Terres rares : Rhodia mise sur le recyclage
Par Olivier James - Publié le
Alors que la Chine assure encore 97% de la production et contrôle une grande partie du secteur via des quotas contraignants d'exportation, Rhodia annonce une série d'investissements dans le recyclage. Objectif : créer une nouvelle source d'approvisionnement de ces matières premières présentes dans de nombreux appareils et structures de haute technologie.
Le groupe Rhodia, qui vient d'être absorbé par le belge Solvay, a dans les tiroirs plusieurs projets, essentiellement sur son site historique de la Rochelle, en Charente-Maritime. Fin 2011, le recyclage de batteries NiMH (nickel-métal-hydrure) devrait démarrer, en collaboration avec le groupe Umicore. Il s'agit d'équipements que l'on retrouve dans les applications mobiles et les véhicules hybrides.
Début 2012, ce sera au tour des aimants, utilisés dans les éoliennes, les véhicules électriques et les disques durs. Suivra alors au printemps le recyclage des lampes basse consommation : il démarrera en février 2012 sur le site de Saint-Fons, dans le Rhône, et en avril sur celui de la Rochelle.
L'ensemble de ces projets représente un investissement de plusieurs dizaines de millions d'euros, le montant exact n'ayant pas été précisé. Et cette activité pourrait générer jusqu'à une cinquantaine d'emplois.
A terme, le recyclage des éoliennes pourrait également voir le jour. Pour chaque type d'équipement à recycler, la difficulté consiste à séparer ces 17 éléments chimiques que sont les terres rares, alors que leurs propriétés physico-chimiques sont très proches (en raison de leur structure électronique).
Au-delà de l'aspect technologique, la viabilité de cette branche encore naissante chez Rhodia sera surtout assurée si les circuits de collecte fonctionnent efficacement.
Avec ces projets, même si aucun objectif chiffré n'a été communiqué, Rhodia cherche à renforcer sa position dans ce secteur médiatisé depuis peu, mais pourtant bien modeste en matière de tonnage (130 000 tonnes en 2010).
L'activité terres rares a généré un chiffre d'affaires de 223 millions d'euros en 2010 au sein du groupe (soit 20% des parts de marché), emploie 1100 salariés et possède 6 sites industriels dans le monde et 5 centres de recherche.
Et elle est pour le moins porteuse : le chiffre d'affaires pour 2011 devrait être multiplié par deux et s'élever à 500 millions d'euros ! Les principaux marchés finaux du groupe sont la catalyse automobile, la luminescence et le polissage (écrans plats notamment).
Une floraison de projets miniers
Ces projets voient le jour après plusieurs années de réflexion de la part du groupe, sur fond de restriction continue des exportations de la part des autorités chinoises (TVA, taxe d'exportation, quotas de production et d'exportation). Pékin cherche en effet à concentrer un secteur encore très fragmenté et représenté par une myriade de sociétés, à l'instar de la sidérurgie. Et surtout, la Chine souhaite produire davantage de valeur ajoutée sur son sol, et limiter ainsi la fuite de matières premières non transformées…
Dans ce contexte, Rhodia est plutôt bien loti. Acteur historique des terres rares en Chine, le groupe s'est vu allouer des quotas d'exportation en légère hausse entre 2010 et 2011 (de 2413 à 2445 tonnes, contre un total de quotas s'élevant à un peu plus de 30 000 tonnes).
Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Rhodia, tient d'ailleurs à tempérer l'incidence de la politique chinoise. "Je pense que l'Occident a surréagit en résumant ce sujet à un bras de fer entre la Chine et l'Europe. C'est malhabile."
Si Rhodia entend rester en bons termes avec les autorités chinoises, il travaille aussi sur une floraison de projets miniers de terres rares, notamment celui engagé avec le groupe Lynas en Australie. Car Rhodia compte bien assurer son approvisionnement dans les prochaines années avec le recyclage, mais pas seulement.
Un partenariat avec Areva pour les mines mixtes en cours par exemple ; l'exploitation d'uranium pouvant être concomitante avec celle des terres rares. Et le groupe Rhodia admet être en relation aussi avec d'autres partenaires pour d'éventuels projets un peu partout dans le monde.

dans la même rubrique
27/05/2012 Comment l'Ukraine sortira-t-elle de l'Euro ?27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy
27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts












