Un pro venu de Chine pour relancer la machine EdF
Le 18 février 2010 par Catherine Moal | L'Usine Nouvelle n° 3180Pour rétablir la bonne marche de son parc nucléaire, EdF est allé chercher Hervé Machenaud jusqu'en... Chine. Cet homme discret oeuvrait depuis plusieurs années au développement de la présence du groupe en Asie.
Hervé Machenaud pouvait-il espérer feuille de route plus explicite ? Jeudi 11 février, Henri Proglio, le patron d'EdF, n'a pas mâché ses mots, lors de la présentation des résultats, quant à la principale mission de son nouveau directeur exécutif groupe en charge de la production et de l'ingénierie. Il a ainsi qualifié de première priorité le rétablissement de la performance industrielle du groupe. « J'entends faire en sorte que le coefficient de disponibilité du parc nucléaire [...] connaisse un rebond et rejoigne les meilleurs taux jamais atteints par EdF », a-t-il déclaré. De 78,5 % en 2009 (son plus bas niveau depuis dix-sept ans !), ce taux devra remonter à 85 % « à moyen terme ». Assis au premier rang de l'assemblée, aux côtés des autres membres du nouveau comité exécutif restreint de l'énergéticien public, ce polytechnicien de 62 ans, ingénieur des Ponts et Chaussées, est resté impassible. Pourtant, dès 2010, il lui faudra tenir un cap de redressement de 1,5 à 2 points par an.
Le premier producteur européen d'électricité a besoin de disposer d'un parc en parfait état de marche « après une année exceptionnellement difficile en France », qui a pesé sur ses performances financières. Les 58 réacteurs du groupe constituent sa principale source de revenus en France. Un seul point de coefficient de disponibilité représente 200 millions d'euros de résultat brut d'exploitation.
Hervé Machenaud a donc du travail sur la planche. Mais ce « baroudeur », qui a démarré sa carrière en Afrique, avant de revenir en France puis de s'envoler pour la Chine, cumule les expériences à tous les niveaux de la chaîne de production et du management. Son dernier poste lui aura surtout appris la négociation. En tant que directeur de la branche Asie-Pacifique d'EDF - un poste qu'il conserve -, il a géré le dossier des EPR de Taishan ces dernières années, avant d'assister au coulage du premier béton de la première tranche du réacteur fin octobre 2009. « EdF ne souhaite pas se mettre en concurrence avec les Chinois. Nous voulons surtout qu'ils lancent leur nucléaire sur notre modèle, afin d'entraîner toute la filière française, nous expliquait-il il y a quelques mois. Lorsque la Chine construira dix tranches par an, la fourniture des équipements se fera localement, y compris pour équiper les réacteurs en Europe. L'industrie du nucléaire sera alors en Chine, même si elle n'est pas nécessairement chinoise. » Ce pragmatisme lui sera sûrement utile pour redresser la barre de l'outil de production d'EdF, « tout en construisant et en renforçant la forte capacité d'ingénierie du groupe » (l'autre challenge !). Et ce, en France comme à l'étranger, où ce sinophile, passionné de culture comme son épouse, a majoritairement vécu ces vingt-cinq dernières années.

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