Technip ne craint pas la crise
Par Ludovic Dupin - Publié le
A l’image des autres titres pétroliers, le cours de Technip est chahuté en bourse. Pour autant, son patron, Thierry Pilenko, reste serein sur l’avenir et le prouve à travers ses ambitions brésiliennes.
Si le parapétrolier français Technip a organisé sa journée Investisseurs au Brésil ce 4 octobre, ce n’est par hasard. Le pays, dirigé par Dilma Roussef, représente à lui seul environ 10 % de son chiffre d’affaires mondial (6,1 milliards en 2010) et 50 % de son chiffre d’affaire sur le continent américain. Une part qui va croitre encore dans les années à venir avec le développement des champs pétroliers présalifères découverts au large de Rio. Le Brésil accueille aussi l’un des principaux clients de Technip, le pétrolier national brésilien Petrobras.
Technip emploie 3200 personnes au Brésil où il compte des actifs importants : une usine de pipelines flexibles à Vitoria comptant 1500 salariés, un port à Angra, trois navires en opération... A cela s’ajoute une quinzaine de robots sous-marins, un important centre d’ingénierie à Rio, un centre de R&D à Vitoria. Sans compter que Technip est en train de réaliser les démarches nécessaires pour construire une seconde usine de pipelines flexibles aux alentours de Rio d’ici 2014. Un investissement qui se chiffrera au-delà des 100 millions d’euros. Le parapétrolier va aussi augmenter de deux bateaux sa flotte dédiée à la région.
"J’ai parfois du mal à comprendre pourquoi la France est si réticente à aller vers les gaz du schiste", déclarait Thierry Pilenko, PDG de Technip quelques heures après que la France ait décidé d’abroger les 3 permis français ce lundi 3 octobre. Technip n’est pas un foreur, il n’a donc aucun intérêt direct dans les gaz de schiste.
En revanche, il intervient en aval dans l’utilisation du gaz pour la liquéfaction ou la pétrochimie. Le groupe témoigne d’une réelle accélération des projets gaz après Fukushima. Partout dans le monde, le gaz devient une alternative crédible au pétrole et à l’atome… sauf en France.
Partenariat avec Petrobras
La capacité et le dimensionnement des machines-outils de la future usine brésilienne de Technip ont été définis en partenariat avec Petrobras. Il s’agit de répondre directement aux besoins du pétrolier national pour exploiter les champs pétroliers présalifères. Une démarche de bon sens de la part du français, puisque Petrobras va investir 53 milliards d’euros pour ce pétrole non conventionnel d’ici 2015... Sans oublier les 64 milliards d’euros pour les champs conventionnels offshore et les investissements pour l’on shore, le raffinage et la pétrochimie.
Cette capacité de croissance de Technip, si elle est exemplaire au Brésil, se retrouve dans de nombreux zones géographiques : Malaisie, Moyen-Orient, Mer du nord, Afrique de l’ouest, Golfe du Mexique… Entre 2007 et 2011, Technip a investi 1,6 milliard d’euros. Le groupe entend continuer dans les années à venir… et ne s’émeut pas du marasme économique. "La crise est traitée de manière instantanée. Nous, chez Technip, nous sommes sur des marchés à long terme", explique Thierry Pilenko, le PDG.
Aucune baisse des commandes
Les variations ponctuelles de la bourse n’influent pas sur les décisions d’investissements du groupe. Technip dit ne noter aucune baisse de commandes de la part de ses clients, en particulier sur un de ses marchés de référence, la mer du Nord. "Il faut s’appuyer sur des fondamentaux, explique Thierry Pilenko, et ces fondamentaux, c’est que la baisse de production des puits existants est plus rapide qu’attendu."
Comprendre : augmenter la production mondiale de pétrole nécessite d’exploiter de nouveaux champs pour compenser la déplétion des puits en activité. Ce taux de diminution de production est un des grands secrets des majors du pétrole mais pourrait se situer entre 7 et 8 %. Au Brésil, où l’ambition de Petrobras est de passer d’une production de 2,1 millions de barils par jour à environ 7 millions de barils par jours en 2020, de nombreux puits aujourd’hui en activité sont âgés de 20 à 30 ans, soit, peu ou prou, leur "fin de vie". Les pays et les pétroliers n’auront pas d’autres choix que d’investir massivement…
Technip, qui vient d’acheter cash l’américain Global industries pour 1 milliard de dollars, ne s’inquiète pas de sa capacité à financer ses investissements et sa croissance malgré la baisse de son action sur le marché parisien. Thierry Pilenko s’amuse : "Vous savez, je n’ai pas le regard braqué au jour le jour sur le prix de l’action. Que ce prix baisse de 3 % ou grimpe de 5 % en un jour ne change fondamentalement rien, ça reste la même entreprise. Les crises pétrolières ont toujours été de courte durée et basées sur des visions industrielles à court terme. Cela pousse les sociétés à sur-réagir et les sur-réactions sont toujours néfastes."
De notre envoyé spécial au Brésil, Ludovic Dupin

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