TIC durables : une opportunité pour l’industrie ?
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Le recours aux technologies de l’information et de la communication peut réduire de 15 à 20% les émissions de gaz à effet de serre de l’humanité. Reste à inventer les processus et produits. En retard dans ce domaine, l’industrie française est pressée par l’Etat d’accélérer le pas.
Un stock optimisé en fonction de la météo, une voiture partagée le temps d’un trajet, des conteneurs de déchets que l’on ne vide que lorsqu’ils sont pleins, des bureaux qui adaptent automatiquement l’éclairage ambiant en fonction de la luminosité extérieure, des agriculteurs qui traitent le sol au centimètre près grâce à l’imagerie satellite et au GPS : voici quelques exemples concrets de la rencontre entre les technologies de l’information et de la communication (TIC) et le développement durable.
Réduire l’empreinte des processus existants
Dans la région de Grenoble, l’entreprise BH Environnement équipe des conteneurs à déchets de capteurs autonomes qui envoient à distance, par ondes radio, leur niveau de remplissage. Le logiciel de l’entreprise agrège ces informations en provenance de l’ensemble des conteneurs et optimise les tournées de relevage en conséquence. Résultat ? Moins de déplacements inutiles, donc moins d’émissions de CO2 et un coût de revient des tournées optimisé.
Concernant l’industrie, une étude de McKinsey démontre que « l’utilisation de sondes informatiques pour adapter dynamiquement l’alimentation électrique des robots d’usinage en fonction de leur activité permettrait à la Chine d’économiser, chaque année, 8 milliards d’euros sur sa facture énergétique ». Elle éviterait ainsi l’émission de 200.000 tonnes de CO2 dont le coût (quotas) est évalué à 4 milliards d’euros.
Réchauffement climatique oblige, le secteur de l’énergie est en première ligne. En Inde, un producteur d’électricité a déployé un réseau de distribution intelligent (smart grid) qui collecte en permanence la demande réelle de ses clients. Il évite ainsi de produire 15% d’électricité inutilement. A l’échelle du pays, ce niveau d’optimisation permettrait d’économiser 30 milliards d’euros et 1 milliard de tonnes de CO2 d’ici 2020. Les TIC sont assez inévitables dans ce domaine pour que tous les poids lourds de l’informatique - Oracle, SAP, Google, Microsoft, IBM, Logica, Cisco - proposent déjà une offre.
Inventer de nouveaux produits
Réduire l’empreinte environnemental des processus existants n’est pas suffisant. Dans des domaines aussi divers que l’automobile, l’agriculture et le bâtiment, la combinaison des crises énergétique, climatique, écologique, et économique, se traduit par des changements de comportement profonds qui déplacent la valeur d’usage, et, donc, la valeur ajoutée de certaines industries. Les entreprises doivent donc inventer de nouveaux produits adaptés aux contraintes et aux changement de comportement du 21ème siècle. Et, cette fois ci, il ne peut plus s’agir d’un simple lifting.

Les français sont par exemple de plus en plus nombreux à troquer la voiture « produit de reconnaissance sociale » pour la voiture « fonction ». Les constructeurs automobiles sont donc concurrencés par le covoiturage et l’auto-partage. Deux nouveaux usages particulièrement respectueux de l’environnement qui ne sont possibles que grâce aux TIC. En effet, comment payer et réserver un véhicule à distance (auto-partage) ou trouver une place sur un trajet Paris-Lyon sans site web qui confronte l’offre et la demande ? Le changement apporté par les TIC est assez radical pour que Peugeot s’essaie au covoiturage sur Facebook et que Renault s’associe à Europcar pour populariser ses premiers véhicules électriques en 2011, avant de tenter le marché de masse.
Ce déplacement de la valeur d’usage touche aussi l’agriculture européenne. Depuis quelques années, l’analyse technique des images satellite et le GPS révolutionnent le métier. Des logiciels comme Sat:Préco et FarmStar calculent la doses exact d’intrants à utiliser en fonction de la position géographique du tracteur et aux propriétés du sol cultivé. Grâce à ces outils, les agriculteurs consomment moins de produits chimiques tout en obtenant un rendement égal ou supérieur. Ils respectent ainsi mieux l’environnement tout en augmentant leurs marges.
