Un chantre de l'efficacité énergétique élu inventeur européen de l'année

Le 04 mai 2009 par Rédaction L'Usine Nouvelle
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La Commission européenne et l'Office européen des brevets (OEB) ont remis la semaine dernière à Prague le prix de l'Inventeur européen de l'année 2009. Parmi les quatre inventions distinguées, l'échangeur thermique du breton Joseph Le Mer.

L'inventeur n'est pas vraiment un inconnu, c'est même plutôt... un vieux de la vieille. Champion de l'efficacité énergétique avant l'heure, concepteur d'un échangeur thermique pour chaudière à gaz écolo, car il consomme peu d'énergie, le français Joseph Le Mer de la société bretonne Giannoni France a toujours eu du flair. Avec une croissance annuelle à deux chiffres depuis plusieurs années, sa société n'arrête pas, et crée de l'emploi. Joseph Le Mer a donc tout pour plaire, et il plaît. Lauréat du trophée de l'entrepreneur de l'année 2008 pour l'Ouest décerné par Ernst & Young et le magazine L'Entreprise, il a reçu déjà plusieurs autres prix avant celui dé cerné le 28 avril dernier par la Commission européenne et l'Office européen des brevets (OEB). Il a d'ailleurs vu sa société récompensée par l'Usine Nouvelle en 2004 dans le cadre du prix des « champions cachés en région », qui visait à repérer région par région des PME prometteuses, leader sur leur niche, et porteuses d'exportations.

Parcours d'un chauffagiste doué

L'itinéraire de Joseph Le Mer est celui d'un passionné de technique qui a toujours su rebondir. Après une formation à la Direction de la Construction Navale (DCN) de Brest en chaudronnerie et mécanique, le breton de 21 ans se met à son compte comme artisan chauffagiste. Deux années passent, l'entreprise se développe. En 1968, il possède une dizaine d'équipes de monteurs de chauffage et de réalisation de travaux divers pour l'habitat et décide de fabriquer les chaudières qu'il achetait jusqu'alors. En 1970, ses produits, réputés pour leur qualité et leur prix se vendent comme des petits pains aux négociants du département puis de la région.

Choc pétrolier. En 1973, la guerre du Kippour éclate et la crise pétrolière modifie les comportements de consommation de la population. Joseph Le Mer ne baisse pas les bras et saisit l'occasion en développant des chaudières à bois. Gagné ! Ses activités deviennent encore plus florissantes et il continue à embaucher.

En 1985, les brûleurs de ses chaudières à fioul montrent des signes de faiblesse et la société dépose le bilan. Licencié par les nouveaux propriétaires, il rencontre un investisseur qui le nomme directeur technique de Chaffoteaux et Maury à St Brieuc. Il quitte la société quand cette dernière est vendue à un groupe italien.

L'invention. En raison d'une clause de non-concurrence, Joseph Le Mer travaille seul pendant deux ans et invente de nouveaux produits destinés au génie civil. Il définit ainsi le procédé de fabrication qui lui permettra de réaliser un échangeur (pièce maîtresse d'une chaudière où l'eau destinée aux radiateurs d'habitation est chauffiée) en inox pour chaudière à gaz à condensation.

Joseph Le Mer dépose un brevet sur le produit, moins consommateur d'énergie et moins polluant que les systèmes traditionnels. Alors qu'une chaudière traditionnelle émet 2 à 3 tonnes de C02 par an, celles équipées de son échangeur (6 millions de chaudières en sont à l'heure actuelle équipées dans le monde) en émettent une de moins.

L'entrepreneur croit par ailleurs fortement aux chaudières pour lesquelles son invention est adaptée : celles à condensation. "J'ai toujours pensé que la combustion du gaz était une énergie née pour être utilisée dans des appareils à condensation", raconte-t-il. "Un mètre cube de gaz, c'est 2,5 litres d'eau produite, lors de la combustion du gaz dans la chaudière. Si l'on ne veut pas que l'eau se dépose sur l'échangeur, il faut que la température soit élevée, d'où des mauvais rendements." Or les appareils à condensation consomment 30% de gaz en moins. Il en est convaincu : c'est l'avenir.

La rencontre italienne. A cette époque il rencontre Rocco Giannoni, PDG de Giannoni Spa en Italie. Les deux hommes créent en 1993 la société Giannoni France. Depuis, les échangeurs en inox destinés aux chaudières à condensation inventés par Joseph Le Mer ressuscitent l'industrie de Morlaix dans le Finistère. Et s'exportent à gogo.

Les recettes de la réussite

Brevets. De nombreux brevets protègent les innovations de Giannoni Sermeta : une stratégie de Joseph Le Mer qui fait enregistrer systématiquement par le cabinet rennais Regimbeau tout prototype avant sa commercialisation. Avec plus d'une vingtaine de dépôts à son actif, l'industriel breton voit ainsi ses idées protégées de la concurrence dans toute l'Europe, mais aussi aux États-Unis, au Japon, en Corée et en Chine.

Une idée nommée « Cold burner door »

Dernière innovation en date de l'industriel breton : celle d'une porte... froide. Une porte d'accès sépare en effet le corps de chauffe du secteur où se trouvent le brûleur de gaz et l'échangeur de la chaudière. Si les températures de ce dernier avoisinent les 1000°C, la porte isolante subit tout de même quelque 150-200°C, envolés dans la nature. « Soit une perte de chaleur de 150 watts par heure », souligne Joseph Le Mer. Sa nouvelle porte en acier inoxydable supprime toutes ces pertes et retransmet la chaleur à l'eau qui doit censément être chauffée pour alimenter les radiateurs. Autant d'énergie économisée pour la planète, et de deniers pour nos factures.


