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Trois nouveaux ports pour le trafic de "boîtes"

Par De notre correspondante, Marion Kindermans - Publié le
Gennevilliers terminal
© DR

Le trafic de conteneurs sur la Seine a été multiplié par dix en quinze ans. Pour répondre à la demande des entreprises et anticiper la croissance prévue, le Port de Paris investit massivement dans ses infrastructures.

Sur le port de Gennevilliers, première plate-forme multimodale d'Ile-de-France, l'activité bat son plein. Chaque jour, les portiques déchargent et rechargent sur les barges des « boîtes » de toutes les couleurs venues des quatre coins du monde, arrivées dans les Hauts-de-Seine depuis les ports du Havre et de Rouen. Il y a quinze ans, ce trafic n'existait pas. « Le transport par conteneurs a démarré en 1994 avec l'ouverture d'une première ligne sur la Seine entre Gennevilliers et Le Havre. Ce transport a explosé. On compte six opérateurs et on est passé de zéro à 100 000 conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) transportés. C'est devenu un véritable marché », précise Hervé Martel, aux commandes du Port autonome de Paris (PAP) depuis trois mois.

70 000 emplois directs et indirects

> 70 ports sont gérés par le Port autonome de Paris (PAP) en Ile-de-France, sur lesquels sont implantées 600 entreprises.
> 10 000 emplois directs et 60 000 emplois indirects sont recensés sur les 500 km de voies navigables franciliennes.
> 225,4 millions d'euros d'investissements sont planifiés entre 2007 et 2013 dans les ports franciliens.
> Le trafic conteneurs en Ile-de-France est passé de 445 conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) en 1994, à 106 563 EVP en 2008.
> 16,1 % de hausse pour le trafic de conteneurs sur les neuf premiers mois 2009 en Ile-de-France, soit 92 668 conteneurs EVP transportés.
> 90 % de ces conteneurs sont traités par le port de Gennevilliers, où sont implantées 270 entreprises sur 400 hectares.


L'activité affiche, en cette période de crise, une bonne santé insolente. Alors que le secteur des transports fait grise mise, le trafic de conteneurs a enregistré une hausse de 16,1 % sur les neuf premiers mois 2009, grignotant des parts de marché sur le camion. Crée en 1968 pour piloter les 70 ports franciliens, le Port autonome de Paris réalise depuis quelques années des investissements massifs pour moderniser ses infrastructures et répondre à la croissance du trafic. Un plan de 225,4 millions d'euros a été lancé par l'établissement public pour la période 2007-2011. Au final, le port veut se doter de six terminaux contre trois aujourd'hui - à Gennevilliers, Bonneuil-sur-Marne et Limay -, afin de porter la capacité totale en Ile-de-France à 340 000 EVP d'ici 2012.

D'abord la distribution

Les trois nouvelles plates-formes seront mises en service à Evry (Essonne, 10 000 EVP en 2010), à Bruyères-sur-Oise (Val d'Oise, 30 000 EVP en 2010 et 60 000 en 2015) et à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne, 30 000 EVP en 2012). Le terminal de Gennevilliers, qui va doubler de superficie, pourra traiter 215 000 EVP d'ici à 2010. Le port de Limay (Yvelines) va tripler sa capacité l'an prochain à 30 000 EVP. Enfin, l'ouverture d'une plate-forme trimodale à Achères (Yvelines), prévue d'ici à 2020 dans le cadre du développement du Grand Paris, devrait porter le trafic conteneurs en Ile-de-France à 600 000 EVP (lire ci-dessous). « C'est un mode de transport encore jeune mais il est porté par de grands projets politiques », note Hervé Martel.

Le canal à grand gabarit Seine Nord Europe, qui connectera la Seine et l'Oise au réseau européen d'ici à 2015, le Grenelle de l'environnement, qui privilégie le transport fluvial, les investissements prévus dans le cadre de Port 2000 au Havre et du Grand Paris semblent dessiner un avenir prometteur à la voie d'eau. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à opter pour le transport fluvial. Monoprix a fait figure de pionnier, en 2003, avec ses produits textiles et maison/loisirs entre le Havre et son entrepôt de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne). « Nous avons été les premiers à transporter des produits saisonniers via la Seine. Avant, cela ne concernait que des granulats », rappelle Catherine Rivoallon, la responsable du département international de Monoprix.



