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L'Usine de l'Energie

Transition énergétique : saura-t-elle créer des emplois ?

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En amont du colloque rganisé par le Ceras, du 10 au 12 septembre, dont L’Usine Nouvelle est partenaire, l’Usine de l’Energie publie une série de tribunes autour de la transition énergétique en abordant les questions liées à son financement ou à son impact social notamment. Aujourd’hui, Jean-Pierre Bompard, économiste, ancien directeur de laboratoire à l'INRA, ex-délégué au développement durable CFDT et négociateur des "Grenelle" de l'environnement, analyse pour nous le potentiel de création d’emploi de la transition énergétique.

Transition énergétique : saura-t-elle créer des emplois ?

Sommaire du dossier

Depuis que le Grenelle de l’environnement et dans une moindre mesure le Grenelle de la mer ont abordé les emplois induits par la nouvelle politique de développement durable, les experts rivalisent de chiffres globaux de création d’emplois. La transition énergétique serait le moteur d’une nouvelle croissance. Un âge d’or qui nous ferait sortir par le haut de la crise. Bien sûr le volume des emplois dépend du modèle énergétique que la France, au sein de l’Europe, choisira.

Cette tribune est publiée en amont du colloque "A fair energy transition"; organisé par le Ceras, du 10 au 12 septembre, au Centre Sèvres, à Paris, pour décrypter le volet social de la transition. Préparé pendant plus d’un an avec des scientifiques, des entreprises, et des organisations de la société civile, ce colloque les fera dialoguer pendant trois jours. Un atelier de deux heures, le 11 septembre 2014, traitera spécifiquement de la question des transitions professionnelles et des métiers de la transition énergétique. Il sera animé par Thibaut De Jaegher, directeur de la rédaction de L’Usine Nouvelle.

 

Le taux de croissance de la consommation d’électricité à un horizon lointain est une variable essentielle de notre mix-énergétique. Ainsi la part (plus ou moins importante) du nucléaire dépendra de nos besoins en électricité. Le faible taux retenu par le projet de loi impliquera une non-prolongation de la durée de vie des centrales et la fermeture progressive de celles atteignant les 40 ans. Mais de cet enjeu de l’avenir du nucléaire dépendent peu les volumes d’emplois. Certes, il faudra négocier les fermetures de centrales et assurer la reconversion des salariés. Rude tâche tant les salariés sont qualifiés dans la gestion de cette technologie particulière. De cette expérience cependant, qui sera fortement médiatisée, découlera la lecture positive ou non d’une reconversion. Le chemin sera difficile. Il faudra ainsi opérer dans une zone géographique limitée. Bien entendu, je fais l’hypothèse que le changement de métier ne relève pas uniquement de la gestion d’EDF.

La question de l’emploi n’est pas celle du nucléaire mais du BTP !

Le plus important volume d’emplois attendus se trouvera dans le secteur de la construction et des professions liées. C’est bien dans ce domaine que les prévisions sont les plus incertaines. Faire de l’efficacité énergétique un axe majeur de la nouvelle politique est juste. Mais le volume de constructions nouvelles ne relève guère d’une loi. On est loin aujourd’hui des 500 000 constructions nouvelles par an ! Le marché est atone. Les mécanismes de financement sont encore incertains dans leur mise en œuvre. Le rôle des banques est à redéfinir, ainsi que celui de la BPI. Par ailleurs, et cela avait été mis en évidence lors du Grenelle, les qualifications manquent aussi bien pour le neuf que pour la réhabilitation. Il y a là un sujet pour les négociations de branches en lien avec le pacte de responsabilité. Chaque entreprise devrait mettre en œuvre à la fois la responsabilité sociale et environnementale (RSE) et la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). La RSE, pour gérer des chantiers selon les critères du développement durable et la GPEC, pour construire des plans de formation. L’exercice est délicat à mener compte tenu du nombre considérable d’artisans à former.

Il en est de même pour les professions liées, comme les diagnostiqueurs chargés de faire le bilan thermique des logements. Nous n’attendons donc pas des chiffres considérables de créations nettes d’emplois.

Les emplois des énergies renouvelables : un point d’interrogation

Reste deux chantiers plus ou moins clairs pour la transition énergétique. On attend beaucoup des énergies renouvelables, sur terre comme en mer. Elles doivent être considérées une par une, et en rapport avec les politiques tarifaires comme avec les politiques industrielles. Mais ces énergies nécessitent débat, ainsi l’éolien off-shore ne passe pas si bien sur le terrain. Les éoliennes terrestres sont aussi l’objet de contestation. Quant à l’hydraulique, il n’a guère non plus de marge de manœuvre. Il faudra donc pour le développement des ENR une volonté ferme de l’Etat ou des futures régions. Dans ce domaine l’Europe devrait être un point d’appui. Le tout intégré dans un paquet climat-énergie ambitieux.

Le dernier chantier, si l’on met de côté l’économie circulaire faiblement créatrice d’emplois, concerne l’Europe de l’énergie. Cette dernière est souhaitée par de nombreux acteurs. Mais sa mise en mouvement s’inscrit dans des stratégies nationales bien différentes. Si un airbus de l’énergie devait voir le jour, dans les ENR par exemple ou à propos de la biomasse, il se traduirait à la fois par des créations d’emplois et des restructurations source de tensions sociales.

Resterait à préciser ce que le chantier mobilité durable pourrait apporter en termes d’emplois. Le chantier santé publique et transports automobiles serait en revanche lourd de conséquences sociales, via l’écotaxe ou l’alignement de la fiscalité diesel sur celle de l’essence et en tenant compte d’une monté en puissance de la taxe carbone. À ce jour, cependant, la fiscalité écologique semble abandonnée !

On le voit : la transition énergétique n’est pas l’eldorado attendu. Pour réussir, elle supposera une mobilisation forte des acteurs économiques et de la société civile, cela dans un contexte de précarité énergétique croissante et de montée des replis identitaires.

Jean-Pierre Bompard

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