Toyota City chez les Ch'tis

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3289

  Le constructeur japonais commercialise ses premières Yaris hybrides. Leur fabrication à Onnaing renforce l'enracinement de l'usine française de Toyota, véritable symbole de la renaissance industrielle du Valenciennois.

C'est l'une des usines automobiles les plus en forme du moment. L'une de plus performantes aussi tant en productivité qu'en termes de coût. Un site qui fait rêver voire fantasmer ses concurrents, notamment pour la qualité de son organisation industrielle. Il n'est pas implanté en Slovaquie, en Roumanie, en Turquie ou au Maroc mais en France, dans le Valenciennois (Nord). C'est ici, dans ce territoire marqué par la désindustrialisation, que Toyota a fait le pari d'installer le site de production européen de sa Yaris. Sans regret apparemment, puisqu'il vient à nouveau de lui confier l'industrialisation de la version hybride de sa citadine dont la commercialisation vient de débuter. Pourtant, à la fin des années 1990, quand le japonais choisit Valenciennes, les professionnels de l'automobile ironisent sur cet industriel qui pense pouvoir assembler une voiture à des coûts compétitifs en France. L'avenir lui donnera raison. Depuis son arrivée dans le fief de Jean-Louis Borloo, alors maire de Valenciennes, le constructeur automobile a investi plus de 1 milliard d'euros, dont 25 millions pour le modèle hybride, sur un total de 125 millions consacrés à la troisième génération de la Yaris. L'usine a la capacité de produire un véhicule par minute en trois équipes : le cap des 2 100 000 Yaris made in France a été franchi le 1er avril. Toyota, qui s'était engagé à créer 1 800 emplois, compte aujourd'hui 4 472 salariés dans le Nord, dont 3 027 en CDI.

Le Valenciennois bénéfice de retombées financières à rendre jaloux beaucoup de territoires. Le site d'Onnaing a, certes, reçu un total de 26 millions d'euros d'aides publiques, dont 3,75 millions pour le lancement de la Yaris hybride. Mais il a reversé 130 millions d'euros en impôts et en taxes sur les onze années qui ont suivi la période d'exonération du tout début de son activité, précise François Papin, le vice-président de Toyota Motor Manufacturing France (TMMF). Une vingtaine de lycées et d'écoles d'ingénieurs de la région, dont l'Ensiam de Valenciennes, ont bénéficié de 286 000 euros de taxes d'apprentissage de la part du japonais.

 

Une reconquête économique et industrielle

Les retombées vont bien au-delà du seul aspect financier. Les sièges, les pavillons de toit, les filtres d'habitacle, les roues, les vitres de porte et les essuie-glaces proviennent d'entreprises implantées dans le Valenciennois. Après le rachat en 2010 du site Sieto de Faurecia à Somain (Nord), et la reprise de ses 240 salariés, Toyota Boshoku y a investi 46 millions d'euros. L'équipementier s'est doté d'une nouvelle ligne d'assemblage de sièges, d'équipements de production de mousse, de 19 robots de soudure ainsi que d'installations pour la fabrication de pavillons de toit et de filtres d'habitacle. « Nous avons entièrement remis à neuf les 9 000 m2 du site », résume Jean-Luc Hennebicq, le président de Toyota Boshuku Somain (TBSO). Mal au point financièrement avant le rachat, l'usine a renoué avec les bénéfices. Elle emploie aujourd'hui 290 CDI, plus 160 intérimaires en période de pointe comme actuellement. À Onnaing, Toyotomi Europe compte plus d'une centaine de salariés. Depuis l'extension de son site en juillet 2011 pour 28 millions d'euros d'investissement, il fournit au constructeur de la Yaris une vingtaine de références de pièces de carrosserie auparavant fabriquées hors de France.

Arrivé à Valenciennes au tout début de l'aventure Toyota, MCSyncro France monte, lui, les roues et les livre en synchrone. Chargé de la distribution sur l'Europe des Yaris produites à Valenciennes et de la préparation de tous les modèles Toyota à destination des concessionnaires français, Toyota Logistics Services France (TLSFR) fait travailler sur sa plate-forme logistique d'Onnaing plus de 100 personnes, dont une cinquantaine de permanents. Derichebourg Propreté salarie 75 personnes au nettoyage de tous les sites valenciennois rattachés à la maison mère Toyota Europe. « Nous intervenons chez TMMF mais également chez Toyota Boshuko Somain, Toyotomi Europe, TLSFR et le transporteur Transfreight. Nous avons acquis un savoir-faire exemplaire en matière de qualité et de sécurité », précise Valérie Delvigne, la responsable de l'agence Derichebourg Propreté Valenciennes. Ce qui lui a valu de décrocher, il y a un an, le contrat propreté d'un concurrent du japonais : PSA Peugeot Citroën Valenciennes. En comptant l'ensemble de ses clients répartis sur le grand Valenciennois, l'agence emploie aujourd'hui 250 personnes. En deux ans, elle a doublé son chiffre d'affaires grâce à l'acquisition de nouveaux clients.

Au total, en ajoutant les salariés du logisticien Toyota Tsusho et du transporteur Transfreight (également filiales de Toyota Europe) ainsi que ceux du spécialiste des vitres Pilkington, les équipementiers et les prestataires de TTMF emploient un bon millier de personnes dans le Valenciennois. Pour Crit Intérim, qui se partage le marché des intérimaires avec Randstad et Adia, Toyota est le plus gros recruteur depuis 2004. « Les intérimaires montent tous en compétence dès qu'ils travaillent chez ce constructeur automobile », avance Benoît Debusschère, le directeur régional de Crit Valenciennes.