Souplesse de stockage et fiabilité

Le fleuve assure 60 % des flux de transport du spécialiste du commerce de centre-ville, contre 35 % pour le train en cas de livraisons rapides. « Nous avons réalisé une économie de 4 à 5 % sur notre facture », assure Catherine Rivoallon. Mais les gains économiques ne sont pas la principale motivation. « L'intérêt n'est pas financier », martèle Silvio Bocci, le responsable import chez Castorama. Depuis quatre ans, l'enseigne de bricolage transporte chaque année 6 000 EVP par la Seine. L'image, mais surtout les atouts fonctionnels comme la fiabilité, ont convaincu la marque. « Nous gagnons en souplesse de fonctionnement. Nous pouvons stocker nos conteneurs sur le terminal et les récupérer plus tard », explique Silvio Bocci.

Un avantage qui a également fait basculer le leader de la distribution de jouets Toys'R'Us, qui transite 80 % de ses conteneurs par la Seine. « Nous avons une activité très saisonnière avec des volumes qui passent de 1 à 7 en fonction de l'année. Nous recevons beaucoup de conteneurs à l'automne. Nous gagnons deux à trois jours de "stockage flottant" sur les barges, puis deux à trois semaines de stockage sur le terminal de Gennevilliers », détaille Gaël Prigent, le directeur supply chain de Toys'R'Us. Alors pourquoi les entreprises ne sont-elles pas plus nombreuses à sauter le pas ? Selon un rapport du Conseil économique et social d'Ile-de-France de 2003 sur le transport fluvial, le transport par voie d'eau ne représentait alors que 2 % du trafic total.

« Il existe encore des freins, comme le manque de connaissance des entreprises et la faiblesse des structures. Les rotations de barges ne sont pas assez nombreuses », déplore Gaël Prigent. Mais les choses s'accélèrent. Certaines entreprises réfléchissent déjà à la logistique urbaine fluviale, comme Carrefour. Il ne s'agit plus d'acheminer les marchandises jusqu'à la plate-forme portuaire, mais de faire venir les palettes par bateau jusqu'au centre de Paris. La société JC Decaux utilise la voie d'eau pour l'entretien et la livraison de ses Vélib'. Le port d'Austerlitz, en plein Paris, sera aménagé pour répondre à ces nouveaux besoins. « Dans les années à venir, ce sera un sujet de développement majeur pour les produits manufacturés », pronostique Hervé Martel.

Le port d'Archeves, pivot central du Grand Paris

C'est le futur port emblématique du Grand Paris. Stratégiquement situé à la confluence de la Seine et de l'Oise, le port d'Achères sera le pivot central entre le futur canal à grand gabarit Seine Nord, dont la mise en service est prévue en 2015, et les développements attendus du port du Havre. Le Port autonome de Paris (PAP) travaille depuis dix ans sur ce territoire, où une plate-forme logistique de 500 hectares devrait être aménagée pour accompagner le développement du Grand Paris. « Une enveloppe de 150 millions d'euros a été évoquée », rappelle Hervé Martel, le directeur du Port. Un directeur de projets va être nommé en janvier pour lancer les études opérationnelles. La réalisation de cette plate-forme modèle permettra de porter la capacité du PAP à 600 000 conteneurs EVP d'ici à 2020.


3 questions à André Poiret, responsable projet fluvial chez UPM-Kymmene France
"La voie d'eau sera la solution économique"

Que transportez-vous par voie fluviale ?
Nous transportons du papier neuf sous forme de bobines de notre usine de La Chapelle-Darblay (Seine-Maritime), près de Rouen, jusqu'aux imprimeurs de la région parisienne. Au retour, nous rapportons du papier recyclé qui nous sert à la fabrication. Cela représente entre 70 000 et 80 000 tonnes par an à l'aller et au retour. Nous avons décidé en 2008, en accord avec le Syctom (Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères) de l'agglomération parisienne, de passer du camion à la voie fluviale jusqu'au port de Gennevilliers. Cela équivaut à 30 camions par semaine de moins, dans les deux sens, soit 40 % d'émissions de C02 en moins par an.
Comment avez-vous organisé ce passage aux conteneurs ?
Il a fallu réorganiser toute la logistique avec les imprimeurs et planifier beaucoup plus en amont et de façon plus stricte nos délais de livraison. Nous devons prévoir bien plus à l'avance les approvisionnements, car la voie d'eau est plus lente. Il faut également que les imprimeurs adaptent certains de leurs matériels.
Vous y retrouvez-vous en termes de coûts ?
Il faut savoir que le transport fluvial nous coûte 25 % plus cher que le transport par la route. Cela est dû en partie aux frais des manutentions intermédiaires, puisque nous devons faire appel à un prestataire spécialisé qui charge les conteneurs à Rouen. Mais nous faisons un pari sur l'avenir : la congestion sur Paris va augmenter et les taxes vont croître. La voie d'eau sera dans quelques années la solution économique. Et nous y serons déjà.

 

 

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