Un chemin de fer international pour désenclaver la Bolivie
Par Yann Le Houelleur - Publié le
Les Brésiliens veulent aider les Boliviens, dont le sous-sol regorge de matières premières, à se doter d’infrastructures. Un émissaire du président Lula a rencontré Evo Morales, le 7 avril. Une aide pas si désintéressée que ça puisqu’au moins deux de leurs fleurons ont des projets dans le petit pays andin : Vale et Braskem.
C’est à la fois l’un des pays les plus misérables de la planète, quant au niveau de vie de sa population, et l’un des plus riches, quand on évoque son sous-sol. Les neuf millions de Boliviens sont assis sur une caverne d’Ali Baba recelant des trésors de matières premières, que ce soit le pétrole, le gaz, le lithium, le potassium, etc. L’ambition d’Evo Morales, cet amérindien fils de paysans pauvres de l’Altiplano, est de consacrer son second mandat à l’accélération de l’industrialisation et au redéploiement des infrastructures. Et le temps est venu de désenclaver ce territoire dépourvu de tout accès à la mer.
Chinois, Coréens, Indiens...
Entre l’ancien militant du syndicat des planteurs de coca et l’ex-syndicaliste Luiz Inacio Lula da Silva, le courant passe bien. Les Brésiliens, de tout évidence, ont d’énormes intérêts en Bolivie, Ils lui achètent une bonne partie du gaz consommé à São Paulo et Rio, entre autres capitales régionales.
Maintenant, les Brésiliens sont prêts à octroyer d’importants financements aux Boliviens pour les aider à exaucer un rêve vieux de plusieurs décennies : une voie de chemin de fer qui relierait la ville de Porto Suarez (sur le flanc est de la Bolivie, près de la frontière avec le Brésil) à la ville andine de Pisiga, à deux pas du Chili. Le 7 avril 2010, un émissaire du président Lula, Marco Aurelio Garcia, s’est entretenu avec Evo Morales et la ministre bolivienne de la Planification, Viviana Caro. Il s’agirait de mettre sur pied une structure constituée de capitaux boliviens, brésiliens, notamment, d’autres pays intéressés étant susceptible de participer à la construction de cette ligne ferroviaire. Le gouvernement Morales a l’intention de consulter les Chinois, les Coréens (du Sud) ainsi que les Indiens, lesquels ont des projets en Bolivie dans le secteur sidérurgique
Braskem et Vale
La rencontre entre le chef de l’Etat bolivien et Marco Aurélio Garcia a donné lieu à des discours dans la plus profonde veine anti-colonialiste. Morales et Lula ne sont-ils pas les deux piliers les plus respectés de la gauche latino-américaine? Ils ont tous deux renouvelé leur critiques contre ceux qui pillent les ressources minérales et contre l’économie néolibérale. A cette occasion, les Brésiliens ont fait savoir à leurs interlocuteurs boliviens qu’ils étaient prêts à effectuer d’énormes investissements publics et privés, d’un montant non révélé, non seulement pour développer les piètres infrastructures du petits pays andin mais aussi pour concrétiser des projets miniers et industriels brésiliens. Le groupe Braskem (18 sites industriels au Brésil) aspire à construire un complexe pétrochimique en Bolivie. Le géant minier Vale lorgne des gisements de potassium et il s’intéresse aussi au lithium à Uyuni, dans l’altiplano. Uyuni est une destination privilégiée pour les touristes et les aventuriers en mal de sensations fortes et de paysages surnaturels: c’est le plus vaste désert de sel au monde et il pourrait bien renfermer un tiers des réserves de lithium de la planète.

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