Un Davos industriel
Le 27 janvier 2010
Si l’industrie a sa place à Davos, n’y a-t-il pas une place pour un véritable "Davos de l’industrie"?
C’est la première fois qu’un Président français fait le voyage de Davos. Le lieu, vu comme un club de patrons opulents, était jugé trop compromettant par ses prédécesseurs. Une pudeur carrément démagogique: en traînant dans les allées de la station des Grisons, en Suisse, les PDG prennent une fois par an un bol d’oxygène mental, et pensent à autre chose qu’à leur bas de bilan. Une occasion unique, pour eux, de penser aux citoyens plutôt qu’aux consommateurs ou aux actionnaires. Ils y rencontrent d’autres patrons, des économistes, des écrivains, des chefs d’Etats africains, européens ou asiatiques, des archevêques et des prix Nobel. Ils sont libres de leurs mouvements, voire de leur parole, et s’exonèrent de leur escorte habituelle de collaborateurs zélés. Le World Economic Forum, créé par Klaus Schwab, un prof d’économie humaniste et écolo avant l’heure, c’est un endroit où renifler, en avance de phase, les mouvements du monde.
A l’heure où nous imprimons ce numéro, nous ne savons pas grand-chose du discours d’ouverture que prononcera là-bas Nicolas Sarkozy. A Davos comme à Pittsburgh, il évoquera sans doute le capitalisme mondial, et la nécessaire régulation financière. Mais au-delà des paradis fiscaux, abordera-t-il la place de la Vieille Europe dans le concert –économique– des nations? Au-delà des agences de notation, dévoilera-t-il sa recette pour maintenir notre industrie, malgré la concurrence des pays émergents? Pas sûr.
L’industrie fera tout de même partie du programme 2010 du Forum. Gérard Mestrallet, le PDG de GdF Suez, participera à une table ronde sur l’avenir des «industries lourdes», Paul Bulcke, le CEO de Nestlé, à une autre sur les biens de consommation et Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva, à une session sur l’essor mondial du nucléaire. Dans d’autres ateliers, il sera question de e-santé, de climat, de pétrole, de développement durable, de numérique, de matériaux du futur... Mais si l’industrie a sa place à Davos, n’y a-t-il pas une place pour un véritable «Davos de l’industrie»?
En attendant, dans l’Hexagone, le comité national des états généraux de l’industrie a fait lundi dernier une suggestion au ministre chargé de les organiser, Christian Estrosi : créer une Conférence nationale de l’industrie qui associerait l’Etat, les industriels et les partenaires sociaux. Pas tout à fait un Davos industriel, mais un grand rendez-vous annuel pour assurer le suivi des décisions issues des états généraux. Les propositions, recueillies partout en France lors de cette grande consultation nationale qui s’achève, sont nombreuses, souvent pertinentes et parfois même… réalistes (lire notre enquête, page 10). Avant la fin février, il faudra trancher. Et l’arbitrage reviendra, nul ne s’en étonnera, au chef de l’Etat. Ce sera à lui, dixit le communiqué du gouvernement, de «redonner au pays une ambition industrielle nationale». La barre est aussi haute qu’une montagne suisse.
Laurent Guez

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