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TROIS NOUVEAUX MÉTIERS DE L'INDUSTRIE

Par PAR CHRISTOPHE BYS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° HSING2012

Le tout-numérique, l'écologie ou l'aversion pour le risque transforment toutes les entreprises industrielles. Focus sur trois fonctions en plein essor et ceux qui les incarnent.

Le monde change, l'industrie aussi. Et ses métiers avec, qui s'adaptent en permanence aux nouveaux défis émergents. Si les opérateurs et les ingénieurs sont toujours là, ils ont dû s'habituer à partager leurs tables de cantine avec de nouveaux collègues.

À l'origine de ces mutations, des évolutions de la société qui se diffusent dans l'entreprise : le tout-numérique, la mode du développement durable ou la recherche du risque minimal. Certaines d'entre elles, comme le web, sont les bienvenues, car elles renforcent la productivité. D'autres sont davantage vécues comme des contraintes nécessaires auxquelles il faut bien se plier. Tous ces changements, qu'ils soient ou non bien accueillis, obligent de fait les industriels à réagir et à adapter les compétences au bon exercice de leur activité. Passage en revue de quelques-unes de ces nouvelles tendances qui ont d'ores et déjà créé des métiers.

1. LES CHAMPIONS DE L'ÉCOLOGIE

L'importance croissante accordée aux préoccupations écologiques crée de nouveaux métiers dans l'industrie. Cette évolution s'explique notamment par le renforcement des réglementations, mais ce n'est pas tout. « Les entreprises se rendent bien compte que recruter un ingénieur en efficacité énergétique est un bon investissement pour réduire les coûts des consommations. En outre, cela permet d'avoir une bonne image sur le marché », souligne Fatine Dallet, manager exécutif au sein du cabinet Michael Page.

Un signe qui ne trompe pas : si les entreprises ont d'abord confié les missions liées à l'environnement à des cabinets extérieurs, le temps de l'externalisation est révolu. Désormais, elles recrutent des professionnels en interne. Ainsi, Steelcase, le spécialiste du mobilier de bureau, qui a intégré un spécialiste du cycle de vie des produits en 2004, passe à la vitesse supérieure. « Nous sommes en train de recruter deux spécialistes supplémentaires qui devront guider le choix des équipes projets que ce soit sur les matériaux, les procédés de fabrication ou le transport. Ils travailleront aussi avec nos fournisseurs », détaille Hélène Babok, la directrice du développement durable

Si tout a commencé avec les métiers de l'industrie lourde et de l'énergie, avides de spécialistes ès carbone, la préoccupation environnementale touche à présent davantage de secteurs et de plus en plus de fonctions. En premier lieu, la R et D, où se préparent les produits de demain. À la R et D de Rhodia, Jean-François Viot analyse le cycle de vie « des produits chimiques, du début de leur fabrication à leur fin de vie. Cela peut conduire à arrêter des projets. » La « transformation verte » se poursuit au-delà des laboratoires. Au sein de la direction du marketing de Lafarge, Caroline Nivelle a recruté il y a deux ans Arthur Vinson, jeune diplômé de Polytechnique et d'une école d'architecture. Il est désormais responsable de la construction durable, un métier consistant à faire de la veille réglementaire mais surtout à former les commerciaux aux notions d'analyse de cycle de vie, d'empreinte carbone des ciments vendus par le groupe.

Les PME ont, elles aussi, intégré ces préoccupations, mais elles n'embauchent pas encore des profils aussi pointus, plutôt des hommes à tout faire, qui supervisent tant l'empreinte carbone que l'éco-conception ou la pollution des sols...

2. LES ASSUREURS TOUS RISQUES

Les métiers du risque sont encore balbutiants. Laurent Hürstel, responsable Industrie chez Robert Walters, estime que « le risque est aujourd'hui dans la même situation que le Six Sigma il y a dix ans ». L'intérêt actuel des très grandes entreprises pour ces métiers finira par toucher tout le monde. « Les obligations réglementaires, notamment européennes, ont été un déclencheur », analyse Christophe Meunier, responsable système qualité pharmaceutique d'Aktehom, « mais de plus en plus, les risk managers portent des projets transverses qui marquent l'organisation des entreprises. »

Gilles Michel, responsable HSE de Bureau Veritas, confirme : « l'approche devient globalisante, comprenant les risques psychosociaux (RPS), la pénibilité... ». Les entreprises à la pointe comme Veolia intègrent même des risques plus immatériels, telle la réputation. Pour autant, le risk manager reste un bon connaisseur des procédés industriels. « Si un problème touche un produit X, il doit connaître l'effet prévisible sur d'autres productions », note Christophe Meunier. Et comme pour tout métier émergent, il faut sensibiliser le personnel. Le risk manager doit donc être aussi un homme de communication.