Automatisme. L'innovation de ses produits repose sur une recette simple. Assurer la fonction du produit, tout en améliorant son rendement, sa performance et sa qualité. Pour cela, l'entrepreneur a opté pour des moyens de production très automatisés, dont les coûts restent raisonnables et ne l'obligent pas à aller produire en Chine. Alors qu'il fallait une heure et demie de main-d'œuvre pour produire un échangeur en 1993, les machines de Giannoni France sont aujourd'hui capables de produire deux échangeurs par minute, avec cinq minutes de main-d'œuvre en ligne. C'est en s'entourant de collaborateurs aussi passionnés que lui par les questions techniques qu'il a pu gagner le challenge de la productivité.

Production bretonne, ventes internationales. Si la délocalisation en Chine n'est pas pour demain (avec le coût du transport, les Chinois ne peuvent pas concurrencer ses prix de revient), les constructeurs de chaudières, ses clients, se réjouissent dans toute l'Europe et ailleurs de voir chuter les prix d'achat de ces pièces maîtresses. Pour se rapprocher de ses acheteurs internationaux, le dirigeant breton sillonne l'Europe tous les mois à bord d'un Falcon 10 avec cinq ou six collaborateurs, avion qu'il partage en "copropriété" avec deux autres patrons de sa région. Résultat : Giannoni France fournit trente marques de chaudières et réalise 95 % de ses 150 millions de chiffre d'affaires à l'export. Compte tenu de la crise énergétique, cela n'est pas près de s'arrêter.

Un avenir florissant sur fond de crise énergétique

A vendre ? Si Joseph Le Mer voulait prendre sa retraite, à 62 ans, c'est raté. Décidés à vendre leur entreprise prospère depuis juin 2008, lui et Rocco Giannoni ont finalement décidé de rompre les négociations au début du mois d'avril. La faute à la crise financière. L'écrasante majorité des candidats au rachat étaient des fonds d'investissement : Axa Private Equity, Carlyle, Doughty Hanson, LBO France et Morgan Stanley Private Equity. Près d'un an de discussions pour rien : les négociations difficiles avec les fonds et un prix jugé trop bas ont contraint les dirigeants à annuler la cession envisagée. De 800 millions d'euros en juin 2008, le prix de Giannoni était en effet tombé début avril autour de 300 millions d'euros. L'entrée d'un actionnaire minoritaire est désormais envisagée.

Promesses. La crise énergétique plaide en faveur des chaudières à condensation, qui consomment 30 % de moins d'énergie et polluent dix fois moins. En Grande-Bretagne, l'évolution de la réglementation sur son marché a d'ailleurs contraint les fabricants de chaudières à passer à la condensation. "En Allemagne, 90% des chaudières sont à condensation, en Hollande c'est 100% des chaudières qui le sont. Aux Etats-Unis aussi, tous les fabricants se mettent à la condensation. Bientôt, ce sera aussi commun que la TV couleur", récapitule Joseph Le Mer.

Du pain béni pour l'industriel breton : ses produits innovants, destinés au pays européens, lui assurent des prix compétitifs et sa diversification dans les chaufferies d'immeuble aux Etats-Unis le protège de la crise actuelle. Il songe d'ailleurs à ouvrir des usines à l'étranger. Un projet de filiale (une usine d'assemblage) aux Etats-Unis, où 25 % du chiffre d'affaires est déjà réalisé, était à l'étude mais la crise diffère le calendrier initial. L'ouverture en Russie d'une structure commerciale d'assistance technique pour accompagner ses clients en Europe de l'Est était également dans les cartons.

Pour l'heure, le fabricant breton d'échangeurs thermiques pour les chaudières à gaz annonce qu'il lance un programme de 50 millions d'euros d'ici à 2012 pour augmenter les capacités de production de ses usines dans l'Hexagone. L'effectif du groupe devrait passer de 545 salariés actuellement à 650 en 2012. Sa petite entreprise, qui ne cesse de grandir, ne connaît pas la crise.

A.L.

L'environnement et la santé lauréats 2009

Outre l'échangeur thermique économe, trois autres inventions ont été primées par la Commission européenne et l'Office européen des brevets (OEB) dans le cadre du prix de l'inventeur européen de l'année :

Un médicament contre la leucémie myéloïde chronique : Brian Druker (États-Unis) et Jürg Zimmermann (Suisse) ont été conjointement récompensés pour la catégorie «industrie».

Un médicament antipaludéen à base de plantes : Zhou Yiqing and et son équipe (Chine) de l'institut de Microbiologie et d'Epidemiologie de l' Academie de sciences médicales militaires à Beijing, ont reçu le trophée pour la catégorie « pays non européens ». Une innovation basée sur la médecine traditionnelle chinoise.

L'exploitation commerciale de l'énergie solaire : le chercheur et fondateur de l'Institut Fraunhofer de systèmes d'énergie solaire (ISE) Adolf Goetzberger, souvent considéré comme à l'origine de l'utilisation commerciale de l'énergie solaire, a quant à lui été salué pour la catégorie « accomplissements tout au long d'une carrière ».

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