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TENDANCELa trottinette, fer de lance d'une nouvelle mobilitéMobile, pratique, urbaine, ludique, antistress, un rien régressive... La trottinette prend le meilleur des tendances fortes de la consommation. Radiographie d'un phénomène mondial.

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TENDANCE

La trottinette, fer de lance d'une nouvelle mobilité

Mobile, pratique, urbaine, ludique, antistress, un rien régressive... La trottinette prend le meilleur des tendances fortes de la consommation. Radiographie d'un phénomène mondial.



Midi pile, boulevard de Courcelles, à Paris. Un homme en costume trois pièces traverse le trottoir sur un engin argenté et disparaît. Un instant plus tard, on le retrouve face à un distributeur de billets, visiblement fier de son bolide. Deux roues de roller, une planche d'aluminium et un guidon : c'est sûr, sa nouvelle trottinette fera quelques jaloux. Et pas seulement dans les cours de récréation ! Devant le déroutant succès de la patinette, on s'interroge sur les ingrédients de la recette miracle qui a transformé un joujou relégué aux oubliettes en phénomène mondial de consommation. En effet, depuis mars 1999, l'épidémie a fait 5 millions de victimes de par le monde. Après les quartiers branchés d'Harajuku et de Shibuya à Tokyo, le virus contamine les Etats-Unis et l'Europe. Rien qu'en France, il devrait se vendre cette année quelque 350 000 JD Bug, K2 et autres Micro. D'abord distillées au compte-gouttes dans les magasins branchés à près de 2 700 francs, elles s'emportent à la rentrée pour 700 francs dans les grandes chaînes de distribution d'articles de sport. Les hypermarchés n'ont pas raté le coche : dès l'été, Carrefour et Auchan les proposaient à moins de 550 francs. " Pour nous qui achetons la trottinette 600 francs pièce à des importateurs-distributeurs, le marché est mort ! " enrage un vendeur de la boutique Rollerland à Paris. Les responsables du magasin Hawaï Surf choisissent la lucidité : " Même vendues à 1 000 francs, ça ne les vaut pas ! Mais, le pire, c'est que si on mettait les trottinettes en vente à 3 000 francs, il y aurait des gens qui en achèteraient ! " Bilan de cet engouement sans précédent : on estime le marché mondial de la trottinette à près de 6 milliards de francs ! , Un tel phénomène ne doit pourtant rien au hasard. Ce " joujou qui fait crack-boum-hue " résulte des cogitations d'un inventeur suisse et d'un ingénieur allemand. " Je me suis inspiré des concepts des ingénieurs de la Smart : "The future of the mobility, reduce to the max" ", raconte Wim Ouboter, l'inventeur suisse de la Micro. Résultat : 2,600 kilos d'aluminium et une technologie réduite au strict nécessaire. " Je n'ai jamais voulu en faire un jouet pour enfant ! Si les problèmes de stabilité de la voiture n'avaient pas compliqué son lancement, les premières trottinettes auraient dû être livrées comme équipement des premières Smart ", poursuit-il. Associé depuis 1997 à l'ingénieur allemand Sieghart Straka, il travaille sur des modèles à deux et à trois roues. Mais, plombées par des coûts de production trop élevés, les affaires des patineurs ne tournent pas rond. Ouboter rachète alors à Straka son brevet d'axe de direction et convainc le fabricant de skis et de skateboards américain K2 de distribuer son premier modèle, la Kickboard.

Un phénomène de régression vers l'enfance

L'aventure de la trottinette commence. A Taïwan et en Chine, des usines délaissent la production de vélos pour le nouvel engin. La concurrence fait rage. De grands distributeurs d'articles de glisse sautent sur l'occasion. La chaîne californienne The Sharper Image inonde le marché américain avec l'agressive Razor. L'Europe se laisse gagner par les Micro de Micro Mobility Systems, la marque de Wim Ouboter. Aujourd'hui, les délais pour passer commande auprès des usines sont de six mois. Victime de ce démarrage en trombe, Leclerc aurait raté son départ, faute de fournisseurs disponibles. Pour expliquer ce raz-de-marée, les arguments ne manquent pas. Danielle Rapoport, psychosociologue de la consommation, reconnaît un objet antistress pour urbains en quête de solutions pratiques : " La trottinette participe à la réappropriation de la ville par les citadins. Elle crée une bulle autour de soi. " Pour François Bellanger, spécialiste de la mobilité et fon-dateur de l'agence Transit Consul-ting, " son côté ludique et sympa plaît. Avec ce produit nomade, on montre qu'on se déplace malin, sans polluer ". Plébiscitée par les adultes, la trottinette apparaît aussi comme un phénomène de régression vers l'enfance. " C'est un doudou de la rue, un "dou- dou-mobile" ! " explique Danielle Rapoport. Peu importe alors la praticité de l'objet portable, puisque, " avec le discours sur la croissance, on délaisse les comportements de crise pour se laisser séduire par des objets peu efficaces ".

Vers des versions plus sportives

Mais le phénomène durera-t-il plus d'un été ou rejoindra-t-il les tamagochis et autres gadgets au cimetière des caprices de la mode ? " Personnellement, je suis convaincu qu'il ne s'agit pas d'un phénomène de mode. Quand on met 800 francs sur la table, c'est un achat impliquant ! Ce moyen de transport va durer ", assure Reza Radji, directeur du marketing de Monoprix. Même son de cloche chez Pascal Mossé, chef de produit loisir chez Carrefour : " Le produit atteindra sa maturité, puis se stabilisera. " Pour maintenir le feu sacré, les fabricants comptent sur des versions plus sportives. Les futurs modèles seront ainsi équipés de pneus larges, de planches flexibles et même de moteurs. Mais, en attendant l'épreuve de Noël, le marché a déjà connu sa première mutation : les soldeurs proposent des copies de la Micro pour moins de 600 francs !



Lieux de production : Chine et Taïwan.

Un pied de nez à la pyramide des âges

" Dis, papa, tu me prêtes ta trottinette ? " La question n'est plus vraiment incongrue. Quelques mois ont suffi pour que la trottinette devienne un objet transgénérationnel. " Le phénomène de génération ne marche plus et le marketing de l'offre y est pour beaucoup ", explique Danielle Rapoport, psychosociologue. Les plus jeunes ont craqué pour son côté ludique. Les jeunes adultes s'en sont emparés. " Ils y voient là une soupape de sécurité, une façon de dire "stop ! Je m'amuse !" au moment où l'on exige d'eux la performance ", poursuit la spécialiste de la consommation. Quant aux quelques seniors qui s'y essaient, la patinette offre l'occasion de perdre quelques années en retrouvant les sensations de vitesse de l'enfance.

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