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L'Usine de l'Energie

[Tribune] Transition énergétique : pourquoi l’Etat doit impérativement impliquer les communes

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Tribune Pour Julien Tchernia, président et co-fondateur d’ekWateur, les réticences face aux compteurs linky ou aux parcs solaires et éoliens ont une même source : le manque d’implication des populations locales dans les choix et une déconnexion des territoires des bénéfices de ces nouvelles productions d’énergie.

[Tribune] Transition énergétique : pourquoi l’Etat doit impérativement impliquer les communes © DR

Le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, ouvre un chantier colossal avec les énergies renouvelables. Un chantier qu’il pourrait transformer en succès, avec l’adhésion de la population, mais à une condition : impliquer les citoyens dans la production des énergies renouvelables, pour créer une forme d’autoconsommation collective.

Pour généraliser un modèle décentralisé – seul moyen de parvenir à une transition énergétique rapide – le gouvernement doit s’assurer de l’aval des citoyens, en commençant par les inclure dans les prises de décision et les bénéfices.

Impliquer les populations dans les choix

Lorsque la population s’est vue proposer de faire remplacer ses compteurs traditionnels par les compteurs connectés Linky, de bruyantes résistances se sont manifestées, transformant ce qui devait être une simple opération en une bataille épique. Pour autant, bien qu’elles soient nombreuses, la plupart de ces résistances puisent leurs sources dans un manquement : l’Etat n’a ni informé ni consulté la population avant de lancer l’opération et surtout ne leur en a pas montré le bénéfice immédiat pour eux. Or le pouvoir n’est plus une entité souveraine. Nous sommes bien loin de l’époque où des villages entiers se sont laissés submergés par les eaux lors de la mise en place des grands barrages français. A l’heure où la population se saisit de toutes les occasions pour manifester son droit à décider de son sort, le gouvernement ne peut plus se permettre de ne pas impliquer et faire bénéficier les citoyens et les communes dans des mesures de cette envergure.

Linky, ENR, même combat

La même problématique se pose en ce qui concerne les producteurs d’énergies renouvelables. Jusqu’ici, les appels d’offres adressées aux fabricants de parcs solaires sont lancés par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), garante nationale du bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz. Les entreprises remportant les marchés sont sélectionnées selon des critères préétablis. C’est ici que le bât blesse : l’accord ou l’implication des communes ne figure pas parmi les critères qui permettent aux constructeurs de répondre aux appels d’offre. Les constructions de parcs solaires sont autant de projets sur lesquels les communes n’ont pas la main. Or l’adhésion de ces dernières ne sera possible que si les populations se sentent pleinement impliquées dans la démarche et profitent des bénéfices de ces centrales. L’éolien n’est pas épargné, et même si les projets se font dorénavant plus en concertation avec les communes, les bénéfices restent cependant réservés aux industriels.

Confier l’exploitation aux communes

Comment, dans un tel contexte, redonner le pouvoir aux communes sur leur consommation énergétique, et les faire ainsi adhérer à des projets qui impliquent un changement majeur dans leur cadre de vie ? Une solution évidente s’offre au gouvernement Macron : les entreprises choisies par la CRE étant à la fois constructeurs et exploitants, l’Etat pourrait séparer les deux fonctions pour attribuer la mission d’exploitation aux communes. Les rendre pleinement actrices de l’énergie qu’elles consomment, en leur donnant la possibilité de produire localement, c’est se donner une chance de s’assurer leur adhésion à la transition énergétique. On propose ici, à une échelle bien moindre, un modèle similaire à celui imposé par les monarchies du Golfe lors du premier choc pétrolier. Les états ont repris le pouvoir sur leurs ressources en imposant aux industriels une répartition beaucoup plus équitable. Pourquoi ne pas penser qu’un tel raisonnement vaut aussi pour le soleil et le vent ?

