Transferts de technologie La méthode DCNS
Par PAR RÉMY MAUCOURT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3212Pour vendre quatre sous-marins au Brésil, DCNS a dû accepter de transférer une partie de ses secrets de fabrication. Depuis quelques semaines, la formation des premiers ingénieurs, ouvriers et techniciens brésiliens a démarré. Objectif : qu'ils puissent monter seuls, dans leur pays, les trois derniers engins.
DCNS, c'est plus fort qu'Ikea. Lorsque l'ancien arsenal vend un sous-marin, il ne se contente pas de fournir les pièces et la notice de montage comme le distributeur suédois. Non, il va beaucoup plus loin. Dans le cadre du contrat décroché avec la marine brésilienne pour la livraison de quatre sous-marins conventionnels, le spécialiste des navires de guerre assure aussi tout un transfert de technologie, d'homme à homme. « On forme les gens chez nous et on les accompagne chez eux pour s'assurer qu'ils montent correctement notre embarcation et qu'ils seront capables de renouveler l'opération », témoigne Olivier Théret, responsable du programme Brésil pour DCNS Cherbourg.
Pour réussir cette transmission des connaissances, le français applique une méthode rodée depuis 1994 et la vente de trois sous-marins au Pakistan. Elle consiste à former pendant dix-huit mois un petit nombre de techniciens étrangers aux méthodes françaises pour que ceux-ci assurent ensuite la formation et l'encadrement des salariés dans leur pays. Pour le contrat brésilien, les formations se déroulent sur deux sites, Lorient (Morbihan) et Cherbourg (Manche). Les objectifs poursuivis y sont très différents. À Cherbourg, les stagiaires brésiliens apprennent à construire un sous-marin conventionnel, pour ensuite assurer la production dans leur futur chantier naval ressemblant comme deux gouttes d'eau à ceux de DCNS.
UN COMMANDO DE TRENTE INGÉNIEURS À FORMER
À Lorient, des ingénieurs brésiliens apprennent à concevoir des sous-marins nucléaires (à l'exception de la chaudière). Une nécessité pour le Brésil, qui tente de développer le sien depuis trois décennies, sans succès.
Les 30 membres de ce commando, qui devront travailler ensemble pendant quinze ans, ont été sélectionnés avec une vision sur le long terme. Ils forment le noyau dur d'un futur centre de R et D, qui regroupera 600 personnes à terme. La moitié d'entre eux a moins de trente ans, des juniors qui sortent pour la plupart de l'École polytechnique de São Paulo. Les autres sont plus expérimentés, comme le futur chef du bureau d'études, 62 ans, qui travaille depuis quinze ans sur la conception de sous-marins conventionnels. Pour former et encadrer ces apprentis un peu spéciaux, 150 salariés de DCNS (60 équivalents temps plein) seront mobilisés. Un bâtiment a même été construit spécialement pour héberger la formation. Et un master « architecture navale de sous-marins » a été développé en interne.La première partie du cursus « ingénieurs » sera très scolaire avec des modules sur la propulsion, l'hydrodynamique, la coque, la structure.
L'évaluation des stagiaires se fait en contrôle continu, leurs notes sont communiquées tous les mois à leur hiérarchie. « Ils subissent une forte pression de leurs supérieurs restés au Brésil. Et craignent d'être renvoyés là-bas suite à des résultats insuffisants », explique Benoît Le Masson, le directeur du centre de formation de Lorient.
Ensuite viendront les travaux pratiques. Durant cette période, les stagiaires seront évalués par les cadres du bureau d'études de DCNS, qui appliqueront les mêmes critères de sélection que pour leurs propres ingénieurs. Objectif : vérifier que tous les Brésiliens ont bien le niveau.
À Cherbourg, c'est du savoir-faire qui est transmis. Les ouvriers et techniciens vont apprendre à fabriquer un sous-marin conventionnel (de la même famille que le Scorpène).
LA BARRIÈRE DE LA LANGUE
Cent cinquante personnes effectueront des stages de durées variables, entre un et trois mois selon leur spécialité. De l'ingénieur à l'électricien, tous repartiront avec une qualification similaire à celle des salariés de DCNS. Ils seront les instructeurs du chantier naval brésilien, qui emploiera 1 500 personnes. « Nous devons, par contrat, leur transmettre l'ensemble de la capacité à construire », précise Olivier Théret. Le Brésil va récupérer un « technical data package », qui contiendra les plans des navires conventionnels et les règles de montage nécessaires.
Les stagiaires déjà arrivés à Cherbourg ont été sélectionnés par la marine brésilienne. « Ils sont très bons », affirme Olivier Théret. Seul bémol : la majorité d'entre eux ne parle ni français ni anglais. DCNS est donc en train de recruter un interprète pour mettre de l'huile dans les rouages. À ce détail près, la méthode de formation, baptisée « On job training », est rodée. Après quelques cours théoriques et pratiques, les stagiaires seront intégrés aux équipes de DCNS pour construire l'équivalent d'une moitié de sous-marin. L'autre moitié, ils la termineront dans leur chantier naval proche de Rio de Janeiro. Si tout va bien, ce transfert se produira au premier semestre 2012.

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