Un nouveau sauvetage pour Saab
Par Morgane Remy - Publié le
Le chinois Hawtai Motors, le fonds d’investissement Gemini, et la Banque européenne d’investissement, tous trois viennent de prêter main forte à Saab. De quoi permettre au constructeur automobile suédois de réunir des liquidités pour relancer sa production. Et surtout, de quoi surmonter les mauvais effets de la crise automobile de 2008.
Le mardi 3 mai 2011 comptera probablement comme une date marquante dans l'histoire de Saab. Le constructeur chinois Hawtai a signé un partenariat avec le néerlandais Spyker, propriétaire de Saab. Un accord destiné à financer la marque suédoise à hauteur de 150 millions d'euros.
Cette annonce de nouveaux apports intervient au lendemain même de l'obtention par Spyker d'un prêt de 30 million d'euros auprès d’un fonds d’investissement Gemini. Parallèlement, l’Office national suédois de la dette (OND) vient d’autoriser l’investisseur russe Antonov à entrer au capital de Saab. L’ancien actionnaire de Spyker avait jusque-là été écarté pour des soupçons de liens avec le crime organisé. Il serait prêt à investir jusqu’à 30 millions d’euros.
Toutes ces liquidités pourraient permettre de relancer les lignes de productions "d’ici à une semaine", souligne Saab Automobile. Les lignes avaient en effet été progressivement arrêtées suite à des impayés au cours du mois de mars. Ces défauts de paiements étaient l'aboutissement d’une longue descente aux enfers entamée au coeur de la crise économique de 2008.
Crash automobile
Cette année-là, l’économie mondiale est assommée par l'effondrement du système des subprimes. Une des premières victimes : l’industrie automobile, avec des conséquences dévastatrices sur sa production et ses emplois. Le constructeur américain General Motors, alors propriétaire de Saab, a du mal à accuser le coup.
Malgré les 30 milliards de dollars apportés par le gouvernement américain au constructeur, GM détruit 20 000 postes et cherche à se défaire de Saab dès la fin de l’année 2008. A cette date, la marque suédoise enregistre au niveau de ses ventes le plus fort repli du monde de l'industrie automobile : -57,5%, en décembre.
En février 2009, Saab est placé en procédure de sauvegarde. Cette situation, encouragée par le gouvernement suédois, le met à l’abri de ses créanciers pendant trois mois. Dans l'esprit des Suédois, ce délai permettra au constructeur de s’émanciper de GM et de trouver un nouveau repreneur.
Mais, la réalité est différente. Il faudra plus d’un an au constructeur pour trouver un acquéreur. Si le lundi 6 avril 2009, Saab décompte 20 acquéreurs "potentiellement intéressés", les offres restent limitées.
Négociations rocambolesques
Le 7 mai, Fiat envisage de l’acquérir mais l’offre n’est pas retenue. Quatre mois plus tard, le 9 septembre, le groupe automobile chinois Beijing Automotive Industrie Holding se positionne à son tour comme acquéreur potentiel. Puis l'offre capote de nouveau. Spyker fait à son tour une offre de rachat, en novembre. Même résultat : les négociations échoue. GM annonce alors la fermeture de sa filiale suédoise, le 18 décembre.
Mais Spyker Cars ne se décourage pas pour autant. Trois jours plus tard, le constructeur néerlandais de voitures de sport haut de gamme refait une offre.
Le 12 janvier 2010, GM indique préférer la fermeture de Saab à toute offre de reprise, y compris celle de Spyker. Finalement, le constructeur américain crée la surprise et révise sa position. Il décide de vendre Saab à Spyker le 24 février.
Pour autant, Saab n’est pas encore sauvée. Le 27 août 2010, un nouveau contrecoup frappe la marque : Spyker présente ses résultats. Ses pertes sont seize fois plus importantes que l’année précédente. Le déficit atteint 139 millions d’euros. Un coup dur pour Saab qui sort seulement de liquidation judicaire et avec des ventes qui peinent à redémarrer.
Propriétaire persévéranT
Malgré tout, Spyker refuse de procéder à une augmentation de capital. Il vend même sa branche "voitures de sport" en février 2011, pourtant proche de son cœur de métier, pour se concentrer sur Saab. Un optimisme et un engagement qui seront vite douchés. Le 30 mars, Spyker annonce que Saab a enregistré de lourdes pertes : 218 millions d’euros sur l’année 2010.
Malgré tous les efforts répétés, Saab semble donc être au coeur d'une spirale infernale. Et ce, même si le patron de Spyker, Victor Muller, se veut rassurant. "Saab n’est pas au bord de l’effondrement", dit-il.
Le dernier épisode de ce feuilleton du secteur automobile tend à prouver le contraire. Avec le soutien du chinois Hawtai Motors et l'apport de liquidités, Saab reprend une bonne boufée d'oxygène. Reste désormais à convaincre les consommateurs pour relancer réellement la machine.

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