Sur fond de grogne salariale, les menaces de grève se multiplient pour le 16 mai dans les entreprises.
Travaillera ou pas ? La question taraude les salariés à cinq semaines du 16 mai, date du feu lundi de Pentecôte férié transformé en journée de solidarité pour les personnes âgées et les handicapés. Les esprits, déjà remontés sur la question salariale, s'échauffent et les menaces de grève s'ampli-fient. Bernard Thibault, de la CGT, a annoncé son intention d'en faire « une journée de revendication sur les salaires et le temps de travail » si les entreprises ne renoncent pas à faire travailler leur personnel.
Opposition des syndicats
FO et la CFTC - qui s'appuie sur une pétition signée par 11 000 adhé-rents dans la métallurgie (sur 16 000) - sont sur la même longueur d'onde. La confédération chrétienne a même réalisé 20 000 tee-shirts pour permettre à ceux qui seront malgré tout au bureau d'afficher leur mécontentement ! La CFDT hésite encore mais promet, elle aussi, une mobilisation.
N'en déplaise au Gouvernement, sa mesure, qui doit permettre de dégager deux milliards d'euros grâce à la contribution de 0,3 % des entreprises, ne convainc personne. « Les salariés ont l'impression qu'on leur refait le coup de la vignette », raconte Michel Gogaï, délégué syndical CGT de Total, qui appelle à la grève, avec la CFDT, ce 8 avril pour exiger le paiement du lundi de Pentecôte. « Au Moyen Age, on appelait cela la corvée et dans l'ex-Union soviétique, la journée du parti, plaisante Joseph Thouvenel, secrétaire général adjoint de la CFTC. Ce dispositif ne résoudra en rien le problème de la dépendance. » Ce que Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé, a lui-même admis récemment compte tenu de l'allongement de l'espérance de vie.
Face aux risques de pagaille généralisée, comme durant le lundi de Pâques dans le Gard et en Alsace, et de piquets de grève, les directions lâchent du lest. Notamment celles qui ont enregistré des profits records. Les cinq syndicats de Shell ont signé, le 15 mars, un accord avec la direction prévoyant le maintien de ce jour férié. Les négociations salariales annuelles obligatoires ont souvent été l'occasion de trouver un terrain d'entente. Ainsi, Dura Automotiv, un équipementier de 300 salariés, Brochot, un fabricant de machines spéciales de 130 salariés, Myriad, un producteur d'acier de 600 salariés, et les Constructions industrielles de la Méditerranée garderont également leurs portes fermées ce jour-là. D'autres, comme Peugeot à Sochaux, Mulhouse et Valenciennes, Sevelnord et Dassault Aviation pourraient bien y être contraints, les syndicats appelant à débrayer. Les juristes devront alors trancher une épineuse question : a-t-on le droit de ne pas payer un salarié en grève un jour travaillé... gratuitement ?









