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Tension à Shenzhen

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3195
Shenzen - Foxconn
© ImagineChina/ Zhang Siling

Foxconn est un symbole. Celui de ces millions d'ouvriers-paysans migrants. Celui aussi d'un modèle sur lequel commence à s'interroger la Chine elle-même.

L'aventure de la Chine moderne débuta à Shekou. En 1979, Deng Xiaoping décida, on le sait, d'expérimenter des « zones économiques spéciales ». La première fut créée le 26 août 1980 dans ce quartier portuaire d'un bourg de 30 000 habitants : Shenzhen. Trente ans plus tard, cette mégapole encadrée par des collines et écrasée dès le printemps par la moiteur subtropicale, c'est 9 millions d'habitants, 120 milliards de dollars de PIB, une forêt de gratte-ciel, cinq lignes de métro, des avenues à n'en plus finir... Cette ville, de plus en plus intégrée à Hongkong tout proche et où, le soir, jeunes ouvriers et employés envahissent bruyamment Huaqiangbei, le quartier commerçant aux néons clinquants, symbolise le dynamisme chinois. C'est là que le regard du monde vient d'être attiré par le drame survenu chez Foxconn, avec dix suicides depuis janvier. Si cette tragédie fait les gros titres, c'est d'abord par le nom de ses clients : Apple, HP, Dell ou Sony.

Ce sous-traitant électronique géant emploie 800 000 salariés en Chine, dont 300 000 à Shenzhen, sans doute la plus grosse usine du monde, avec restaurants, supermarchés, centres sportifs... A nos yeux, les conditions y sont insupportables : organisation quasi militaire, pression sur les cadences, journées de 12 heures et salaires de 180 euros par mois. Le patron du groupe, Terry Guo, 59 ans, est un tycoon de Taïwan que les autorités locales et les représentants du Parti ont sermonné, lui enjoignant de changer ses pratiques. Le 27 mai, après avoir choisi de faire visiter son usine à la presse internationale, il a annoncé une hausse des salaires de 20 % et la création de cellules psychologiques... mais a tenté de faire signer une décharge à ses employés.

Si les patrons taïwanais ont mauvaise presse en Chine, la réalité est complexe. Foxconn, qui publie un rapport social, fait, en la matière, partie du top 10 des groupes cotés à Hongkong, selon l'ONG Oxfam. Et ses pratiques sont moins terribles que celles de ces innombrables PME du Guangdong qui, dans l'ombre, fabriquent des produits à bas prix. Mais voilà, Foxconn symbolise les tensions de la société chinoise. Celle de ces 50 à 100 millions de mingongs, « ouvriers paysans » migrants, dont les moins instruits s'échinent dans le BTP et les autres dans ces usines aux ordres des Occidentaux. Celle aussi d'un modèle économique sur lequel commence à s'interroger la Chine elle-même.

Dans ce sens, l'attention du pouvoir portée à ce cas est un message au peuple qui endure beaucoup pour gagner un peu de prospérité. Un message dans la ligne de la « société harmonieuse » promise par les autorités qui, ces dernières années, ont mis sur pied un contrat de travail ou l'embryon d'une sécurité sociale pour adoucir ce libéralisme sauvage né à Shenzhen. On citera aussi ces « descentes » plus fréquentes dans les entreprises bafouant les droits sociaux ou la grève récente tolérée chez Honda.

Le plus singulier, enfin, est que cette tragédie a pour cadre une cité en pleine mutation. A Shenzhen, la priorité devient la technologie ou la finance, plus vraiment les « sweat shops », ces ateliers de misère. On y célèbre les stars du cru misant sur la R et D tels Huawei (télécoms), Tencent (web) ou BYD (auto), on projette un nouvel opéra, on veut reconquérir la qualité de l'eau... « J'aime vivre ici, nous assure une jeune cadre aisée travaillant dans un groupe chinois, on croise des gens venus de partout. Tout est moderne et jeune. La vie agréable ». Pas encore pour tous.

A Shenzen, Pierre-Olivier Rouaud


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Brésil, Russie, Inde, Chine, les BRIC sont l'avenir de la croissance mondiale. De pays émergents, ils sont désormais les pays dominants. La formation de nouveaux blocs renversent les anciens équilibres mondiaux. Ana Lutzky et Pierre-Olivier Rouaud décryptent les nouveaux enjeux géopolitiques au travers du prisme de l'actualité. L'information du monde pour écouter la planète.


 

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