Un directeur industriel à contre-courantAprès avoir bousculé les habitudes chez ABB, cet Indien à la vocation industrielle tardive doit trouver des sources de progrès chez GEC-Alsthom.

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2609



Un directeur industriel à contre-courant

Après avoir bousculé les habitudes chez ABB, cet Indien à la vocation industrielle tardive doit trouver des sources de progrès chez GEC-Alsthom.



Inutile de l'entraîner sur les sentiers battus, Arun Gairola les fuit! Cet Indien, natif de la région de Calcutta, est un empêcheur de tourner en rond. C'est sans doute aussi cette qualité qui lui vaut d'intégrer GEC-Alsthom en tant que directeur industriel. " Une simple étiquette ", remarque-t-il. Et pour cause ! Il est en effet chargé de passer au crible tous les rouages du groupe afin d'y dénicher des sources de progrès. Avec, comme objectif, de parvenir à 30% d'amélioration dans tous les domaines. " C'est un grand défi ", admet-il, les yeux brillants. Mais ce presque quinquagénaire, d'une courtoisie sans faille, en a l'habitude. Car il a toujours pris soin de s'écarter de la ligne droite d'une vie toute tracée. D'abord bien malgré lui. Durant son enfance en Inde, ce fils de directeur de centrale électrique change sept fois de région, et apprend donc sept langues différentes. A 21 ans, un diplôme de physique en poche, il rejoint son frère en Allemagne et se lance dans des études de mécanique. " Je voulais être capable de réparer ma voiture ", plaisante Arun Gairola, qui distille les anecdoctes rigolotes. En un temps record, il décroche un titre d'ingénieur en robotique. Et passe dans la foulée un doctorat afin d'enseigner. " Mais c'était un travail de fonctionnaire. Quand j'ai réalisé que je devenais paresseux, j'ai décidé de me lancer dans l'industrie ", raconte-t-il. Il commence une carrière de jeune ingénieur à 37 ans. Chez Digital Equipment, il devient, en trois petites années, responsable pour l'Europe de l'informatique pour la production, au siège, près de Boston, puis à Paris. Mais Digital, l'aiguillon d'IBM, est sur la pente descendante. Et sa femme et ses deux fils s'ennuient dans leur banlieue dorée. En 1991, Arun Gairola cède aux avances d'ABB, dont il ne connaît rien, sinon les initiales. " On les voit dans tous les aéroports du monde ", sourit-il. De la planète dynamique de l'informatique à celle engourdie de la construction électrique, il y a un univers. Mais le géant ABB veut bouger. Son très charismatique président, Percy Barnevik, a engagé une refonte du management. Et l'on charge Arun Gairola de bousculer les vieilles habitudes en lançant le programme " Customer focus " (" Orienté client ") en Allemagne. Il fonctionne si bien qu'il est progressivement appliqué à toute l'Europe. Au bout de six ans, GEC-Alsthom, le grand concurrent, frappe à sa porte. " Je n'étais pas à la recherche d'un nouvel emploi, poursuit-il, et ma femme en avait assez que je passe mon temps à relever des défis. " Pourtant, Arun Gairola cède encore à la tentation. Deux mois après son arrivée, il a déjà tordu le cou à quelques idées reçues. Par exemple, sur l'incontournable politique de réduction des coûts. " Personne ne parle d'augmenter les prix, remarque-t-il, et on pourrait le faire en apportant plus de valeur ajoutée à nos clients. " Sa femme, quant à elle, a dû se résigner à lui rendre parfois visite... au bureau.

USINE NOUVELLE N°2609

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