Tricastin : un plan d'urgence pour une grille oubliée

Le 17 décembre 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
* Mots clés :  Quotidien des Usines, EDF
Tricastin-Site-DR

Une nouvelle alerte à la contamination radioactive a frappé le site nucléaire du Tricastin la nuit du 14 au 15 décembre : les locaux de la Socatri et de BCOT sont inondés par la Gaffière en crue. En cause, des grilles de sécurité qu'Areva aurait « oublié

Patatras, les exploitants de la Socatri et de BCOT déclenchent un plan d'urgence dans la nuit du dimanche 14 décembre au lundi 15 décembre, à 2 heures du matin selon l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Des fortes pluies se sont abattues sur la région Rhône-Alpes ces derniers jours,  faisant rapidement monter le niveau de la Gaffière. Les locaux de la Socatri et BCOT, respectivement filiales d'Areva et d'EDF (voir encadré) sont inondés sur le site du Tricastin, et le niveau de l'eau dans les locaux dépasse le niveau de protection requis pour lancer l'alerte.  Après le rejet accidentel de 74 kg d'uranium à même le sol de la Socatri le 8 juillet dernier, les eaux entourant le site ne sont décidément pas bonnes à boire. Un communiqué de l'ASN précise néanmoins que "les plans d'urgence internes ont été levés par les exploitants aux alentours de 5h du matin après un reflux des eaux". Que s'est-il passé ?

Au fond de la cuvette. « On est dans une zone inondable » explique Roland Desbordes, secrétaire général de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Un des points les plus bas du site du Tricastin est en effet précisément celui où se situent la Socatri et BCOT, au sud : c'est là où convergent les deux ruisseaux naturels du coin, la Gaffière et le Lauzon. Un canal construit de toutes pièces s'y ajoute, le Lonzère, plus facile à endiguer, car bétonné.  « Il y a beaucoup d'eau autour du site. Les rivières sont promptes à sortir de leur lit, car à moins d'un mètre de la surface » poursuit-il. Il cite en particulier une zone où la Gaffière rentre sur le terrain industriel du Tricastin. Des grilles y sont posées pour protéger le site de l'intrusion : « en rentrant dans le cours d'eau et en le traversant, il serait possible d'entrer sur le site nucléaire».

Une grue s'active à trois heures du matin. « Lors des fortes pluies, des consignes sont données au sein de la Compagnie nationale du Rhône pour dévier de l'eau du canal et abonder dans la Gaffière.» explique  Charles-Antoine Louët, chef de la division de l'ASN de Lyon.« Cela fait partie des manœuvres classiques en cas de fort débit. » Certes. Le problème se situe au niveau des  grilles évoquées par Roland Desbordes, posées sur la Gaffière sur une dizaine de mètres. Ces grilles sont normalement soulevées par l'exploitant quand le débit est trop fort, car elles risquent de charrier des branchages. Or dans la nuit du 14 au 15 décembre, les grilles sont restées dans l'eau : « un amas de boue et de cailloux a formé un bouchon artificiel en aval », explique l'ASN, causant une hausse rapide du niveau des eaux de la rivière.  Une heure après le déclenchement du plan d'urgence, Areva a finalement retiré cette grille à l'aide d'une grue, permettant la décroissance rapide du cours d'eau, et dénouant l'embarassante situation. « A trois heures du matin, les eaux ont décru d'un mètre», précise Charles-Antoine Louët.

De l'eau en quarantaine. Reste que l'eau est rentrée dans les deux installations industrielles du site. A l'heure actuelle, dans la Socatri, « les eaux ont été pompées puis mises dans des containers. Elles seront traitées comme des eaux industrielles normales » rapporte le chef de la division de l'ASN de Lyon. « Les locaux qui ont été impactés sont des locaux non nucléaires, et se situent en point bas : l'eau n'est fort heureusement pas ressortie. » Néanmoins, est- elle susceptible d'avoir été contaminée ? « Les cartographies à base de frottis du sol lors des derniers contrôles radiologiques ont montré que ce n'est pas le cas » répond Charles-Antoine Louët. La BCOT est dans la même situation. «Quelques locaux ont eu des entrées d'eau, mais l'eau n'est pas ressortie.»

Dans les faits, il ya donc peu lieu de s'inquiéter. « Les conséquences réelles et potentielles sont faibles » rassure l'autorité de sûreté. Sur les causes de l'incident néanmoins, l'ASN a demandé des comptes à l'exploitant. « Nous avons demandé à Areva d'examiner les conditions de manutention des grilles ». Histoire de ne plus se noyer dans des verres d'eau ? 

Ana Lutzky

Socatri et BCOT : deux "nettoyeuses"

La Socatri est exploitée par le groupe Areva : elle a pour mission de décontaminer et réparer le matériel, les cuves et pompes, et de récupérer les résidus radioactifs en provenance d'Eurodif. Eurodif enrichit l'uranium gazeux (l'hexaflorure  d'uranium, UF6) sur le site : les réacteurs les plus répandus dans le monde actuellement ne peuvent en effet fonctionner que si l'uranium de leur combustible contient au moins 3 % d'uranium 235. La Socatri trie et conditionne également des déchets radioactifs provenant du milieu hospitalier pour le compte de l'Andra.
L'installation BCOT est exploitée quant à elle par EDF : elle entretient et entrepose des matériels et outillages provenant des circuits et matériels contaminés des réacteurs électronucléaires, à l'exclusion d'éléments combustibles, notamment les tubes guides, les outillages d'intervention, les matériels voués au démantèlement et les couvercles de cuve.

Lire aussi :
Tricastin, la plaque tournante de l'Uranium, le 18/07/2008




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