Télécoms et réseaux : Sigfox libère l’internet des objets

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3320
Grâce à Sigfox, les panneaux d’affichage deviennent communicants.
Grâce à Sigfox, les panneaux d’affichage deviennent communicants.
© Grâce à Sigfox, les panneaux d’affichage deviennent communicants.

  Cette jeune entreprise toulousaine propose une technologie innovante et abordable pour permettre aux objets de communiquer entre eux.

Une machine à laver qui contacte le service après-vente en cas de panne ; un trousseau de clés qui donne sa position GPS ; une boîte aux lettres qui prévient du passage du facteur… Ces objets connectés feront partie de notre quotidien. Quand ? Des solutions existent, mais elles sont encore trop chères pour le porte-monnaie du grand public. Avec la technologie cellulaire, il faut compter en moyenne une vingtaine d’euros par modem, 5 euros par mois et par objet pour le forfait GSM et plusieurs milliers pour le système d’information. La technologie est alors réservée à des industriels qui surveillent des flottes d’équipements onéreux. « Et encore, avec la crise, nombre de projets de communication machine to machine [M2M] ont été reportés », constate Samuel Ropert, consultant analyste à l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications (Idate). Le marché reste en attente d’une solution accessible au plus grand nombre.

La bande de fréquence ultracourte

  • Longue portée 1 000 antennes pour couvrir l’Hexagone
  • Faible débit Entre 10 bit/s et 10 kbit/s
  • Grande capacité Jusqu’à 25 millions d’objets par antenne
  • Petit prix Moins de 3 euros par an et par objet

Cette solution, c’est Sigfox, une pépite toulousaine qui l’apporte. Son fondateur, Ludovic Le Moan, est un sérial entrepreneur du numérique. Il a fondé Anyware Technologies, déjà dans le M2M, vendu en 2008. Il est aussi derrière le site de curation Scoop.it. Pour lancer son entreprise, il s’est associé à Christophe Fourtet, un ancien de Motorola qui, pour transmettre de petites quantités de données sur de longues distances, a mis au point une technologie fondée sur le principe de l’UNB (ultra narrow band, ou bande de fréquence ultracourte). « L’UNB est loin d’être récent, puisqu’il a été utilisé pendant la Première Guerre mondiale pour communiquer avec les sous-marins, et plus tard pour la communication avec les navettes spatiales, reconnaît Ludovic Le Moan. Mais il s’agit d’une technologie onéreuse que nous sommes parvenus à démocratiser. »

 

Une couverture hexagonale

D’ordinaire, pour établir une communication sur une bande de fréquence de seulement 100 hertz de large, soit dix mille fois plus étroite qu’une bande de fréquences GSM, il faut des composants extrêmement précis. L’originalité de la solution de Sigfox ? Elle utilise des composants d’entrée de gamme, volontairement peu précis. « Ils n’émettent jamais exactement à la même fréquence, ce qui permet à un grand nombre d’équipements d’échanger simultanément sans interférences », explique Ludovic Le Moan. « Il s’agit d’éléments standards, ce qui abaisse le prix du modem à moins de 1 euro », complète Patrizio Piasentin, le directeur des ventes pour l’Europe du Sud chez Silicon Labs, fournisseur de la puce électronique.

Pour que son alternative au réseau cellulaire soit crédible, Sigfox devait disposer de ses propres antennes. C’est chose faite grâce aux nombreux investisseurs que la PME, qui emploie 45 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros, a su séduire. Intel, notamment, a apporté 10 millions d’euros en septembre 2012. Cet investissement record pour une société française a permis à Sigfox d’accélérer le déploiement de son réseau. « Avec 1 000 antennes, nous couvrons 100% du territoire hexagonal en extérieur, assure Ludovic Le Moan. Pour l’intérieur des bâtiments, les grandes villes sont couvertes. À la fin de l’année, tout l’Hexagone le sera. »

Ils lui font déjà confiance…

  • Clear Channel Le spécialiste de l’affichage urbain communique avec ses panneaux, même avec ceux installés en sous-sol.
  • Maaf L’assureur propose des détecteurs de fumée et d’intrusion à faible coût et d’une très longue autonomie.
  • Grenoble La capitale iséroise commence à déployer des détecteurs de fuites d’eau sur son réseau de chauffage urbain.
  • Le projet Sacha Un bracelet économique de surveillance des patients souffrant d’Alzheimer est en préparation.

Serveurs à Paris et à Toulouse

Côté utilisateur, pas besoin d’investir dans un système d’information coûteux. Que l’on soit industriel ou particulier, il suffit de savoir créer une page web et d’utiliser les Web services de Microsoft. Les données en provenance des objets sont stockées sur le cloud de Sigfox, dont les serveurs sont situés à Paris et à Toulouse. « L’abonnement sera de l’ordre de 3 euros par objet et par an, et pourra être divisé par dix dans les années à venir », promet le fondateur. Au final, Sigfox ne cherche pas à couvrir toute la chaîne, seulement à être le fournisseur du «tuyau » par lequel transitent les informations. Il n’imposera pas de royalties aux fabricants d’équipements qui souhaiteront intégrer sa technologie. « L’important, c’est de proposer le prix le plus bas possible pour que le réseau se développe », déclare Ludovic Le Moan.

Pour preuve, un groupe de travail a été créé à son initiative à l’European telecommunications standards institute (Etsi). L’organisme de normalisation devrait publier, en 2014, un standard appelé « low throughput network » (LTN), auquel les industriels pourront se conformer. « Comme tous les standards, il devra être accepté par le marché, rappelle Patrick Guillemin, chargé de la stratégie de l’innovation à l’Etsi. Si c’est le cas, nous pourrons dire que c’est grâce à une innovation française que l’internet des objets aura été démocratisé. » Cocorico !

« Accélérer l’émergence de nouvelles solutions »

Samuel Ropert,

consultant spécialiste en internet des objets à l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications (Idate)

  • Qu’appelle-t-on l’internet des objets ?

Ce concept englobe les technologies de communications automatisées. Il inclut les communications machine to machine [M2M] via cellulaire, qui représentent un marché mondial de 22 milliards de dollars [près de 17 milliards d’euros], avec une progression prévue de 15 % (30 % en volume) au cours des quatre prochaines années.

  • Quelles sont les limites des communications cellulaires entre machines ?

Le cellulaire permet des communications à haut débit et le suivi en mobilité. Or la plupart des besoins en communications M2M portent sur des échanges intermittents et avec des faibles volumes de données.

  • La technologie de Sigfox correspond donc à un véritable besoin ?

Sans couvrir tous les besoins, elle devrait accélérer l’émergence de nouvelles solutions, en particulier là où les caractéristiques du GSM ne sont pas requises. L’argument du coût reste l’atout majeur de Sigfox, le déploiement de solutions M2M répondant souvent à des objectifs d’économies.

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