Pas besoin d'être diplômé ni d'avoir d'antériorité dans le secteur automobile. Les candidats présélectionnés en partenariat avec Pôle emploi sont retenus sur la base de savoir être et de tests de dextérité. Ils suivent ensuite six semaines de formation avant d'être affectés à l'assemblage, à la peinture ou à la logistique. Passer par Toyota les aiderait, d'après Benoît Debusschère, à valoriser leur parcours professionnel en trouvant plus facilement des opportunités d'embauche chez d'autres employeurs à la fin de leur mission. Un avantage sur un territoire où le taux de chômage dépassait les 14,5% à la fin 2011, quand il était de 12,7% dans le reste de la région et de 9,6% en France.

C'est bien l'un des paradoxes du Valenciennois, comme le souligne Valérie Létard, la présidente de la communauté d'agglomération Valenciennes métropole, « la présence de Toyota donne de la visibilité à la reconquête économique et industrielle de ce territoire. Mais ses habitants sont encore trop peu nombreux à pouvoir en profiter, faute d'un niveau de compétences suffisant ». À peine plus de la moitié des personnes travaillant à TMMF sont du Valenciennois. Les autres viennent des territoires voisins. « Quoi qu'il en soit, Toyota a bien contribué à la baisse du chômage sur le bassin d'emploi, tient à rappeler Francis Aldebert, le président de la chambre de commerce et d'industrie Grand Hainaut. Avant l'arrivée du constructeur japonais, le taux de chômage atteignait 20%. Aujourd'hui, le secteur privé y compte plus de 85 600 salariés, soit une augmentation de postes de 25% en douze ans. L'effectif du secteur automobile a crû de plus de 50% dans le même temps. »

Sur les dix dernières années, l'arrondissement de Valenciennes n'a perdu aucun emploi industriel. L'arrondissement, qui avait vu sa population reculer de 42 473 à 38 411 habitants entre 1975 et 1990, compte désormais 42 656 résidents (chiffres de l'Insee datant de 2008). Bien sûr, Toyota n'est pas le seul responsable du dynamisme industriel du Valenciennois. L'arrondissement compte trois autres poids lourds : le constructeur français PSA Peugeot Citroën et les deux leaders du ferroviaire Alstom Transport et Bombardier. Mais vu de l'étranger, c'est bien la vitrine Toyota qui sert de produit d'appel pour Valenciennes.

 

FRANÇOIS PAPIN,

 

vice-président de Toyota Motor Manufacturing France

« Le site est situé au coeur d'un bassin de 110 millions de consommateurs »

Quels avantages tirez-vous de votre implantation à Valenciennes ? Pour le lancement de la Yaris hybride, le groupe avait le choix entre le Japon, la Grande Bretagne et la Turquie. La produire en dehors du Japon permet de se dédouaner des fluctuations de change désavantageuses qu'entraîne la hausse du yen. Le site d'Onnaing se trouve au coeur d'un bassin qui compte 110 millions de consommateurs, dans un rayon de 300 kilomètres, et qui bénéficie de très bonnes infrastructures autoroutières. La performance industrielle de l'usine d'Onnaing a sans doute également joué en sa faveur... Absolument. Notre usine réussit à tirer profit au maximum du mode de production à flux tendu TPS (Toyota Production System), fondé sur une amélioration continue. Nous arrivons à produire 60 voitures à l'heure et ne dépassons jamais plus de 30 voitures en zone de retouche, là où il y a dix ans les autres constructeurs en avaient plus de 500. Allez-vous intensifier vos approvisionnements auprès des équipementiers du Valenciennois ? Lors de la pré-étude de la Yaris 3, la venue de nouveaux fournisseurs à proximité de notre usine d'Onnaing était envisagée. Mais la crise de 2008 a mis un coup d'arrêt à ce projet. Nous pourrions le relancer si l'augmentation du prix du pétrole fait grimper de manière démesurée les coûts de transport.

 

 

13%

 

de la valeur ajoutée de la Yaris viennent de pièces achetées dans le Nord - Pas-de-Calais

 

Valenciennes, la ville où il fait bon vivre

Dans les années 1980, tous les voyants étaient au rouge à Valenciennes. Aujourd'hui, il y fait bon vivre. En avril, Yves Dambach, le PDG du leader européen du serious game KTM Advance, est venu y annoncer son implantation. Il s'est déplacé avec quarante de ses salariés parisiens pour leur montrer « le dynamise de cette ville tournée vers l'avenir ». Avec le lancement en 2006 d'un tramway qui maille le territoire ; la présence de la scène nationale Le Phenix ; l'ouverture récente du stade du Hainaut qui compte plus de 25 000 places assises ; un club de football en ligue 1 ; le VA-FC sponsorisé par Toyota ; la nouvelle patinoire Valigloo dotée d'une piste olympique ; un centre hospitalier remis à neuf après 490 millions d'euros d'investissement en dix ans ; la ville s'est métamorphosée. Et possède encore bien d'autres projets à venir avec l'extension sur 40 hectares du parc d'activités de la vallée de l'Escaut où se trouve Toyota. La construction d'une serre dédiée à la création numérique réunira, autour des écoles du groupe international Supinfocom, un centre de recherche et des entreprises. Quelque 2 000 emplois sont attendus au cours des trois ans à venir.

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