Thilo Sarrazin quitte le directoire de la Bundesbank
Le 10 septembre 2010par Annika Breidthardt
BERLIN (Reuters) - Thilo Sarrazin, membre du directoire de la Bundesbank au centre de controverses pour ses propos sur les juifs et les musulmans, a remis jeudi sa démission.
"Le Dr. Sarrazin a demandé au président d'être déchargé de ses obligations", a dit la Bundesbank dans un communiqué.
"J'ai jugé qu'il était risqué, dans l'atmosphère actuelle, de m'opposer à l'établissement politique et médiatique tout entier", a expliqué Sarrazin lors d'une signature de son livre à Potsdam, près de Berlin.
"Cela aurait été présomptueux", a-t-il ajouté, présentant sa démission comme une "rétractation stratégique" qui va lui permettre, a-t-il, de "travailler sur les sujets qui m'importent réellement".
Thilo Sarrazin, qui avait déjà défrayé la chronique par le passé, était menacé de révocation en raison de passages de son nouvel essai, "Deutschland schafft sich ab"("L'Allemagne se détruit"), à l'origine d'une vive polémique dans laquelle la chancelière Angela Merkel et le Parti social-démocrate (SPD), auquel l'économiste âgé de 65 ans appartient, ont pris position contre lui.
Dans cet ouvrage de 464 pages qui figure en bonne place dans les listes des meilleures ventes en Allemagne, Sarrazin écrit que les musulmans minent la société allemande, abaissent l'intelligence moyenne du pays et vivent aux crochets de l'Etat providence. Il évoque également un "gène particulier des Juifs", une expression dont il affirme qu'elle a pour lui un sens positif.
La semaine dernière, le directoire de la banque centrale avait voté à l'unanimité en faveur de sa révocation, transmettant le dossier au président de la République fédérale, Christian Wulff, à qui revenait la décision de valider ou non son limogeage.
Sarrazin, qui vit sous protection policière à la suite de menaces, avait jusqu'alors indiqué qu'il contesterait toute tentative de le relever de ses fonctions, dénonçant un "procès de politique spectacle" et ouvrant la perspective d'une spectaculaire procédure judiciaire.
La Bundesbank, qui l'avait déjà relevé de certaines de ses prérogatives, précise qu'il quittera son poste à la fin du mois.
Le SPD a parallèlement engagé une procédure qui pourrait aboutir à son éviction du parti, même si un sondage a récemment révélé que la formation de gauche n'avait pas le soutien de l'opinion dans cette affaire.
Sarrazin a "franchi la ligne et des gens au sein de son parti disent aujourd'hui qu'il n'y a plus sa place", a expliqué Sigmar Gabriel, chef de file du SPD, refusant que "la sélection par les gènes" ou les "caractères héréditaires" aient voix au chapitre au sein de la gauche allemande.
avec Oliver Ellrodt à Potsdam, Wilfrid Exbrayat et Henri-Pierre André pour le service français
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