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Total : l’inspection générale de sécurité est bouclée

Le 17 mars 2010 par Ana Lutzky

Interview de Jean-Marc Jaubert, directeur sécurité industrielle de Total.

Le groupe Total a été confronté tout au long de l’année 2009 à une série particulièrement frappante d’accidents graves. Suite à cette année noire, vous avez lancé une inspection générale de la sécurité sur vos sites à risques, dont vous tirez le bilan aujourd’hui. Quel en est le principe ?

10 experts du groupe venant de toutes les branches (amont, aval, exploitation) ont passé une semaine sur chacun des 13 sites classés Seveso 2 seuil haut et représentatifs des activités industrielles du groupe Total. Ils ont rencontré l’encadrement et le personnel et ont participé à des inspections, sous la direction de Gérard Roussel, le directeur de la raffinerie de Normandie. C’est quelqu’un que je connais bien, qui a été très impliqué dans les politiques de sécurité industrielle du groupe, a été directeur de sites chimiques, pétrochimiques avant de diriger une raffinerie, et qui connaît bien les problématiques de la maintenance puisqu’avant d’être à la place de l’exploitant, il venait du monde des opérations maintenance. (cf graphique plus bas)

Total, série noire

Après deux années sans accident mortel en France, Total a accumulé 5 accidents mortels en 2009. Des procédures judiciaires sont en cours.
5 janvier : intoxication à l'hydrogène sulfuré sur le site de raffinerie de la Mède, 1 mort.
29 janvier : explosion dans un atelier de maintenance dans la raffinerie des Flandres, 1 mort et 5 blessés. « Un camion-citerne d'entretien d'une entreprise extérieure a explosé, dans un atelier de maintenance de la raffinerie en procédant à la vidange d'une cuve d’hydrocarbure », a expliqué Total.
15 juillet : explosion à Carling, 2 morts, 6 blessés. L'explosion s'est produite au cours d'une tentative de redémarrage manuel par deux salariés d'un surchauffeur non-équipé de dispositif de redémarrage automatique. Ces derniers ont dû redémarrer le surchauffeur, sorte de "chauffe-eau de la taille d'un immeuble", de façon manuelle via l'introduction d'une "perche avec une flamme au bout", a expliqué un représentant syndical. Une manipulation manuelle qui n'aurait pas eu lieu si le vapocraqueur était équipé de dispositifs de sécurité modernes, selon ce dernier.
4 décembre : un chariot élévateur écrase un salarié sur le site de Grande Paroisse à Grand-Quevilly, 1 mort . « Le problème de sécurité et l’absence de visibilité du fait d’une adaptation devant le pare-brise permettant de transporter trois big-bag pour les conducteurs sur cet engin étaient connus et dénoncés par le CHSCT depuis longtemps», indique un syndicaliste.
Ces 13 rapports pour chacun des sites sont-ils consultables ?

Pas directement, néanmoins chacun des sites peut organiser sa propre communication autour des résultats de cette inspection. Les 13 sites sont prêts à répondre à vos questions et vous donner des exemples plus concrets des principales recommandations, parmi les 58 recommandations générales (et 380 spécifiques ndlr) issues de ce travail.

Ces rapports sont en priorité destinés aux partenaires sociaux, aux CHSCT mais également à notre ministère de tutelle et ses DREAL.

Quel a été le retour d’expérience des 5 accidents mortels survenus en 2009 ?

Suite à l’accident de Carling, un recensement de tous les fours et de leurs caractéristiques dans le groupe a été mené. Suite à l’accident des Flandres, lié à un pompage, l’utilisation de camions a été définie de façon plus restrictive, avec une attention particulière portée sur les équipements des sous-traitants. Nous avons édité un guide des bonnes pratiques et vérifions que les entreprises prestataires disposent des bons équipements.  Néanmoins, des enquêtes judiciaires sont en cours et je ne peux pas m’exprimer davantage sur ce sujet précis, d’autant que l’inspection générale concerne un spectre beaucoup plus large. Dans le cadre de cette inspection générale, il s’est agi pour nous de radiographier l’ensemble des facteurs de risque, ceux identifiés pour les accidents les plus graves survenus  en 2009 mais aussi bien d’autres.  Certes, une semaine sur un site ne permet pas de tout voir. Mais en utilisant la même méthodologie sur les 13 sites, des recommandations communes peuvent se faire jour et des retours d’expérience peuvent se mutualiser.

