Un beau bureau, c’est bon pour le moral et la productivité

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Bureaux Expo
© L'Usine Nouvelle

Le salon Bureaux Expo  (un grand capharnaüm où les designers les plus hypes côtoient les fabricants d’ampoules basse consommation et autres vendeurs de toits végétalisés et !), s’est tenu porte de Versailles. Architectes, professeur de gestion et responsables des services généraux ont réfléchi au bureau idéal.

Ici, tout est luxe, calme et volupté, un mur végétal avoisine avec d’élégants bureaux en bois clair, tandis que la salle de réunion a des allures de salon. Au sol, de moelleux tapis. Bienvenue à l’espace tendances du salon Bureaux expo, où l’architecte Karl Petit (qui a travaillé pour le palais de l’Elysée) a aménagé ce que pourrait être un bureau des années 2010 et ce pour un budget raisonnable, "le poste de travail revient à 1300 euros", assure-t-il. Pourtant, le quotidien de bien des salariés est loin de cette ambiance. Ce n’est pas faute de réflexions des principaux intéressés, comme en témoignent les tables rondes qui se sont succédées durant les Assises de l’environnement de travail et des services généraux, qui se tenaient en parallèle.

Si le siège social de Google est dans tous les esprits, c’est vraisemblablement parce que les réflexions se nourrissent des changements dans le travail tertiaire induits par les technologies de l’information et de la communication. Dès lors qu’il est possible de travailler depuis chez soi ou en déplacement, les usages du bureau changent. Ce n’est plus le centre de la vie professionnelle. "Le télétravail est aujourd’hui une vraie demande qui a pour conséquence que les salariés viennent au bureau pour se rencontrer. L’échange fortuit crée de la richesse aujourd’hui", insiste François Delatouche, le président de l’Arseg (association des directeurs et des responsables des services généraux), directeur immobilier et services aux collaborateurs chez Bouygues Télécom. Une analyse que partage le sociologue Alain d’Iribarne : "aujourd’hui, l’espace alloué aux espaces collectifs non directement consacrés au travail se développe : les salles de restauration, les cafétérias, les salles de jeu.. La tendance est à la reconstitution dans les bureaux de villages avec une agora."

Déjà, les entreprises tiennent compte de ces demandes. Chez EDF, Charles Ragons, chef du département stratégies patrimoniales et gestion immobilière, témoigne : "dans certains nouveaux bureaux, nous avons pris soin aux cafétérias qui sont des lieux d’échanges importants, là où se font des collaborations informelles, essentielles pour l’entreprise. Nous avons veillé à ce qu’elles soient éclairées par la lumière du jour, la connectivité informatique est assurée, on peut venir pour travailler sur un projet."

L’open space au centre des critiques

Au nouveau siège du Crédit agricole (projet Evergreen) on observe les mêmes tendances. Là c’est la cantine qui est ouverte en permanence, pour que les salariés puissent venir y travailler entre eux, disposant de toutes les connexions imaginables pour leurs ordinateurs portables et autres outils numériques… Autre exemple passionnant évoqué par Guillaume Savard, directeur Corporate solutions de Jones Lang LaSalle : "rue du Louvre à paris, la Poste est en train de rénover un bâtiment historique qu’elle ne peut pas abandonner alors qu’elle le sous exploite. En 2016, lors de son ouverture, le site proposera des usages mixtes mêlant poste, boutiques et services publics dans le même endroit". Pour les salariés le bureau sera plus qu’un bureau. Une démarche que l’on retrouve dans le projet Hermitage à la Défense ou au Cnit tel qu’il a été réaménagé, toujours à La Défense, où les bureaux de la direction voyageurs de la SNCF côtoient un centre commercial, des espaces pour des salons…

Loin de ces projets pilotes, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes tertiaires. Les contraintes financières sont souvent l’alpha et l’oméga, regrette François Delatouche. Il aimerait que les DRH participent davantage à ces questions d’aménagement, "mais ils n’aiment pas les questions matérielles." Alors les projets de réaménagement finissent par être une chasse à la réduction du nombre de mètres carrés, d’autant plus essentiels que les loyers représentent en moyenne 60 % du coût d’un bâtiment.
Cette logique explique le développement des open space qui réjouissent les directions financières et désespèrent les salariés. Pour Alain d’Iribarne qui s’appuie sur des études réalisée par Actineo, les attentes des salariés sont pourtant connues : de la lumière naturelle, des espaces où le bruit des autres n’est pas une gêne, et surtout pas d’open space fourre tout (le grand plateau avec des postes de travail standardisé). Il milite pour des open space intelligents, de taille réduite, avec des espaces où il est possible de s’isoler ou se réunir, de la lumière du jour, où réglable par chacun.

Quelle que soit la formule retenue, tous insistent sur une organisation de l’espace  cohérente avec les façons de travailler des uns et des autres. En conséquence, il faut consulter les salariés avant, et les accompagner après. François Delatouche rappelle l’enjeu : "sur deux de nos gros sites, nous avons mis en place des bureaux partagés. Les salariés étaient très angoissés : vais-je trouver un espace pour travailler en arrivant le matin ? avec qui ?". Des questions qui peuvent faire sourire les financiers, "qui ont pris le pouvoir dans les entreprises", confirme Guillaume Savard. Pourtant, "s’il est impossible de mesurer l’effet sur la productivité d’un salarié qui se sent bien, des salariés démotivés, angoissés travaillent moins bien", rappelle Alain d’Iribanne. Si en plus le beau rend plus productif, pourquoi continuer à s’en priver ?

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