Thomson sauve une usine au prix fort
Par CLÉMENCE FUGAIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2984Thomson vient de s'engager à financer, à hauteur de 70 millions d'euros, la construction d'une usine en Seine-et-Marne pour accueillir Rioglass.
Voilà un an, Thomson annonçait sa décision d'abandonner l'activité tubes cathodiques en difficulté, faute d'avoir su anticiper l'arrivée des écrans plasma et LCD. Cette nouvelle sonnait alors le glas du site Thomson Vidéoglass de Bagneaux-sur-Loing, en Seine-et-Marne, une zone déjà sinistrée par les fermetures des unités SKF et ABB. A l'époque, Thomson s'était toutefois engagé à trouver un repreneur pour son usine et ses 445 salariés, dont la fermeture doit avoir lieu courant 2005. C'est chose faite. L'espagnol Rioglass, spécialiste des vitres latérales et lunettes arrière en petites séries pour l'automobile, a repris le site pour un euro symbolique et s'est engagé à réintégrer 300 salariés.
Avant d'accueillir la nouvelle activité de Rioglass sur 24 000 mètres carrés, les bâtiments actuels (et les fours devenus inutiles) seront rasés. Thomson finance une part importante de ces travaux, la facture totale de la reconversion du site lui revenant à pas moins de 70 millions d'euros ! Selon Eric Boucheron, délégué syndical CGT, « l'investis- sement pour la nouvelle unité de production, estimé entre 75 et 80 millions d'euros, est financé par Thomson à hauteur de 70 % ».
S'appuyant sur une activité en pleine croissance, Rioglass devait à l'origine ouvrir une nouvelle unité de production dans les Asturies (Espagne). Finalement, la proposition faite par Thomson s'est avérée plus... avantageuse. La PME souhaite développer son activité dans la grande série et pénétrer le marché des pare-brise, notamment pour Volkswagen (elle fournit déjà les lunettes de seconde monte pour la Polo) et BMW.
L'intégration des 300 salariés de l'ex-Thomson Vidéoglass se fera en trois étapes. Tout d'abord, le démarrage de la production est prévu en mai 2006 pour l'activité lunettes, avec 80 personnes. Dès le mois d'octobre, ce sera le tour de 120 collaborateurs supplémentaires pour la production des latéraux. Les 100 derniers seront intégrés en avril 2007, lors du lancement de l'activité pare-brise.
11 millions d'euros pour reconvertir 300 salariés
Pour permettre aux salariés de passer du métier du tube cathodique à celui du pare-brise, Thomson Vidéoglass, l'Opcareg (organisme de collecte de fonds pour la formation continue) et la région Ile-de-France se sont engagés, dans le cadre d'un protocole d'accord signé le 21 octobre, à financer un plan de formation s'élevant à 11 millions d'euros, dont 5,4 millions pour l'industriel, 4,1 millions pour l'Opcareg, le reste se répartissant entre l'Etat, la région et les fonds européens. « Un véritable exemple à suivre... », selon la région et les syndicats.
Au total, les salariés bénéficieront de 300 000 heures de formation (programmées entre décem-bre 2005 et 2007), pouvant attein- dre les 1 000 heures pour certains. Sur une période allant de 7 à 17 mois, ils sont assurés de conserver la même convention collective et le montant actuel de leur rémunération. Reste à négocier les droits sociaux et collectifs découlant du changement du régime de travail en 3 x 8 discontinu. « Des périodes de chômage sont prévues, mais elles ne pourront excéder quatre mois cumulés, ni dépasser les quatre semaines consécutives », pré-cise Eric Boucheron. L'objectif étant le « zéro licenciement » à terme.
Pour autant, « en dehors de la convention signée avec Rioglass, nous n'avons aucune réelle garantie sur la distance. Il n'existe aucun cadre législatif, nous allons donc être particulièrement vigilants. Mais, l'entreprise n'ayant pas d'antécédents laissant penser qu'elle chasse les primes, nous sommes optimistes », explique Mohammed Oussedik, secrétaire général de la Fédération CGT des industries du verre céramique.
Quant aux 145 salariés restants, des reclassements sont prévus dans les sociétés voisines de Corning, Eurokera et Saverglass.

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