Toyota, les pieds dans le tapis
Le 10 février 2010
Le champion japonais a sans doute perdu les pédales dans sa communication de crise, mais ses petites malfaçons méritaient-elles une telle affaire d’Etat ?
C’est toujours dangereux de pécher dans un domaine où l’on a coutume d’exceller. Dans les usines Toyota et celles de ses fournisseurs règne une rigueur exemplaire. Son organisation, allégée en matières grasses comme une assiette de sushis, a fait école dans toute l’industrie. Il faut dire que Toyota fabrique les voitures les plus fiables du monde. Elles n’entrent au garage que pour les révisions obligatoires. Alors, franchement, ces histoires de pédales d’accélérateur défaillantes et de freins trop lents par temps froid valaient-elles une telle défiance ? Le constructeur nippon a-t-il perdu la main, ou les pédales ?
Dans sa communication de crise, sans doute, et c’est très ennuyeux. Mais dans ses bureaux d’études et sur ses lignes de production, il est peu probable que la qualité ait tout à coup flanché. Les premières victimes d’éventuelles malfaçons ne sont d’ailleurs pas les automobilistes, mais les actionnaires : en moins de trois semaines, la valeur de Toyota a fondu de près de 25%. Ses équipementiers, y compris ceux qui n’ont aucun rapport avec ses difficultés, sont sanctionnés en Bourse. Dans l’air flotte un parfum de revanche. Souvenez-vous, il y a deux ans, Toyota se hissait à la première place du podium mondial. Il devenait numéro 1 en marchant tranquillement sur la tête d’un champion déchu, General Motors. Terrible amertume pour le géant de Detroit qui a dû être placé, pendant quelques semaines du printemps 2009, sous la protection du chapitre 11.
L’Amérique toute entière en était restée interdite. Alors bien sûr, au premier pépin, Toyota s’en est pris plein le pare-brise. Après avoir reçu des plaintes, la NHTSA, la sécurité routière américaine, a lancé des enquêtes zélées sur tous les modèles soupçonnés. Puis les concurrents ont offert des primes aux clients qui vendaient leur Toyota au profit de leur marque. Qu’ils se méfient : eux aussi ne manqueront pas de procéder, un jour ou l’autre, à une campagne de rappel pour corriger tel ou tel défaut de conception. Tous ont déjà connu pareilles mésaventures.
L’un d’entre eux, Ford, doit lui-même rappeler, en ce moment même, certains modèles hybrides. Pourquoi ? Simplement parce que les conducteurs de ces modèles sont peu habitués au basculement d’un système de freinage hydraulique au freinage «régénératif» propre à l’hybride. Ils ont la sensation –semblet- il infondée– de ne plus pouvoir freiner... Le principe de précaution va finir par coûter cher. Quoi qu’il en soit, l’opportunisme des constructeurs et des pouvoirs publics américains a provoqué, dans l’Archipel, une affaire d’Etat. Et les excuses tardives du patron, Akio Toyoda, n’ont pas suffi à laver la honte nationale. Le ministre nippon des Affaires étrangères n’a pas hésité à affirmer que l’affaire constitue «un problème pour l’ensemble de l’industrie japonaise et pour la confiance envers les produits japonais ». Au Japon plus que partout ailleurs, l’industrie nationale a quelque chose à voir avec l’identité.
Laurent Guez
1 réaction
Yves ROCHE | 10/02/2010 - 19H14
Pour certains il s'agit de faire du sensationnel, pour d'autres de démolir un concurrent, hors toute logique d'argumentation. En termes de fiabilité Toyota est sans doute le leader mondial et ce à un prix bien inférieur aux voitures dites haut de gamme. En termes de technologie la Prius (entre autres) a quelques décennies d'avance. Toyota rencontre quelques soucis (qui, au passage, n'ont pas créé de dommages aux utilisateurs des produits concernés) demandant un rappel de véhicules. Ce qui est une situation potentiellement normale pour tout produit technique. Il faut raison garder en face de la dictature stupide du principe de précaution qui donne à penser que tout doit être sûr à 100%. On en a vu récemment le coût avec le gâchis des vaccins de la grippe A.

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