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THALES, PILIER DU XVDE FRANCE

Par PAR PATRICE DESMEDT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3229
Pour rester la meilleure mêlée du monde, le XV de France se confronte à la machine.
Pour rester la meilleure mêlée du monde, le XV de France se confronte à la machine.
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L'équipe de France de rugby dispose d'un simulateur de mêlée mis au point par Thales. Un système six axes, atout de choc pour l'entraîneur des avants Didier Retière.

D'avis d'experts, l'équipe de France de rugby aurait la meilleure mêlée du monde ! Et en plein Tournoi des six nations, elle entend bien conserver ce titre. Pour l'aider, Didier Retière, l'entraîneur des avants du XV de France, dispose d'un atout exclusif depuis le mois de juin 2010 : le simulateur de mêlée M-Rex. Il a été mis au point par Thales, en collaboration avec la fédération française de rugby, en six mois. La genèse du projet remonte au début des années 2000. Pour protéger la santé des joueurs, la fédération avait alors introduit une première série de modifications des règles. Suivie en 2007 par la mise en place de dispositions pour la prévention des accidents. « Mais on ne savait pas très bien ce qui se passait dans la mêlée : force développée, vitesse, temps de réaction des joueurs... », explique Didier Retière, ancien talonneur. Il fallait donc mieux appréhender ces paramètres pour assurer une protection supérieure des joueurs. En particulier pour les trois « première ligne », qui se trouvent au contact des adversaires lors des phases de mêlée ordonnée et qui subissent aussi la poussée de leurs cinq partenaires de deuxième et de troisième ligne. En 2009, Didier Retière et Julien Piscione, biomécanicien responsable de la cellule recherche et accompagnement scientifique de la fédération, trouve une solution pour comprendre ce qui se passe dans la mêlée... Ils vont la simuler.

Entraîneur, chercheur et ingénieurs en première ligne

« Notre idée était d'entraîner les muscles du cou, mais aussi de trouver comment être plus efficace en performance et en protection du joueur », explique Julien Piscione. Reste à développer le simulateur. Pour ce faire, le binôme est rejoint par deux hommes que connaît Julien Piscione : Pierre-Paul Vidal, professeur et chercheur en neurophysiologie à l'université Paris V Descartes, et Serge Couvet, responsable des études amont en simulation chez Thales. Plein d'astuces, ce dernier a l'idée de faire travailler une dizaine d'ingénieurs de son groupe, dans le cadre des sessions de formation continue qu'il dirige. Des travaux pratiques en quelques sorte. La mise au point leur demandera six mois. Mais se sont les échanges entre les quatre hommes, forts de leur diversité, qui vont permette d'aller beaucoup plus loin que le projet initial. « Au départ, je disais aux ingénieurs ce qu'il fallait faire, reconnaît Didier Retière. Une erreur. Serge Couvet m'a vite expliqué qu'il valait mieux que je me contente de lister les informations que je souhaitais obtenir. Charge aux ingénieurs de trouver le moyen de me les fournir ». Une fois cette mise au point effectuée, la passion a pu prendre le dessus. Les discussions de l'équipe ont souvent débordé du strict cadre professionnel. Et les ingénieurs de Thales n'ont pas compté leurs heures.

Privilégier le mouvement à la force brute

Installé au centre national du rugby à Marcoussis (Essonne), le simulateur démontre à chaque entraînement tout son potentiel. Didier Retière dispose désormais des informations sur la performance des joueurs, présentées sous formes de courbes : vitesse de réaction, force de la poussée, tenue à l'effort... Autant de paramètres qui vont aider le joueur à prendre conscience de ses atouts et des points à améliorer. L'entraîneur, lui, peut personnaliser de manière encore plus pointue son programme. Mais M-Rex a aussi et surtout montré sa capacité à simuler une véritable mêlée, en tenant compte des comportements des différentes mêlées adverses. « Le simulateur me permet de mettre les joueurs dans une situation qui correspond à mon type d'entraînement, plus en mouvement, en force intelligente, qu'en force brute », complète l'entraîneur. Le huit de devant français, probablement le plus efficace au monde en mêlée fermée, n'est d'ailleurs pas le plus lourd. « Et une séance sur le simulateur vaut plusieurs séances en opposition classique. Les joueurs sont plus sollicités mentalement et améliorent leur perception. » Une deuxième version du simulateur est en gestation. Elle offrirait un certain degré de liberté au niveau des trois têtes de mêlée, pour s'approcher encore plus du comportement sur le terrain.

LA MÊLÉE, UN DÉPLOIEMENT DE FORCE

834 kilos, c'est le poids de la mêlée française 2 mètres par seconde correspond à la vitesse relative à l'entrée de la mêlée 2 tonnes, au pic d'effort maximum mesuré à l'impact 1 tonne maximum en poussée continue

Des technologies militaires au service du rugby

UNE PLATE-FORME INSPIRÉE DES CHARS D'ASSAUT La plate-forme, d'un poids total de 930 kilogrammes, a été conçue par Thales Training et Simulation sur la base d'un simulateur de char Leopard 2, six degrés de liberté (trois translations et trois rotations). Le plateau repose sur des vérins réalisés par l'entreprise Ragonot, comprenant une vis à billes, un piston pneumatique et un moteur sans balai à commande vectorielle. Pour éviter tout accident, le système est équipé de freins à déclenchement automatique et d'un automate qui vérifie les connexions électriques et bloque la machine en cas de besoin. Le tout est expertisé par Bureau Veritas. DES CAPTEURS ISSUS DE L'AÉRONAUTIQUE Contrairement aux apparences, les joueurs ne bougent pas le simulateur. Chacun des « première ligne » appuie l'épaule sur une armature équipée de capteurs issus de l'aéronautique. Ceux-ci envoient les informations au logiciel, qui active le système de contrôle - commande, (également issu du simulateur de char), lui-même faisant réagir le simulateur grâce à un logiciel de restitution d'effort dérivé de ceux utilisés pour les commandes de vol d'avions et d'hélicoptères. « S'il existait un simulateur strictement identique ailleurs, explique Didier Retière, il serait possible de faire une vraie mêlée entre deux équipes à distance.» UN SIMULATEUR HYPER RÉACTIF Depuis un écran de contrôle géré sous Windows, Didier Retière paramètre les réactions du simulateur à l'aide du logiciel de contrôle des exercices et de programmation de la stratégie du simulateur, spécifiquement développé par Thales : vitesse de réaction, force de poussée, comportement agressif ou souple... Il lui suffit de déplacer les différents curseurs à l'aide de la souris ou de guider la machine à l'aide d'un joystick standard. Avec un certain avantage face à ses joueurs : le simulateur réagit au millième de seconde, soit cent fois plus vite qu'un homme.

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