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Tokyo agit contre le yen fort, Moody's abaisse la note

Publié le

par Rie Ishiguro et Kaori Kaneko

TOKYO (Reuters) - Le gouvernement japonais a annoncé mercredi une série de mesures pour contrer la vigueur du yen, dont une ligne de crédit de 100 milliards de dollars (69 milliards d'euros) pour encourager les entreprises nippones à investir à l'étranger et une surveillance accrue du marché des changes.

Ces annonces sont intervenues peu après l'abaissement d'un cran par Moody's de la note de crédit du Japon, ramenée à Aa3, qui accroît un peu plus la pression sur les finances du pays.

Le ministre des Finances Yoshihiko Noda a dit espérer que ces mesures enraieraient la hausse du yen, valeur refuge dans le contexte de défiance des investisseurs envers tout actif risqué.

Mais la devise nippone n'en a pas moins grimpé face au dollar, les investisseurs se montrant déçus que Tokyo n'ait fait aucune allusion explicite à une intervention directe.

Vers 06h00 GMT, le yen se stabilisait autour de 76,60 yens pour un dollar (-0,04%).

"Nous sommes en train de surveiller avec beaucoup plus d'attention qu'auparavant s'il y a des activités spéculatives sur le marché. Nous n'exclurons aucune option et agirons de manière décisive quand ce sera nécessaire", a déclaré Yoshihiko Noda lors d'une conférence de presse.

"Nous avons décidé de mettre sur pied ce plan pour montrer notre forte détermination à agir si les récentes hausses du yen persistent, ou si le yen continue à grimper."

La Banque du Japon a dit espérer que ces mesures aideraient à stabiliser le marché des devises. "La BoJ continuera à surveiller avec attention la manière dont les mouvements de change affectent la perspective économique et les prix", a-t-elle dit dans un communiqué.

SURVEILLANCE ACCRUE

La facilité de crédit, en place pendant un an, puisera des fonds en dollars dans les réserves de changes du Japon et doit permettre aux entreprises japonaises d'acheter des sociétés à l'étranger ou des ressources énergétiques, a expliqué le ministère des Finances dans un communiqué.

Tokyo va également demander aux grands établissements financiers de lui faire part des positions prises par les cambistes sur le marché des changes jusqu'à fin septembre, afin de renforcer la surveillance des transactions.

Prié de dire si ces informations pourraient donner lieu à des sanctions contre les institutions financières, Yoshihiko Noda s'est borné à répondre que cela dépendrait du résultat et que l'objectif initial était d'obtenir plus d'informations sur les marchés.

Avant ces annonces, en début de journée au Japon, l'agence Moody's a abaissé d'un cran la note de crédit du pays en expliquant sa décision par l'envolée de la dette nippone depuis 2009 et l'incapacité du pays à se doter d'une stratégie économique efficace à cause de son instabilité politique.

Le Japon devrait se doter prochainement d'un sixième Premier ministre en cinq ans après le départ attendu de Naoto Kan, vivement critiqué pour sa gestion de la catastrophe nucléaire de Fukushima.

"FRÉQUENTS CHANGEMENTS"

"Au cours des cinq dernières années, les fréquents changements à la tête (du Japon) ont empêché le gouvernement de mettre en oeuvre des stratégies économiques et fiscales à long terme par le biais de politiques efficaces et durables", affirme Moody's pour expliquer sa décision.

Moody's a ajouté que la perspective attachée à la nouvelle note était stable étant donné "le penchant inchangé des investisseurs japonais et leur préférence pour les obligations d'Etat, ce qui permet de financer les déficits budgétaires du gouvernement au plus faible taux nominal dans le monde".

La dette publique du Japon est le double de son produit intérieur brut (PIB) et cet abaissement de la note par Moody's ne constitue pas une surprise pour les analystes. L'agence de notation avait prévenu en mai qu'elle pourrait prendre une décision en ce sens.

La note Aa3 se situe trois crans au-dessous de la note maximale triple A que Tokyo a perdue en 1998, mais reste en catégorie investissement.

Yoshihiko Noda, un partisan de l'austérité budgétaire qui brigue la succession de Naoto Kan, s'est refusé à tout commentaire sur la décision de Moody's.

"Les récentes adjudications d'obligations d'Etat japonaises (JGB) ont rencontré une demande favorable et je ne prévois aucun changement quant à la confiance du marché dans les JGB", s'est-il borné à dire.

La réaction du marché obligataire à l'abaissement a été mesurée.

"Je m'attendais à ce que l'abaissement de la note ait lieu après l'élection du nouveau chef du Parti démocrate japonais (au pouvoir, NDLR). Mais vu les candidats, il semble n'y en avoir aucun qui soit susceptible de mener à bien une sérieuse réforme financière, c'est pourquoi Moody's a pris les devants et a abaissé la note", a jugé Yuuki Sakurai, PDG de Fukoku Capital Management.

Bertrand Boucey et Jean Décotte pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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