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[Tribune] Linky, un sujet sous haute tension

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Le déploiement du compteur Linky continue de faire des vagues. En plus d’être perçu comme un gaspillage, il ferait courir des dangers pour la santé et pour la vie privée. Décryptage d'Anne Perrin, expert-conseil "Risques, science et société".

[Tribune] Linky, un sujet sous haute tension © ERDF

L’opposition au déploiement des nouveaux compteurs d’électricité Linky persiste. En plus d’être perçu comme un gaspillage, il ferait courir des dangers pour la santé et pour la vie privée. Pourtant, il respecte les normes de sécurité en vigueur pour les champs électromagnétiques et son emploi a été validé par la CNIL (Commission nationale informatique et liberté). Cette controverse illustre à merveille le phénomène d’amplification sociale du risque décrit par des sociologues. C’est ainsi que l’ampleur du battage médiatique autour d’un danger n’est pas nécessairement proportionnelle à sa gravité. Cela peut engendrer une situation de crise et, par rebonds, des décisions politiques dénuées de fondement rationnel d’un point de vue scientifique.

Linky envoie le relevé automatiquement au distributeur. Il a été développé afin d’améliorer l’équilibre production/consommation d’électricité et notamment faciliter l’intégration des énergies renouvelables. En effet, l’électricité produite ne peut pas être stockée à grande échelle et les éoliennes et panneaux photovoltaïques sont des sources très fluctuantes. Son déploiement s’inscrit dans le cadre de la loi de transition énergétique, conformément aux objectifs fixés par l’Union Européenne. Des technologies semblables sont déjà déployées en Suède et en Italie.

Ce n’est pas un émetteur intentionnel. Les données partent du compteur sous forme d’un signal numérique (bande de fréquence 35-90 kHz) qui circule dans les fils électriques en se superposant au courant 50 Hz. C’est ce qu’on appelle le courant porteur en ligne (CPL), déjà utilisé couramment, et depuis longtemps, pour transmettre des informations dans l’habitation : déclenchement du ballon d’eau chaude si tarif heures creuses/pleines, box Internet ou connexion télévision-box (hors WiFi), veille-bébé, etc. Près du compteur, les niveaux de champs sont très inférieurs à ceux rencontrés à proximité des appareils électriques de la vie courante en fonctionnement (fer à repasser, réfrigérateur, télévision…) et similaires à ceux mesurés près des compteurs bleu actuels.

Faire le tri

Il n’y a pas d’études spécifiques sur d’éventuels effets nocifs de Linky parce que les niveaux d’expositions générés sont négligeables, qu’ils ne contribuent pas significativement à une augmentation du champ électromagnétique ambiant et que l’usage des CPL n’est pas nouveau. Il n’est pas venu aux scientifiques, par exemple, l’idée de consacrer du temps et les crédits de recherche à l’étude des effets des rayonnements du fer à repasser ou du réfrigérateur sur la santé bien tout le monde en possède! Il y a des considérations de bon sens à avoir sur les priorités de la recherche avant de réclamer plus de science.

Les militants mobilisés pour organiser une fronde anti-Linky nationale sont quasiment les mêmes qui ont occupé le haut de l’affiche avec les supposés dangers du téléphone mobile, des antennes, du WiFi, ou des lignes à haute tension. Il suffit d’un tour rapide sur la toile pour le constater.  C’est peut-être l’occasion de se rendre compte que les risques environnementaux pour la santé ne doivent bien sûr pas être négligés et encore moins occultés, mais que leur perception et les enjeux des controverses sur ces risques sont complexes, qu’il s’agisse d’ondes, pesticides, nano, OGM... Ils sont mis à toutes les sauces, instrumentalisés pour défendre des causes, vendre des prestations ou des soi-disant protections anti-ondes, devenir célèbre, s’opposer aux nouvelles technologies et au changement, satisfaire un électorat, mener un combat sans fin… Les médias contribuent souvent à la cacophonie en présentant sur un même plan tous types d’informations sur ces sujets, qu’elles soient scientifiquement validées ou de l’ordre de l’opinion. Le plus dur est de faire le tri dans l’information. C’est à chacun de creuser. Au Québec, où les ondes suscitent aussi des craintes, le gouvernement a ouvert un portail sur son site pour les démystifier. Cependant, le public doit également être convaincu de l’utilité réelle d’une innovation.

Anne PERRIN, expert-conseil
"Risques, science et société"

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