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Un atoll pour stocker l'électricité en pleine mer

Par Guillaume Maincent - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3140

Connu en zone montagneuse au voisinage des barrages, le pompage-turbinage peut également servir à réguler la production d'électricité éolienne... en pleine mer.

C'est l'un des arguments forts des opposants aux énergies renouvelables : éolien et solaire sont intermittents. Sans vent, pas de kilowattheures. Un rapport de l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst) propose de remettre au goût du jour une technique pour lisser la production dans le temps : le pompage-turbinage. Le principe : utiliser la dénivellation entre deux masses d'eau pour actionner une turbine, à la manière des barrages. Lorsqu'il n'y a pas besoin d'électricité, on pompe l'eau du milieu environnant (avec l'électricité du réseau ou produite sur place) pour remplir un bassin de stockage en surplomb. Lorsqu'il y en a besoin, on lâche les vannes pour turbiner l'eau stockée qui retourne au milieu, par gravité.

L'Opecst propose de dupliquer ce système de stockage d'énergie en mer. Reprenant là l'idée de François Lempérière, ingénieur hydraulicien spécialiste des grands barrages, il y voit un remède à l'intermittence de l'éolien offshore et aux problèmes d'acceptabilité sociale du développement massif de tels stockages en montagne ou au sommet de falaises côtières.

UNE IDÉE À PROMOUVOIR

Le stockage répondrait aussi aux pointes de la demande d'électricité durant l'hiver : « Un réacteur nucléaire supplémentaire de type EPR associé à un site de pompage-turbinage de 2 GW pouvant stocker 50 GWh permettrait, pour un investissement de 7 à 8 milliards d'euros, d'économiser 3 millions de tonnes de charbon par an », indique François Lempérière, dont l'association, Hydrocoop, promeut cette solution en direction de grands acteurs, comme Bouygues, GdF Suez ou Vinci, qui en a fait un thème de R et D au sein de sa branche construction grands projets.

Concrètement, il « suffirait » de parsemer quelques grandes zones marines, idéalement la Manche, à 15 ou 20 km des côtes, de grands atolls artificiels qui enfermeraient d'énormes volumes d'eau isolés de la mer par une digue en dur de 50 à 100 mètres de hauteur. Une canalisation immergée, reliant le bassin à la mer à travers la digue, abrite les turbines et la pompe, avec raccordement au réseau électrique terrestre pour sous-tirer le courant nécessaire au pompage, et, à l'inverse, livrer le courant turbiné au continent. Chacune de ses deux opérations affiche un rendement de 90 % (80 % sur un cycle de pompage-turbinage). Mieux : le courant nécessaire au pompage peut être produit localement, à l'aide d'éoliennes fichées dans la digue, ou prélevé sur la production d'un parc voisin.

L'investissement est conséquent : « La dépense est proportionnelle au périmètre du bassin, mais la production électrique est proportionnelle à sa surface », fait valoir François Lempérière. A l'heure actuelle, aucun de ces réservoirs stockeurs d'électricité n'existe, à l'exception d'un site aménagé... au sommet d'une falaise, sur l'île d'Okinawa, au Japon.

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