Avez-vous un exemple de facteur de risque identifié ?

Oui, le travail en hauteur par exemple. Pour intervenir sur le dôme d’un camion-citerne, il faut que ce dernier soit équipé d’une rambarde et d’une passerelle.  Sinon, le travailleur doit disposer d’un échafaudage, ou bien d’un harnais de sécurité. En résumé, pas de travaux en hauteur sans harnais de sécurité en l’absence de protection adaptées. Nous avons eu de nombreux accidents liés à ce facteur de risque.

Autre exemple : le travail confiné. Des opérateurs sont appelés à intervenir dans des systèmes clos, des grands bidons où il n’y a ni apport d’oxygène, ni air frais. Il faut vérifier l’isolation des dizaines de lignes de connexion, par lesquelles passent des produits chimiques, des apports d’énergie. Il faut vérifier de façon certaine qu’aucun gaz toxique n’y est piégé. La qualité de l’air est essentielle à la sécurité du travailleur.

Quelles sont vos statistiques de sécurité industrielle, comparées à celles des autres majors ?


Pour comparer notre politique de gestion du risque dans le temps et aux autres acteurs du secteur, nous utilisons la fréquence des accidents au poste de travail. Le taux de fréquence est le nombre d’accidents par million d’heures travaillées. En 2009, Total a comptabilisé 455 millions d’heures travaillées, pour un ensemble de 200.000 personnes (salariés et sous-traitants, Total compte 95.000 collaborateurs en interne, ndlr) dans le monde. Notre taux de fréquence d’accident est passé de 3,6 à 3,1 entre 2008 et 2009. En multipliant 0,5 par 455, ce sont donc plus de 200 accidents évités dans l'année. 

Quant à nos concurrents pétroliers, si nous comparons ce qui est comparable, c'est-à-dire si nous nous basons sur nos 3 secteurs d'activités communs que sont l'amont, l'aval et la pétrochime (cela représente environ les trois quarts de l'activité de Total), nous sommes dans la moyenne des ratios d'accidents au poste de travail. Et ce depuis 2004-2005. Nous sommes meilleurs que nos concurrents sur certains points de la sécurité industrielle, moins bons sur d’autres : l’idée n’est néanmoins pas détailler ce différentiel mais plutôt de le mutualiser les retours d’expérience pour assurer une meilleure sécurité. Entre pétroliers, l’écart de taux de fréquence varie de 1 à 2 : c’est bien moins que dans d’autres domaines industriels français, où l’écart est de 1 à 8 selon l’accidentologie de la Caisse nationale d’assurance maladie. (cf graphique plus bas)

Vous consacrez plus de 500 millions d’euros par an à des investissements de sécurité dits HSE (hygiène, sécurité, environnement). Ce budget va-t-il augmenter ? Quelle part imputer à l’inspection que vous venez de mener ?

Les installations du groupe font l’objet d’une analyse des risques, et d’un flux d’investissements liés. Ce budget n’a pas vocation à être limité. Notre problème n’est pas de trouver de l’argent, mais de savoir où l’affecter. Concernant les résultats de notre inspection générale de sécurité, 60 des 380 recommandations spécifiques de l’inspection que nous venons de mener sont liées à des investissements HSE, qui peuvent s’intégrer dans ce budget.

Au Nigéria, Total est menacé par le principal groupe armé du sud du pays, qui a fait exploser deux bombes lundi à Warri. Quelle est votre politique et quelles sont les autres zones à risque pour le groupe ?

 Il ne faut pas faire de confusion entre sécurité industrielle et sûreté. Pour les événements que vous venez de citer au Nigéria, il s’agit d’une problématique de sûreté, pour laquelle Total s’en remet aux autorités de tutelle dans chacun des pays où nous sommes implantés. Pour en revenir à la sécurité industrielle du point de vue international, 95% de nos 400 sites mondiaux dotés de systèmes de management de la sécurité ont été audités selon des protocoles internationalement reconnus, tels que le protocole ISRS.

Les 13 sites inspectés par Total :


 

Accidents poste de travail chez total - Amont - Avail - Pétrochimie

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