3. LES PILOTES DU TOUT-NUMÉRIQUE

Fini le temps où le web était réservé à quelques geeks. Il est désormais partout et l'industrie ne fait pas exception. De nouveaux profils ont fait leur apparition et certains métiers traditionnels évoluent en intégrant l'importance grandissante de l'e-commerce ou la montée en puissance des réseaux sociaux. En pointe sur le sujet, Danone, dont la division nutrition déploie actuellement un projet de « web acceleration ». À sa tête, William Green, le directeur de la communication. Toutes les entreprises ne sont pas encore à ce niveau de globalité, mais toutes mettent du web partout où cela est nécessaire.Parmi les métiers 100 % web, le community manager figure en bonne place. Toute la journée, ce spécialiste communique en ligne avec les différents publics de l'entreprise, et en premier lieu ses clients (voir le portrait de Tanguy Moillard ci-dessus). Chez Alcatel, Julien Cotte est community manager au service DRH, ce qui l'amène à dialoguer avec les éventuelles futures recrues de l'entreprise. Il anime aussi en ligne l'équipe RH de l'entreprise. Soit 100 personnes réparties sur toute la France.

Les métiers de la vente sont aussi concernés. Annabelle Godard, qui dirige Godard-Chambon et Marrel, producteur de foie gras, a formé ses équipes commerciales au référencement web. Elle réalise désormais 22 % de ses ventes par ce canal. Encourageant.

À mesure que les ventes en ligne se développent, les outils d'avant et d'après vente se numérisent. Ainsi, les pros de l'e-CRM (customer relationship management) décryptent les traces laissées sur le web par les acheteurs pour mieux les comprendre et faire évoluer l'offre. « L'industrie est à un tournant dans ce domaine », remarque Pierre Guimard, associé de Keley Consulting, un consultant spécialisé dans le CRM.

Autre fonction touchée : les achats. Les acheteurs à la papa n'ont pas encore disparu, mais de nouveaux profils voient le jour, comme l'acheteur en ligne. S'il gagne du terrain, c'est qu'il a des arguments à faire valoir : « Passer par le web fait gagner du temps », résume Sibille Schwab, responsable e-procurement d'Alstom Grid. Pour Patrick Massart, qui dirige le service d'enchères inversées de PSA, les avantages sont du même ordre : « Une journée suffit pour négocier les 1 000 lignes de prix de la téléphonie mobile dans 17 pays. » Au passage, le métier des acheteurs change. Avant, ils négociaient des heures durant avec les fournisseurs. Aujourd'hui, ils se concentrent sur la préparation et la rédaction des cahiers des charges.

FRÉDÉRIC DHERS, 45 ANS, corporate Risk Officer chez Veolia

Monsieur zéro risque. « Ma fonction consiste à minimiser l'exposition au risque du groupe. Un tiers de mon temps est occupé à réduire le coût des risques assurables et de le transférer à nos assureurs. Durant les deux autres tiers, je suis immergé dans le quotidien de nos équipes pour réduire le risque opérationnel. Par exemple, quand Veolia investit pour construire un site, j'étudie l'ensemble des risques liés : cela va du lieu au process, en passant par les choix juridiques... Le service que je dirige compte une cinquantaine de personnes. Mais j'interviens bien au-delà car je suis aussi là pour développer cette culture en rendant les enjeux compréhensibles par tous. Je travaille pour le secrétaire général, ce qui montre bien que la fonction est transverse et concerne l'ensemble du groupe. » Parcours École centrale de Marseille, Master of Science à l'Université de Cranfield, EMBA à l'International School of Management et AMP à l'Insead.

ARIANE GIRAUD, 35 ANS, chef de projet des sols pollués chez GE Healthcare

La vestale du sous-sol. « Je viens d'intégrer l'équipe HSE Europe de GE Healthcare. Mon travail consiste à réaliser des audits sur les centaines de sites que possède cette entité. Il s'agit de vérifier qu'ils sont conformes aux réglementations HSE de chaque pays. Je dois aussi épauler les équipes locales sur la gestion de pollution des sols. Les réglementations évoluent très vite dans ce domaine, il y a donc un travail de veille important. Je fais partie d'une équipe de 30 personnes dans le monde, gérant les questions HSE pour GE Healthcare. Nous sommes quatre sur le site de Buc (Yvelines) qui fabrique des appareils d'imagerie médicale. Je suis ravie d'intégrer un groupe américain, qui a une approche très pragmatique et poussée. » Parcours Maîtrises de géologie et d'aménagement du territoire et mastère en ingéniérie de l'environnement, dix ans d'expérience dans des bureaux d'études spécialisés.

TANGUY MOILLARD, 37 ANS, responsable web social chez Bouygues Telecom

Les grandes oreilles des e-consommateurs. « Quand j'arrive à mon bureau le matin, je me connecte à Facebook et Twitter. Sur les réseaux sociaux, j'analyse « en live » les réactions de nos clients aussi bien sur notre actualité, nos lancements de produits ou d'offres que sur notre couverture. Avec mon équipe de trois personnes, nous ne surfons pas que pour le plaisir, mais pour améliorer le service rendu au client : nous répercutons les informations qui nous sont transmises par ce média. Mon travail consiste aussi à définir la ligne éditoriale des messages que nous allons envoyer et à favoriser la communication horizontale dans l'entreprise. Le poste a été créé en juillet dernier à l'issue d'une longue réflexion sur l'opportunité de communiquer ou non sur les réseaux sociaux. Avec près de 20 millions de comptes ouverts en France, il nous a semblé évident d'y aller. C'est passionnant car nous sommes tous en mode apprentissage. » Parcours Diplômé de l'Essec, au service communication de Bouygues Telecom depuis 1997.

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