En France, des industriels comme Saunier Duval et Unilever s’appuient sur la météo pour leurs prévisions d’activité. Saunier Duval fait par exemple varier le niveau de son stock de pièces de rechange de chaudières en s’appuyant sur les informations climatiques fournies par Climpact. Outre la réduction de ses encours, l’entreprise fidélise surtout ses clients par une plus grande réactivité.
Dernier exemple, dans l’immobilier, « impossible de gagner réellement en efficacité énergétique sans réconcilier les données hétérogènes provenant du chauffage, de la climatisation, de l’éclairage, etc. Cela reviendrait à faire un régime sans avoir de balance pour se peser » explique Fabrice Haiat, PDG de l’éditeur Vizelia. Son logiciel affiche la consommation personnelle de chaque habitant d’un immeuble (chauffage, électricité, gaz, etc.) pour lui permettre de modifier son comportement. A la clé : jusqu’à 30% d’économies d’énergie.
L’Etat s’engage
Même s’il existe quelques beaux exemples, l’industrie française est en retard dans le domaine des TIC durables, notamment par rapport à la Californie et à des pays comme la Chine et l’Inde. Appartenant à la grande famille des cleantechs, les TIC durables sont pourtant un levier stratégique pour une croissance durable. Dans un récent rapport*, le gouvernement souhaite donc « promouvoir les usages des TIC permettant des gains écologiques (…) auprès des professionnels (…) et le lancement (…) d’études pour disposer de référentiels et diffuser les résultats obtenus auprès (…) des fédérations professionnelles (bâtiment, énergie, transport) ». Gageons que ces initiatives porteront rapidement effet pour re-dynamiser l’industrie.
* DETIC - « Développement Eco-responsable et TIC » - septembre 2009
Frédéric Bordage
A lire aussi :
La Chine, premier atelier mondial des cleantech
Olivier Dupont (Demeter) : «Le financement de projet, dans les éco-industries c'est le nerf de la guerre»
4 réactions
flohier | 12/10/2009 - 13H44
Sources :
- Ressources nécessaires à la production d'un ordinateur : http://www.eco-info.org/spip.php?rubrique14
- L'informatique représente 2% des emissions de CO2 mondiales : http://www.greenit.fr/article/acteurs/le-syndrome-des-2
- 35 millions d'ordinateurs jetés dans la nature en 2008 : http://www.greenit.fr/article/materiel/recyclage/35-millions-de-pc-jetes-dans-la-nature-en-2008
flohier | 12/10/2009 - 13H02
http://www.usinenouvelle.com/article/tic-durables-une-opportunite-pour-l-industrie
Les technologies de l'information et de la communication peuvent effectivement faire beaucoup pour réduire l'impact sur
l'environnement de l'activité de l'Homme. Mais il faudra prendre gare à l'impact des technologies de l'information elles même sur
l'environnement.
Et celui-ci est loin d'être négligeable:
la fabrication de l'électronique consomme beaucoup de matière première par rapport au poids du produit fini (près de 2 tonnes de ressources pour un simple ordinateur de bureau)
Son exploitation participe pour l'instant à 2% des emissions de
CO2 mondiale, (soit autant que l'aviation civile)
Et sa fin de vie menace la bio-diversité quand le matériel n'est pas recyclé (ce qui est encore la majorité des cas : 35 milions d'ordinateurs
jetés dans la nature en 2008)
Il s'agira donc, pour chaque solution, d'évaluer le bilan environnemental net (gain réalisé grâce aux TIC - impact des TIC)
jpb | 05/10/2009 - 21H51
Le cadre au niveau européen pour développer les nouvelles technologies est incontournable :
http://jeanpierre.becker.free.fr/Schuman/index.html
et pour irriguer le territoire avec un nouveau moyen de transport efficace et non polluant :
http://jeanpierre.becker.free.fr/monorail/index.html
Le futur, il est devant nous... ;-)
Verna | 01/10/2009 - 08H08
Bonjour,
L’état ne s’engage que dans les discours, quand un inventeur propose un système permettant de climatiser ou chauffer sans consommer d’énergie tous les transports, qu’ils soient en commun ou individuels, ils ne jette pas même un oeil négligeant sur cette technologie…..
C.Verna http://www.climaverna.com

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