Dossier

Transition énergétique : la France se met au travail

Transition énergétique : Un chantier à 250 milliards

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3293
LE BILAN ÉNERGÉTIQUE FRANÇAIS
LE BILAN ÉNERGÉTIQUE FRANÇAIS
© MINISTÈRE DU DEVELOPPEMENT DURABLE ; RTE ; BANQUE MONDIALE ; INSEE ;EDF

  La transition énergétique se fera sous contrainte environnementale et financière. Pour la mener à bien, la France devra avancer avec pragmatisme et donner toute sa place à l'industrie dans la définition des meilleures solutions.

Le président de la République, François Hollande, l'avait promis, le gouvernement Ayrault le lance : le grand débat sur la « transition énergétique » commencera au Palais-Bourbon en juillet. Il aboutira au printemps 2013 à une « loi de programmation de la transition énergétique ». Inédit ! Pas la programmation, mais la formulation : « transition », un terme diffusé par les défenseurs de l'environnement qui interpelle. Où doit-elle aller ? Comment la réaliser ? La France en a-t-elle les moyens ? Seule certitude, les industriels seront en première ligne. Parce que l'énergie est le sang de l'économie. Parce que l'industrie sera le moteur de cette transition. « La transition énergétique est un terme qui s'inspire de "l'energiewende", le tournant énergétique en Allemagne », analyse Marc Boillot, conseiller du président d'ERDF. C'est un vaste concept qui remet beaucoup de choses à plat. » Pour Jacques Percebois, le directeur du Centre de recherche en économie et droit, « la transition énergétique est parfois comprise comme la sortie du nucléaire. D'autres y voient la sortie des fossiles. Les derniers, une éviction des deux à la faveur des seules énergies renouvelables... Il faudra établir des priorités ». Quant au débat proprement dit, François Hollande en a esquissé le cadre. La transition consiste à sortir du tout nucléaire et du tout pétrole, avec trois principes : indépendance, sécurité-sûreté, emploi.

« Ce débat est absolument bienvenu, se félicite Philippe Paelinck, chargé du positionnement stratégique chez Alstom. Il est plus que temps d'engager des discussions les plus larges possibles sur les questions d'énergie et de sensibiliser la population. » La libéralisation des marchés de l'énergie en France et en Europe a refondé en dix ans les règles du jeu énergétique. Les bouleversements se sont enchaînés au niveau mondial ces dernières années. L'accident de Fukushima au Japon a presque stoppé net la renaissance du nucléaire, et la découverte de nouvelles ressources pétrolières offshore hyperprofondes s'est heurtée à la marée noire dans le golfe du Mexique. L'essor des renouvelables, en particulier du photovoltaïque, est en proie à une concurrence mondiale aiguë. L'explosion des gaz de schiste aux États-Unis change la donne économique et soulève les inquiétudes environnementales des populations.

 

Une transition pragmatique

La France est touchée par tous ces sujets ! « Nous sommes tous des acteurs de la transition énergétique et il faut se mobiliser pour ne pas avoir à la subir », assène François Loos, le président de l'Ademe. La France est déjà engagée dans une transition décidée à l'échelle européenne. En 2007, les Vingt-sept se sont donné les « trois fois 20 » : 20% de réduction des émissions de CO2, 20% de réduction de la consommation, 20% d'énergies renouvelables. Le tout d'ici à 2020. Ces objectifs structurent déjà très fortement le système énergétique français, tout comme le marché carbone impacte les stratégies de production des industriels. La future loi va sans doute accélérer le mouvement. La transition sera énergique ! Elle devra être pragmatique. Selon notre enquête, elle imposera de mettre sur la table près de 300 milliards d'euros d'investissement. Le redressement des comptes de l'État impose de fortes contraintes financières. Le redressement productif exige de préserver l'industrie. « La transition énergétique doit être regardée sous l'angle de la compétitivité des entreprises. », prévient Laurent Chabannes, le président de l'Union des industries utilisatrices d'énergie (Uniden).

À charge pour l'industrie de s'imposer en meilleur allié du gouvernement dans cette transition. Elle en a les moyens. En matière d'énergie, l'industrie française est synonyme d'excellence : la France aligne le premier électricien mondial avec EDF, le premier énergéticien avec GDF Suez, le cinquième pétrolier avec Total, des champions des équipements comme Areva, Alstom et Schneider Electric. Sans compter les géants de la construction Vinci et Bouygues ou encore Saint-Gobain. Une transition réussie rapide en France doperait le rayonnement à l'export de ces filières : la transition énergétique sera mondiale, ses marchés aussi. « La France doit se donner l'ambition d'être un géant énergétique. Le pays peut devenir la batterie de l'Europe », s'enthousiasme Philippe Paelinck, d'Alstom.

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