Toyota se dit prêt au "dialogue social" en Chine
Le 27 juillet 2010 par Yann Le Houelleur
Quelques semaines après la série de grèves qui se sont propagées en Chine, les dirigeants du premier constructeur automobile mondial ont suggéré qu’il fallait accepter les revendications des ouvriers dans ce pays, lesquels aspirent à des salaires plus justes.
Numéro un mondial des constructeurs automobiles, Toyota est soupçonné de vouloir mettre de l’ordre dans ses partenariats industriels en Chine. Selon certaines rumeurs, ill envisagerait de faire appel aux compétences de sous-traitants recourant à de la main d’œuvre meilleur marché. On se souvient que des grèves s’étaient propagées à la mi-2010 dans plusieurs sites industriels voués aussi bien à l’assemblage de voitures qu’à d’autres activités.
A l’instar de Honda, Toyota avait été l’un des groupes les plus durement frappés par cette fièvre sociale. Plusieurs de ses lignes d’assemblage s’étaient vues paralysées, à court de pièces détachées. A la suite de telles paralysies de l'appareil de production, Toyota avait accordé à ses employés chinois des augmentations salariales significatives. Dans certains cas, les feuilles de paye avaient grimpé de 70 %.
Ce à quoi aspirent les nouvelles générations
«Il est inévitable que nous cherchions des solutions en instaurant le dialogue social», a expliqué le vice-président de Toyota, Atsushi Niimi , à l’occasion d’une conférence de presse, à Tokyo le 27 juillet. Ce dirigeant a donc admis le caractère légitime du mouvement de fond qui bouleverse les relations sociales dans l’ex-empire du Milieu : les ouvriers chinois, en premier lieu ceux appartenant aux nouvelles générations, aspirent à un nivellement des différences salariales.
A en croire des articles parus dans maints journaux, repris par différents sites, le gouvernement chinois voit d’un œil favorable l'évolution des mentalités au sein de la classe ouvrière : au plus fort des grèves, les observateurs sur place avaient été frappés par une certaine passivité des autorités vis-à-vis de la colère qui couvait.
L'analyse que font les dirigeants de Toyota mérite le détour : ils comparent la métamorphose du dragon chinois à la trajectoire qu’avait suivie leur pays quelques décennies plus tôt. « Le Japon a connu une période où un doublement des revenus était l’objectif des autorités», a comparé Atsushi Niimi.
Objectif de 800.000 voitures par année
On comprend mieux le pourquoi de tels propos destinés à arrondir certains angles sur le plan social quand on sait le rôle de premier plan que la Chine joue dans le développement d’un constructeur automobile tel que Toyota. Le président de ce groupe, Akio Toyoda, avait préconisé au début de l’année une montée en force de la marque sur le plus important marché automobile mondial : actuellement, environ 5 % des voitures produites en Chine sont des Toyota, soit moins de 300.000 unités par année, alors qu’il faudrait parvenir à 800.000 dans l’esprit des dirigeants du groupe nippon.
Un professeur à l’Université de Renmin (à Pékin) spécialisé dans le droit du travail a bien résumé l’étendue du danger qui guette les multinationales si elles continuent de considérer la Chine comme «un atelier de production à bas prix». Chang Kai a mis le doigt sur la plaie : «Le secteur automobile en Chine est très rentable pour les compagnies étrangères, mais il n’y a pas eu d’ajustement approprié des entreprises et des salaires des ouvriers. Les grèves dans un secteur comme celui-ci pourraient, de surcroît, donner des idées à d’autres.»
La conclusion s'impose : mieux vaut prévenir que guérir.

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