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Transport et filière porcine aux avant-postes

Par OLIVIER COGNASSE AVEC PATRICK DENIEL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3146

Les conséquences d'une épidémie seraient sévères dans une économie mondiale déjà fragilisée. Le transport aérien et la filière porcine sont les premiers secteurs touchés.

Le gouvernement mexicain l'a déjà annoncé : la grippe A va coûter entre 0,3 et 0,5 % du PIB national sur l'année 2009. Et si l'épidémie prend de l'ampleur, d'autres pays seront touchés. A Mexico, l'activité économique tourne au ralenti et pendant plusieurs jours les entreprises ont même été fermées. En période de forte récession, une accentuation de la pandémie serait particulièrement douloureuse pour les entreprises implantées en Europe et dans les principaux pays développés.

En attendant, deux secteurs sont déjà victimes de la grippe : la filière porcine et le transport. Si tous les experts affirment que la transmission s'effectue d'homme à homme, le terme de « grippe porcine » a un impact psychologique non négligeable. Et le cas des porcs contaminés par un charpentier canadien ne va pas rassurer les consommateurs et les acteurs de la filière. Ces derniers ont encore en tête l'expérience de la grippe aviaire. Elle a coûté 100 millions d'euros à la filière volaillère française, selon la Fédération des industries de la volaille. Le secteur avait enregistré des baisses de consommation de l'ordre de 20 % sur les périodes de forte inquiétude. Mais la transmission du virus de l'animal à l'homme était avérée. Et pour Louis Orenga, le directeur du CIV (Centre d'information des viandes), aujourd'hui, « le point positif se situe au niveau de l'information délivrée. Dès le départ, les autorités sanitaires ont rassuré le consommateur sur l'absence de risques à manger de la viande de porc ».

Cependant, tous les pays n'ont pas un discours si mesuré. Certains ont pris la décision d'arrêter les importations de viande de porc en provenance des Etats-Unis et du Mexique (Equateur, Russie, Chine, Ukraine...). Pire, l'Egypte a décidé d'abattre tout le cheptel, non sans certaines arrière-pensées de politique intérieure.

Aux Etats-Unis, le représentant pour le commerce, Ron Kirk, a appelé les partenaires commerciaux à ne pas suspendre leurs importations. Et malgré les explications rassurantes, le leader mondial de la production porcine, le groupe Smithfield (12 milliards de dollars de chiffre d'affaires), a vu son titre reculer de 12 %, suite aux rumeurs indiquant que ses installations au Mexique pouvaient être une source de contamination. Le groupe Tyson Foods a également été chahuté (- 9 %). Le cours du porc a connu des turbulences (- 7 % les premiers jours de mai) sur le Chicago Mercantile Exchange (CME). Une baisse qui accentue la tendance enregistrée depuis le début de l'année. L'événement arrive dans un contexte de surstocks et de surcapacités. En France, Didier Delsezcaux, le directeur d'Inaporc (interprofession nationale porcine), est très inquiet : « C'est une catastrophe médiatique ! Et cela arrive au plus mauvais moment : le cours est à 1,20 euro le kilo au cadran à Plérin (Côtes-d'Armor), à 1,32 euro en prix de vente, et à 1,40 euro en coût de production ! » Et il semble même totalement désabusé : « Avec le beau temps, les gens sortent les barbecues. Eh bien, nous n'en profiterons pas ! Nous attendons les chiffres et nous réagirons de façon pragmatique. »

LES COMPAGNIES AÉRIENNES S?ADAPTENT

S'ils ne semblent pas encore aussi fatalistes, les professionnels du transport risquent rapidement de déchanter. D'ailleurs, les marchés ne se trompent pas. Là aussi, les valeurs boursières liées au tourisme et au transport sont en baisse, alors que les actions pharmaceutiques empruntent une courbe inverse. Et plus précisément dans le transport aérien déjà fortement touché par la récession économique. Le trafic des passagers a baissé de 11 % en mars après un recul de 10 % en février. Pour le fret, l'addition est encore plus lourde. Depuis le début de l'année, le trafic recule chaque mois de 21 et 24 %. Pour s'adapter, les compagnies ont réduit leurs capacités de vols de 4,4 % en mettant en service des avions plus petits ou en réduisant les fréquences de certaines dessertes. Or, selon l'Iata (Association internationale du transport aérien qui représente 230 compagnies), « les inquiétudes à propos de la grippe porcine pourraient avoir un impact significatif sur le trafic ».

Dans les faits, les exemples ne manquent pas. Les voyagistes ont interrompu les vols vers le Mexique et certains industriels (Areva, Alcatel-Lucent, Daher, Lafarge, Renault, Safran, Saint-Gobain...) ont annulé les déplacements professionnels. L'Argentine, le Canada ou la Chine ont suspendu les vols vers le pays des Aztèques. La France était favorable à une telle décision, mais elle n'a pas été suivie par l'UE.

Les compagnies aériennes s'adaptent au climat ambiant. Continental Airlines a diminué de 50 % ses capacités. Iberia propose à ses clients de reporter leur voyage ou de changer de destination. Mais aucun vol n'est supprimé. Une réponse identique est proposée chez Air France qui a toutefois subi le refus d'embarquer d'un équipage et de plusieurs hôtesses et stewards. Ils ont fait valoir leur droit de retrait depuis samedi pour ne pas embarquer à bord de vols à destination du Mexique.

UNE « ZONE DÉDIÉE » À L?AÉROPORT DE ROISSY

Chez ADP (Aéroports de Paris), on informe les passagers inquiets en provenance et à destination du Mexique. Et on précise que « ce sont la Direction générale de la santé et le gouvernement qui imposent les mesures ». Ce dernier a décidé, depuis le mardi 5 mai, de faire atterrir les avions en provenance du Mexique dans une « zone dédiée » de l'aéroport de Roissy pour réduire les risques de propagation. Mais la grande crainte est de voir se reproduire les scénarios du Sras ou de la grippe aviaire. Lors de l'épidémie de Sras en 2003, les transporteurs aériens de la zone Asie-Pacifique avaient enregistré des pertes importantes de 4,5 milliards de dollars sur l'ensemble de l'année.

Enfin, un autre mode de transport pourrait être victime de la grippe : le maritime. Les paquebots désertent le Mexique et les pays de la région. Pour le fret, déjà affecté par la crise économique (plus de 10 % de la flotte de porte-conteneurs mondiale est désarmée), les retombées d'une baisse des échanges internationaux ou d'une contamination par un équipage débarqué dans un port seraient dramatiques. Les armateurs prennent les devants pour éviter tous risques. Chez CMA-CGM, on a adressé à tous les commandants des navires du groupe « des recommandations spéciales à respecter avant chaque escale au Mexique, au Canada ou aux Etats-Unis ». Si la situation s'aggrave, les armateurs pourraient limiter les déplacements à terre des équipages au strict minimum.

Heureusement, tous les secteurs économiques ne vont pas tanguer si la pandémie se propage. Elle peut profiter aux fabricants de caméras thermiques décelant les personnes fiévreuses dans les aéroports et, bien entendu, à la pharmacie ou aux laboratoires d'analyses. Ces derniers pourraient bénéficier durablement des retombées de cette crise sanitaire liée à la mondialisation des échanges. L'opinion publique devrait exiger des contrôles plus nombreux et plus sérieux. .

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