Taillé pour le job
Par PAR OLIVIER JAMES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3267Il a réalisé un coup d'éclat en prenant cet été la tête du premier producteur mondial de diamants. Philippe Mellier est devenu l'homme fort de De Beers après une carrière passée dans l'automobile et le ferroviaire.
Sa nomination a brisé une tradition vieille de plus de 120 ans. De Beers, premier producteur mondial de diamants avait toujours été dirigé par des hommes issus du sérail. Mais, depuis cet été, le poste de directeur général a été confié à un « étranger ». Philippe Mellier, 56 ans, a pris la tête de l'entreprise fondée en 1888. L'arrivée de ce transfuge d'Alstom a surpris tout le monde, mais c'était l'effet recherché par Nicky Oppenheimer, le président de De Beers et représentant de la famille qui contrôle le diamantaire depuis le début du XXe siècle. « Il va nous apporter un oeil neuf », lançait-il alors. Le groupe sud-africain n'a pas le choix. S'il pèse un tiers de la production mondiale de diamants, il va devoir revoir son modèle économique. Face à une ressource qui s'épuise faute de nouveaux gisements importants, il compte sur le Français pour dénicher des clients prêts à mettre le prix pour acheter des diamants, en particulier en Chine et en Inde où une classe de nouveaux riches émerge.
Le curriculum vitae de Philippe Mellier ne ressemble pourtant pas à celui du parfait petit diamantaire. Les 18 premières années de sa carrière, il les passe plutôt à vendre des Ford. La voiture, il a ça « dans le sang », comme il le reconnaît lui-même. Chez le constructeur américain, il gravit les échelons et fait la connaissance de Jacques Nasser, son mentor, qui deviendra directeur général de Ford puis président du conseil d'administration de BHP Billiton, un géant mondial de la mine. Ce dernier se souvient : « Je l'ai vu réussir dans des domaines aussi variés que l'ingénierie, le marketing et les missions de management. » Une polyvalence qu'il a cultivée dès le départ : dans la foulée de son diplôme d'ingénieur en génie mécanique, il passe un MBA à l'Insead.
Un grand sens de l'adaptation
Chez Ford, le pragmatique Philippe Mellier court le monde, s'imprègne de cultures différentes, multiplie les postes de direction en Europe, en Nouvelle-Zélande, au Mexique... « Cette expérience a fait de lui un patron à l'américaine, constate une ancienne collaboratrice. Il est devenu un fin négociateur et un excellent vendeur. » Qualités qui lui ouvrent les portes de Renault, au tournant des années 2000. Le PDG, Louis Schweitzer, le propulse directeur général de Renault Véhicules Industriels (VI) afin d'en assurer l'intégration au sein de Volvo. Renault Trucks est né. « Il a beaucoup soigné la communication de Renault Trucks... mais aussi la sienne », assure Philippe Brossette, alors directeur du Plan produit de Volvo. Dès son arrivée, Philippe Mellier a passé son permis poids lourds, qu'il décroche après sa deuxième tentative.
Il est ferme, déterminé. Simplifie pour aller à l'essentiel. « Brutal non, direct oui, admet une ancienne collaboratrice. Ce n'est pas un poète. » Un tempérament qui plaît à Patrick Kron. Le patron d'Alstom fait appel à lui en 2003. « L'entreprise n'était pas en bon état. J'ai été surpris par l'ampleur du désastre », admet Philippe Mellier. S'ensuivent huit années « intenses », avec en point d'orgue l'entrée réussie dans le gigantesque marché russe en partenariat avec Transmashholding (TMH). Une véritable odyssée menée avec Bernard Gonnet, l'un des dirigeants d'Alstom Transport : « La première fois que nous sommes allés voir le propriétaire de TMH, il était en treillis, l'air un peu méchant. Il nous a fallu le convaincre alors qu'il voulait continuer de travailler avec le groupe Bombardier. » Philippe Mellier s'efforce d'arrondir les angles, de s'adapter aux moeurs des industriels russes, de nouer des liens avec les autorités locales. « J'ai passé beaucoup de temps avec les Russes pour les comprendre, raconte-t-il. Avec eux, la dimension affective et les relations humaines sont très importantes. » Cette campagne réussie lui vaut d'être élevé au rang de chevalier de la Légion d'honneur lors d'une cérémonie présidée par Jean-Louis Debré. Et d'être repéré par De Beers. Le sud-africain compte sur cet homme de contacts pour se développer en Russie et au Kazakhstan. Et affronter son principal concurrent, le russe Alrosa.
Aujourd'hui, depuis son bureau londonien où trônent quelques maquettes de camions et de trains, Philippe Mellier n'affiche aucune nostalgie pour ses anciennes fonctions. Les gemmes le fascinent. « L'activité de De Beers s'étend des mines jusqu'aux doigts des femmes », résume-t-il en une jolie formule. Pour se familiariser avec son nouveau métier, il pratique l'assimilation à marche forcée. Visites des mines du groupe au Canada, en Namibie, au Bostwana et en Afrique du Sud, rencontres avec les équipes et les clients... Il va devoir très vite maîtriser les rouages de ce secteur s'il veut réussir sa mission : produire moins et vendre mieux.
« Il a beaucoup soigné la communication de Renault Trucks... mais aussi la sienne. »
Exploration Sa carrière l'a fait voyager sur tous les continents. Avec sa famille, il a déménagé 15 fois en dix-huit ans. Extraction Ingénieur et manager de formation, il se revendique touche-à-tout et homme de terrain. Expérimentation Après trente ans passés dans l'automobile et le ferroviaire, il prend une nouvelle direction en se lançant dans le diamant.