Redistribuer plus équitablement les richesses

Nous nous trouvons actuellement face à une problématique de captation de la richesse : celle-ci est, pour l’instant, concentrée autour des industriels. L’avantage de décentraliser le système, en privilégiant les producteurs situés à proximité des communes qu’ils alimentent, est le suivant : lesdites communes pourront tirer un bénéfice de leur production d’énergie. Les quelques fournisseurs alternatifs qui offrent aujourd’hui la possibilité de choisir un modèle de production en circuit court jouent alors un rôle de plateformes locales, et peuvent permettre de choisir librement des producteurs locaux détachés des grandes multinationales. L’exploitation locale, en limitant le contrôle de la distribution d’énergie par des multinationales centralisées, assure une redistribution de la richesse aux communes productrices. C’est une démarche qui génère un retour sur investissement local, lequel génère à son tour une forme d’économie locale. Plus impliqués, les habitants auront davantage l’envie de produire de l’électricité, et, de commune en commune, la transition énergétique s’étendra tout naturellement au niveau national.

De la fierté de l’autoconsommation collective

Pleinement impliquées, ces communes retireront également un important sentiment de fierté, facilitant encore davantage leur acceptation. Prenons l’exemple de la centrale hydraulique de Tours-en-Savoie : plusieurs propriétaires gèrent collectivement la production locale d’énergie. Fiers de leur projet commun, tous acceptent aisément les nuisances engendrées par une telle structure, comme le bruit des turbines à eau. La même fierté se lit par exemple au sein de la municipalité Lyonnaise concernant de l’éco-quartier de La Duchère.

L’autoconsommation collective n’est pas une utopie ; elle a même déjà fonctionné. L’électrification de la France s’est faite ainsi. A l’époque où les premières centrales hydrauliques ont été installées, les réseaux électriques n’étaient pas interconnectés. Les communes, qui pouvaient profiter de conditions géographiques favorables (ressources hydrauliques, dénivelé…) ont développé, à leur échelle, des centrales électriques et un réseau pour leurs administrés. Il s’agissait déjà d’une forme d’autoconsommation collective.

Mettre en avant les bénéfices locaux

Désormais, les populations locales n’acceptent plus que l’Etat opère des choix si elles ne sont pas impliquées et n’ont rien à y gagner. Pour emporter leur adhésion, le gouvernement devra compter avec elles. En les mobilisant pour la réforme énergétique, l’Etat peut enclencher une émulation, une rivalité vertueuse, à l’image du programme Villes Fleuries, et remplir ses engagements en faveur des énergies renouvelables. Les habitants seront en effet plus enclins à voir leur paysage changer considérablement s’ils savent qu’ils bénéficient de plus d’autonomie. Mieux : ils seront plus disposés à changer de système s’ils savent qu’ils consomment en circuit court, qu’ils contribuent à mettre en place une dynamique locale et qu’ils en tirent des bénéfices directs. 

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1 commentaire

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11/09/2017 - 19h50 -

Il est scandaleux de voir EkWateur, fournisseur collaboratif d'énergie, prêcher ainsi pour sa paroisse avec des arguments dignes d'une secte. Le seul bénéficiaire du "modèle" décentralisé qu'il essaye de promouvoir auprès des politiques, en faisant miroiter son intérêt pour les communes et les habitants (sans fournir le moindre chiffre), serait ekWateur ou ses confrères ! Car le système électrique centralisé actuel construit après la dernière guerre nous permet de disposer d'un kWh au tarif le plus bas d'Europe et avec une fiabilité remarquable (pas de coupures). La vraie mise en commun utile à l'intérêt général a été faite au niveau national, avec une péréquation tarifaire qui donne accès à l'électricité au même tarif qu'on soit à la campagne ou dans les villes. Elle correspond à l'optimum technique, économique et même environnemental. La solution décentralisée existe encore dans les îles (y compris la Corse), avec des coûts de production de 2 à 10 fois plus élevés qu'en métropole.
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