Taxe carbone : GDF Suez ne veut pas d’une «subvention au chauffage électrique»

Le 02 juillet 2009 par Ana Lutzky
Gérard Mestrallet
© © Lionel FLUSIN/ABACAPRESS.COM

Alors qu’une conférence d’experts se réunit aujourd’hui et demain pour réfléchir aux modalités d’une taxe carbone, le patron de GDF Suez souhaite que l’électricité soit taxée au même titre que le gaz, le charbon ou le fioul.

C’est mercredi 1er juillet lors d’une visite du barrage hydroélectrique de Génissiat, près d’Annecy, que le patron de GDF Suez a exprimé ses inquiétudes sur la taxe carbone. Ou plutôt, la contribution climat énergie.


«L’idée est bonne. Mais il ne faut pas stigmatiser telle ou telle énergie » a souligné Gérard Mestrallet. Cette taxe, qui demandera vraisemblablement au particulier ou à l’entreprise une contribution à hauteur de sa consommation d’énergie fossile, inquiète le dirigeant. « La France a déjà beaucoup d’électricité dans son energy mix. Si le prix de la tonne de CO2 était à 32 euros, le prix du gaz augmenterait de 15% » renchérit  Henri Ducré, chargé de la branche énergie France de GDF Suez. Il fait ainsi référence à la valeur tutélaire de 32 euros de la tonne de CO2 que le Centre d'analyse stratégique a calculée en tenant compte des perspectives économiques et des objectifs de réduction d'émission. « 15% de hausse, c’est l’épouvantail », estime ce dernier : « les ménages se rueront vers le chauffage électrique ». Une aberration selon le responsable du groupe : « Un chauffage électrique direct produit beaucoup plus de CO2 qu’une chaudière à condensation à gaz. »

« Un chauffage électrique direct produit beaucoup plus de CO2 qu’une chaudière à condensation à gaz. »



Et c’est bien là la crainte de l’énergéticien français : que le gaz devienne beaucoup moins compétitif par rapport à l’électricité, si l’on ne taxe que le gaz, le fioul et le charbon. «  Le risque est que ce soit une taxe sur l’énergie fossile » a souligné Henri Ducré. « Il ne faudrait pas créer un déséquilibre injuste entre électricité et gaz , donner un signal trompeur, et encourager les acteurs à préférer systématiquement le  chauffage électrique au chauffage au gaz. ».

Problème. Les centrales électriques au gaz, polluantes, sont déjà soumises au marché des quotas d’émissions de CO2 (les crédits ETS). EDF, qui n’était pas disponible pour commenter ces propos, risque de peu goûter la « double taxe ». D’autre part, si l’électricité est fournie par une source renouvelable, pourquoi la taxer ? « A performance égale [en termes d’émissions de CO2], taxation égale », estime Henri Ducré. « Le tarif de l’électricité en France n’est pas calculé comme une somme de coûts aujourd’hui » poursuit –il : « Il n’y a pas de signe carbone visible pour le client final. Il faudrait passer le coût carbone dans le tarif de l’électricité».

Que l'on se rassure. GDF Suez, qui préfère une "taxe sur la consommation en amont à une taxe sur le produit final, avec exception pour les énergies renouvelables", plaide pour des mesures de bon sens : une exemption des ménages démunis, l'attribution des fruits de la taxe aux objectifs du Grenelle, une mise en oeuvre progressive, et l'éxonération des industries par ailleurs soumises aux crédits ETS.

Reste dès lors à comprendre comment la prise en compte du coût carbone dans la facture d'électricité appelée de ses voeux pourrait s'appliquer. La seule façon de faire semblerait d’établir le bilan carbone global du producteur d’électricité (pondération entre la part de nucléaire, d’éolien, de solaire, d’hydroélectrique, de gaz, de charbon exploités par le producteur…), d’intégrer d’une manière ou d’une autre le tribut déjà payé via le système d’ETS, et d’intégrer ce « coût carbone » moyen à la facture d’électricité des particuliers et des entreprises.

Un signal envoyé au bon moment à l’attention des experts qui planchent aujourd'hui et demain sur les modalités possibles de la taxe carbone, sous la houlette de l’ancien premier ministre Michel Rocard. C'est que le temps presse : si Michel Rocard souhaitait une mise en place de cette taxe pour 2011, le président de la République Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il préférait appuyer sur la pédale de l’accélérateur. Dans le cas où les dispositions devraient être inscrites dans la proposition de loi de finances pour 2010, elles devraient être finalisées… à la mi- août !

Alors GDF Suez enfonce le clou, quitte à s’exprimer plutôt deux fois qu’une. « Il ne faut pas faire une taxe carbone superficielle, se dire on va faire une taxe charbon pétrole et gaz parce que ce sont des énergies primaires. Si l’on écarte l’électricité en se disant bof, de toute façon on a le nucléaire, ce n’est pas bon. Sinon, on va finalement faire une subvention au chauffage électrique ! »
 


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3 réactions

Johnny | 03/07/2009 - 09H59

Pour équilibrer les choses et éviter une dérive vers le tout électrique (où le chauffage a un très mauvais rendement) et surtout pour inciter à la maîtrise de l'énergie : à quand une taxe sur les déchets radioactifs dont personne ne se soucie aujourd'hui ?

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ETEULE | 03/07/2009 - 09H57

Et les déchets nucléaires.... les risques pour la population... C'est pas de la polution !!! Taxe pour les nuisances induites... CO² ou autres....

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pesket | 02/07/2009 - 19H18

Arguties!!! si le problème est d'éviter la génération de CO2, la taxe doit s'appliquer au prorata du CO2 généré pour une puissance délivrée sous forme de chaleur, d'électricité ou d'autre. -pas de taxe ou peu pour l'electricité nucléaire -après que ce soit gaz, charbon, pétrole, on paie à la tonne de CO2 produite pour une puissance électrique donnée. c'est sur qu'une chaudière à condensation est mieux qu'une chaudière simple

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