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Tête froide à Copenhague

Par Pierre-Olivier Rouaud Rédacteur en chef délégué - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3173
Copenhague COP 15
© Johan Spanner/The New York Times

L’enjeu du sommet, ce n’est pas de sauver le monde. Mais de trouver la base d’un accord politique qui permette d’aboutir à un traité, dans six mois ou un an.

Cette fois, ça y est ! Depuis lundi, le bal des politiques, des médias, des ONG de tout poil, sans oublier les encombrants altermondalistes, a débuté à Copenhague. Nul ne sait ce qui sortira de cette grande messe planétaire sur le climat qui se tient dans le très impersonnel Bella Center, battu par le vent de la Baltique. Pour cela, on devra - peut-être - attendre la fin du sommet, le 18 décembre. Une conclusion qui sera auréolée de la présence de Barack Obama mais aussi des leaders indiens, brésiliens ou chinois. Sans compter la plupart des dirigeants européens, réunis en Conseil ces jeudi et vendredi à Bruxelles pour parler, notamment, de climat. Difficile de conserver la tête froide dans le flux politico-médiatique actuel. Tentons pourtant de garder un peu de bon sens. Sur trois points au moins.

Politique. L'approche du sommet a été l'occasion d'un déferlement d'idées dans le débat public. En vrac : le développement, la décroissance, les inégalités Nord-Sud, l'accès à l'eau, la santé... Autant de sujets importants mais qui n'ont rien à voir avec la climatologie. Le meilleur service à rendre à cette question, c'est de la traiter en soi. Avec mesure. Endosser les thèses les plus malthusiennes, céder au catastrophique, évoquer un supposé « chaos climatique » comme le fait Jean-Louis Borloo n'est rendre service ni à la science, ni à l'environnement. C'est en revanche le meilleur moyen de préparer des chocs en retour dans l'opinion. A Copenhague, l'enjeu n'est pas de sauver le monde, mais de trouver la base d'un accord politique acceptable par toutes les parties pour parvenir à un traité à Bonn, dans six mois, ou à Mexico, dans un an. C'est déjà beaucoup. Sans compter les 60 sénateurs américains à convaincre pour réintégrer les Etats-Unis dans le jeu.

Economique. En matière de croissance verte, les plus grandes espérances, dit-t-on, sont permises en cas de « succès » des négociations. Là encore, il s'agit de garder raison. Dans la capitale danoise, les sherpas vont surtout discuter des engagements de réduction d'émissions par pays, mais pas du mode d'emploi quant à la mise en oeuvre, qui restera du ressort des Etats. En matière d'énergie, par exemple, ce système parcellaire sera-t-il suffisant pour une révision radicale des modèles actuels ? Pas sûr. Le boom mondial des énergies vertes dépend encore, pour l'essentiel, des flots de subventions qui y sont déversés. Pour aller au-delà, il faudra soit que les renouvelables deviennent plus efficaces et moins chères que les hydrocarbures (il reste du travail), soit que Copenhague aboutisse à fixer un prix du carbone dissuasif et mondial. Rien n'est moins sûr.

Scientifique. L'approche du sommet a aussi, heureusement, ravivé le débat scientifique. Si, pour la majorité des chercheurs, les émissions humaines de CO2 ont une part prédominante dans le changement climatique, d'autres doutent de cette explication unique, du rythme du changement ou de ses conséquences. Dans ce débat d'une complexité inouïe, l'ennemi, c'est la simplification. Ce qu'illustre par exemple le reverdissement actuellement constaté du Sahel ou les prévisions du chercheur allemand Mojib Latif. Membre du Giec et persuadé de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique, celui-ci n'affirme-t-il pas que la Terre pourrait se refroidir pendant dix ou vingt ans en raison d'interactions entre l'atmosphère et l'océan ? Une raison de plus de garder la tête froide.


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Brésil, Russie, Inde, Chine, les BRIC sont l'avenir de la croissance mondiale. De pays émergents, ils sont désormais les pays dominants. La formation de nouveaux blocs renversent les anciens équilibres mondiaux. Ana Lutzky et Pierre-Olivier Rouaud décryptent les nouveaux enjeux géopolitiques au travers du prisme de l'actualité. L'information du monde pour écouter la planète.


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