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Techni-LinMA PETITE ENTREPRISE CHEZ RENAULTDu lin à la production de composites " naturels ", une coopérative agricole a franchi le pas. Le choc des cultures avec le monde de l'automobile a été rude.

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2827

Techni-Lin

MA PETITE ENTREPRISE CHEZ RENAULT

Du lin à la production de composites " naturels ", une coopérative agricole a franchi le pas. Le choc des cultures avec le monde de l'automobile a été rude.



Les dix-huit employés de Techni-Lin, ne sont pas prêts d'oublier la visite, l'an dernier, des spécialistes en matériaux de Visteon, géant américain de l'équipement pour l'automobile. Pour les " cow-boys " de Detroit, le dépaysement a été total : la petite usine toute neuve du producteur de composites " naturels " campe en plein milieu des champs, à quelques centaines de mètres de la coopérative qui l'approvisionne en fibres de lin. Pour la PMI d'Yvetot, en plein pays de Caux, berceau de la Normandie agricole, le stress des débuts, il y a six ans, s'estompe. " Nous avons été plusieurs fois sur le fil du rasoir, se souvient son directeur, François Asselin, mais il ne se passe plus un mois sans que l'on soit consulté par un nouvel équipementier ! " se réjouit-t-il en jetant un coup d'oeil, depuis son bureau, au défilé de tracteurs qui apportent leur lin à la Centrale linière cauchoise, la coopérative agricole dont dépend Techni-Lin. Comment le Petit Poucet normand (3,35 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2001) a-t-il réussi à se faire un nom dans l'automobile ? " Il profite de l'intérêt des constructeurs pour les produits recyclables et renouvelables. Un argument fort depuis quelques années dans l'industrie de l'automobile allemande, qui fait son chemin en France ", répond Dominique Duriez, directeur de la recherche et de l'innovation de Visteon Systèmes intérieurs. Surtout, Techni-Lin a mis au point un procédé inédit de blanchiment du lin issu de son savoir-faire agricole. Son avantage ? Eliminer les odeurs et les moisissures qui sont le principal handicap des produits à base de lin quand ils vieillissent.

Une diversification nécessaire

Garnitures de portes de l'Opel Astra ou de la Citroën C5, tablette arrière de la Twingo : les premières références de Techni-Lin sont solides. Et la PME compte multiplier par deux ses ventes cette année. " Mais entrer dans le monde de l'automobile a été diffi- cile ", se rappelle Rémi Dubost, l'agriculteur qui préside Techni-Lin et la Centrale linière cauchoise. La réussite doit beaucoup à François Asselin, 50 ans, l'ingénieur agronome qui dirige depuis vingt-deux ans la coopérative. " Il fallait nous diversifier pour atténuer les hauts et les bas de l'activité textile. Dès 1994, nous savions que, dans l'automobile, il y avait une réflexion sur les fibres naturelles. " L'impulsion vient de la rencontre de Reydel, devenu Visteon Systèmes intérieurs. Rémi Dubost s'en souvient comme si c'était hier : " Le 26 décembre 1994, Reydel, qui avait eu vent de nos travaux, a voulu nous rencontrer. " L'équipementier français cherche alors à percer sur le marché allemand. Et il a besoin d'un produit en fibres naturelles pour se positionner sur l'Opel Astra. Entre le centre de recherche de Reydel, à Harnes, dans le Pas-de-Calais, et Yvetot, les allers et retours se multiplient pendant deux ans. " Nous avons étudié le procédé de thermocompression et Techni-Lin a apporté son savoir-faire dans le mélange des fibres. Mais rien n'aurait pu se faire sans la capacité des responsables de la coopérative agricole à adopter une vraie démarche industrielle ", reconnaît Dominique Duriez. Lorsqu'ils se lancent, Rémi Dubost et François Asselin ignorent les règles de la filière automobile. Ils tombent de haut en découvrant les 200 points de l'audit de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (Fiev) qui, depuis la réception des matières premières jusqu'à l'expédition des produits finis, traque les défaillances dans tous les départements de l'entreprise. Le premier audit est un échec. Trois mois plus tard, grâce aux conseils de leur client, Reydel, le précieux sésame est dans la poche. " J'ai retrouvé lors de ces audits le stress des veilles d'examen ", sourit aujourd'hui François Asselin.

Les opérateurs formés chez Renault

Autre bataille, celle du financement. Pas question pour la coopérative de lancer intégralement Techni-Lin sur ses fonds propres. Rémi Dubost et les 200 agriculteurs de la Centrale linière cauchoise (10 millions d'euros de chiffre d'affaires) ont pour la première fois recours au capital-risque pour trouver les 20 millions de francs nécessaires à la ligne de production. Et ils décident d'ouvrir le capital de Techni-Lin à la Coopérative de Cagny. " Cette association avait surtout pour but de rassurer nos clients. Le cours du lin peut connaître des variations de 40 à 50 % d'une saison à l'autre. C'est inacceptable dans l'industrie de l'automobile, où il faut garantir le prix pendant les trois ou quatre ans de la durée d'un contrat ", explique l'agriculteur. Fin 2000, l'arrivée de Christophe Choef, 33 ans, responsable des méthodes recruté chez l'équipementier MGI Coutier, achève de structurer l'équipe. Les opérateurs sont envoyés dans l'usine toute proche de Renault, à Douai, pour se familiariser avec les méthodes de l'automobile, et la petite entreprise adopte les grands principes de ses clients, avec notamment la mise en place d'un cercle de réclamation-clients. " Depuis un an et demi que nous livrons la matière première pour les tablettes arrière de la Twingo, nous n'avons pas eu la moindre réclamation ", relève Christophe Choef. Ce démarrage réussi n'a pas pour autant tourné la tête des dirigeants de la coopérative. " L'automobile a deux avantages. Le petit nombre de clients me permet d'assurer seul les démarches commerciales et cela garantit un gros volume de production ", explique François Asselin. Mais le retard dans le démarrage de plusieurs projets a tempéré son ardeur et la pression de leurs premiers grands clients équipementiers lui fait craindre un dérapage. Visteon vient de demander à Techni-Lin de prendre en charge la transformation de garnitures de portières. " Impossible de refuser, mais ce n'est pas notre vocation. Nous n'avons pas la structure pour nous positionner sur le terrain des équipementiers, ce qui se ferait au détriment de nos marges. L'avenir de Techni-Lin passe aussi par des marchés comme l'horticulture ou l'ameublement ", indique François Asselin. Le paysan normand ne s'est pas laissé éblouir par les feux de l'automobile.

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