sur pied le réseau de distribution là où il est vétuste.
En tenaille. La filiale de distribution d’EDF leur semble prise entre deux feux. D’un côté, la maison-mère, qui préfère investir ailleurs que dans la distribution, comparativement peu rentable : « la pression la plus importante -celle d'EDF -obéit à la logique d'arbitrage entre des investissements présentant des caractéristiques de rendement et de risque différents, potentiellement au détriment des investissements concernant la distribution. »
De l’autre, les autorités de régulation, « c’est-à-dire le ministère chargé de l’énergie, les autorités concédantes de la distribution et la CRE », censées veiller à un investissement digne d’une qualité de service public répondant aux besoins des consommateurs. « Cette pression est insuffisante, probablement en raison du manque de coordination de ces autorités. » Le fait que l'Etat soit le principal actionnaire d'EDF, n’aide pas non plus aux investissements.
Au sein de la CRE, le sujet cause des remous. Le rapport n'est d'ailleurs pas disponible sur le site de la CRE, mais sur celui de la FNCCR, qui représente les collectivités locales propriétaires des réseaux d'électricité. « Ce rapport d'étape n'a jamais fait l'objet d'une délibération au sein du collège et n'engage absolument pas la CRE », a déclaré aux Echos son président Philippe de Ladoucette. Pour Michel Lapeyre, la mission du régulateur consiste cependant à « défendre, non pas le régulateur, mais l'intérêt général », rapporte le quotidien économique.

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