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Thales et Sagem, les frères ennemis de l'optronique

Par Guillaume Lecompte-Boinet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3128

L'électronicien de défense Thales, premier européen de l'optronique, devra à terme engager une coopération avec son concurrent, Sagem Défense Sécurité.

Au culot. C'est comme cela que Thales Land et Joint Systems, la branche armement terrestre du groupe français Thales, a gagné, mi-novembre, le contrat de fourniture des jumelles de vision nocturne du soldat du futur Félin. Avec 25 000 à 26 000 tenues à livrer, ce marché est très important pour sa division optronique. A l'origine, Sagem Défense Sécurité (groupe Safran), par ailleurs maître d'oeuvre du programme Félin, devait fournir ces jumelles. « Mais nous avions développé un produit aussitôt disponible et compatible avec les spécifications de Félin », explique Serge Adrian, le directeur de l'activité optronique de Thales. La jumelle de Sagem n'étant pas immédiatement industrialisable, la délégation générale à l'armement (DGA) a préféré passer un nouveau marché avec son concurrent Thales.

L'épisode illustre bien la guéguerre que se livrent depuis des années les deux champions français de l'optronique. S'il n'a pas manqué de faire grincer des dents chez Sagem, la DGA souhaite mettre un terme à cette bataille fratricide. Ce sera peut-être chose faite en 2009. Un projet d'échanges d'actifs entre Safran et Thales serait à l'étude : l'électronicien reprendrait les activités optroniques de Sagem DS, tandis que Safran mettrait la main sur la navigation inertielle de Thales (lire le numéro 3125 de « L'Usine Nouvelle » du 27 novembre).

UN MARCHÉ EN TRÈS FORTE HAUSSE

Cette opération, si elle se fait, sera longue à mettre en oeuvre et, en attendant, les deux industriels sont poussés par la DGA à collaborer, notamment dans les programmes d'étude amont (PEA). Thales et Sagem DS ont fait une offre commune pour la rénovation de l'optronique de l'hélicoptère Tigre. Ils vont aussi travailler ensemble sur un PEA dans l'imagerie active terrestre, une technologie où l'on utilise les fréquences optiques d'un rayon laser.Permettant de détecter à distance, de voir la nuit et de guider des missiles, l'optronique est devenue une technologie critique pour les armées. Elle est embarquée sur à peu près toutes les plates-formes de combat moderne : avions de chasse, frégates, chars d'assaut, casques... Thales équipe ainsi la nacelle Reco NG du Rafale ou les mâts optroniques des sous-marins anglais Astute. Ces équipements, ainsi que les jumelles Minie qui vont équiper le soldat Félin, sont conçus et produits dans les sites de la division. Notamment à l'usine de Thales Angénieux, basée à Saint-Héand (Loire).

Aujourd'hui, la moitié de l'activité de ce site est réalisée dans la défense. L'optronique militaire est un marché en forte hausse, environ 20 % par an, et pèse près de 6 milliards d'euros au plan mondial. Les besoins sont croissants, surtout dans les conflits asymétriques, comme en Irak et en Afghanistan. Le secteur est logiquement dominé par les américains qui en confisquent plus de 50 %, avec des géants comme Raytheon et Lockheed-Martin. En Europe, hors Thales et Sagem DS, on trouve le groupe italien Finmeccanica et sa filiale Selex.

Avec 600 millions d'euros de chiffre d'affaires prévus en 2008, Thales occupe toujours le leadership européen. Mais il risque de perdre sa position s'il reste isolé. D'autant que la concurrence s'active. Finmeccanica va dépasser le groupe français dès qu'il aura intégré l'optronique de l'américain DRS, groupe qu'il vient de racheter. Pour Sagem et Thales, le message est clair. Pour rester aux commandes, ils devront s'allier ou subir. .

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