Le groupe coopératif français arrêtera à la fin de la campagne, en décembre, trois de ses 12 unités, 234 salariés sont concernés. Cette décision est une conséquence de la réduction de la production dans l'Union européenne.
Les sucreries d'Abbeville (74 salariés) dans la Somme, Vic (71 salariés) dans l'Aisne, et Marconnelle (89 salariés) dans le Pas-de-Calais, vivent leur dernière campagne. Le groupe coopératif français Tereos, premier sucrier français, deuxième européen, va fermer trois des douze sucreries de betterave qu'il possède dans l'Hexagone. Il indique être contraint à réduire la voilure par la « réforme de la réforme » du régime sucrier européen. Les raisons qui le conduisent à condamner les trois usines sont liées à des critères « industriels et d'approvisionnement agricole » selon Philippe Pelzer, directeur de la communication de Tereos.
En 2005, les producteurs européens avaient été invités à réduire collectivement leur production de sucre de 6 millions de tonnes sur un total de 16 à 18 millions de tonnes produites chaque année. N'ayant abandonné que 2,1 millions de tonnes, ils sont désormais contraints par Bruxelles à faire le reste du chemin. Le nouveau plan de restructuration, voté fin septembre 2007 par le Conseil des ministres de l'Union européenne (UE), s'applique à tous les producteurs de l'UE, qu'ils soient plus ou moins compétitifs.
Les producteurs de sucre français, les premiers de l'UE, s'étaient jusque-là, sentis à l'abri des restructurations de la « réforme sucre » en raison de la compétitivité de la filière. En
France, l'hectare de betteraves donne entre 12 à 13 tonnes de sucre, contre 8 tonnes en moyenne dans l'UE.
Tereos a annoncé son projet de réduire sa production de 300 000 tonnes, un effort jugé excessif par les syndicats, qui estiment que Tereos fait du zèle. « Tereos va au-delà des exigences de Bruxelles pour pouvoir profiter des aides à la cessation d'activité » (de l'ordre de 600 euros la tonne de sucre « abandonnée ») observe Régis Patte, secrétaire CFDT du CE de la sucrerie d'Abbeville. Le syndicat indique ne pas pouvoir lutter contre la fermeture des sites, mais s'efforce de négocier au mieux les mesures d'âge et les mutations des salariés. Les licenciements ne semblent pas envisagés à ce stade des négociations entre syndicats et direction.
Fin du régime protecteur européen
La réforme « sucre » avait été annoncée par Bruxelles dans le sillage de deux événements venus bousculer le régime protecteur de la filière betterave-sucre européenne. Le premier événement : l'accord « Tout sauf les armes ». Il permettra aux 50 pays les moins avancés d'exporter à partir de 2009 la totalité de leur production sucrière vers l'UE sans aucun droit de douane. Second événement : le jugement de l'Organisation mondiale après une plainte déposée par trois pays producteurs de canne à sucre - le Brésil, la Thaïlande et l'Australie - l'OMC a jugé « illégales » les aides versées par l'UE à ses producteurs pour leurs exportations hors quotas sur le marché mondial.
Ne croyant pas à un rétablissement de la préférence communautaire dans la filière betterave-sucre, Tereos a choisi depuis plusieurs années d'élargir son portefeuille d'activités. Fin 2000, il s'est implanté au Brésil à la faveur d'une alliance avec Cosan, pour devenir acteur de la canne à sucre, l'ennemi viscéral des betteraviers ! Et il dispose désormais d'une filiale en propre au Brésil.
Tereos vient par ailleurs d'investir lourdement dans les biocarburants en
Picardie et en Normandie : 200 millions d'euros à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne), la plus grosse distillerie de betteraves du monde, et 200 millions d'euros à Lillebonne (Seine-Maritime) dans une distillerie de blé. Enfin, début 2007, il a acquis cinq usines européennes d'amidon et de glucose contrôlées jusqu'ici par le groupe britannique Tate & Lyle.
Tereos réalise 3,1 milliards d'euros de chiffre d'affaire, et représente 7 000 emplois industriels, dont 3 000 en France et 2 200 dans la filière sucre-alcool.
De notre correspondante en Picardie, Claire Garnier
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