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Un patron politique

Par PAR EMMANUELLE DELSOL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3269

Ben Verwaayen, le directeur général d'Alcatel-Lucent a des convictions. En particulier, celle que l'Europe ne doit pas rater le train du numérique.

Une bombe. C'est ce qui a propulsé Ben Verwaayen dans les télécoms dès les années 1970. Il travaille alors pour une filiale néerlandaise d'ITT, un géant du secteur dont le siège a été visé par un attentat. Face à l'incompréhension de ses collègues, il frappe à la porte du patron pour expliquer qu'ils appartiennent à un groupe, et que c'est ce groupe que les terroristes ont remis en cause. Résultat : il se voit confier la création et la direction du service communication... Ben Verwaayen ne quittera plus le secteur. Il y a occupé des postes de direction chez Alcatel, chez Lucent, a dirigé British Telecom avant de revenir à la tête de ses deux premières entreprises (qui n'en font plus qu'une aujourd'hui). Deux ans après la fusion du français et de l'américain, il est nommé directeur général d'Alactel-Lucent, avec pour mission de redonner un cap et une dynamique à une organisation mise à mal par les errements stratégiques des années passées.

Dans le modeste bureau, presque spartiate, où il reçoit ses interlocuteurs, il n'affiche qu'un seul luxe : une vue imprenable sur la tour Eiffel, à deux pas. Un bel horizon, qui a failli s'obscurcir à la fin de l'année dernière. La rumeur prêtait à ses actionnaires des envies de le voir partir pour cause de prévisions à la baisse. Mais l'homme a tenu bon, tout en reconnaissant sans détours que son entreprise a encore des faiblesses.

Le goût du débat

La plupart de ceux qui le côtoient le savent : l'homme a un goût non feint pour la communication. Il participe directement à certaines discussions sur le réseau social interne et, un brin provocateur, prétend s'opposer systématiquement à ce qu'on lui dit pour déclencher le débat. « Il ne se cache pas, ne fuit pas les salariés », confirme Hervé Lassalle, le coordinateur CFDT d'Alcatel-Lucent France. L'élu regrette néanmoins que son patron ne se consacre pas personnellement davantage aux organisations syndicales et se contente d'apparitions dans les comités européens. Durant son service militaire, Ben Verwaayen avait pourtant constitué son propre syndicat, histoire d'améliorer les conditions de vie des soldats. « Un syndicat plus neutre que celui qui existait déjà », précise-t-il. Un intérêt pour la politique qu'il garde encore aujourd'hui.

Il faut dire qu'il n'est pas homme à garder ses opinions pour lui. « Je n'ai pas peur d'être contredit, même en public », plaisante-t-il, histoire de prouver qu'il apprécie le débat. C'est d'ailleurs dans les rangs d'un parti politique - libéral de centre droit, comme il le définit - qu'il a rencontré Neelie Kroes. Sa compatriote néerlandaise est la vice-présidente de la Commission européenne pour la stratégie numérique. Pour autant, Ben Verwaayen ne se prive pas de la critiquer lorsque la Commission professe sa volonté d'équiper tous ses citoyens en très haut débit d'ici à 2020. « Ce n'est qu'une idée sur du papier, sans vision et sans modèle d'investissement », glisse-t-il.

Sur ces sujets, le patron d'Alcatel-Lucent s'emporte d'autant plus que l'Europe lui tient à coeur. Né aux Pays-Bas, Ben Verwaayen dirige une entreprise franco-américaine. Il habite en France, pays dont il parle la langue, mais se dit surtout profondément européen. Le Vieux Continent fut même le sujet de ses études en sciences politiques, avant son entrée dans la vie active. Cette européanophilie est sans doute la raison pour laquelle Neelie Kroes ne lui en veut pas. « Nous nous connaissons depuis les années 1970, insiste-t-elle. Et on peut être en désaccord tout en restant amis. » Elle préfère retenir la volonté farouche qu'il a consacrée l'an dernier à réunir autour d'une table tous les acteurs du numérique européen, avec l'aide de Jean-Bernard Levy, le président du directoire de Vivendi, et René Obermann, le PDG de Deutsche Telekom, pour s'accorder sur un modèle économique commun. Opérateurs télécoms, équipementiers, éditeurs de contenu, etc. Ils sont tous venus. Même Google !

Cette détermination, Ben Verwaayen l'a mise au service de son entreprise dès son arrivée, si l'on en croit Olivier Piou. « Il n'a pas hésité à remettre en question ce qui était établi et a fait très vite des paris forts, comme celui de la 4G mobile, raconte le directeur général de Gemalto, membre du conseil d'administration d'Alcatel-Lucent. C'est un homme qui a une véritable vision pour son entreprise, pour le secteur des télécoms. Mais pas seulement. Il a aussi un côté militant du développement numérique pour le XXIe siècle. »

Olivier Piou, directeur général de Gemalto

« C'est un homme qui a une véritable vision pour son entreprise, pour le secteur des télécoms. C'est un militant du numérique. »

EN QUELQUES MOTS

Héritage De ses parents qui géraient une société d'import-export à la maison, il a hérité le goût de diriger une entreprise. Objectif Malgré des profits en progression, Alcatel-Lucent peine à faire du cash. Il veut augmenter les revenus et réduire les coûts. Conviction Pour lui, le silence des grands patrons contribue à la non-résolution de la crise en Europe.

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