Sur les cendres de Molex
Le 18 février 2010 par SYLVIE ANDREAU, À VILLEMUR-SUR-TARN | L'Usine Nouvelle n° 3180Quelques machines, une vingtaine de salariés et un client unique. Du naufrage Molex, sur le site de Villemur-sur-Tarn, VMI, un nouvel équipementier automobile, tente de faire surface. Pour survivre, il lui faut au moins doubler de taille d'ici à la fin de l'année.
Le premier chèque, de 200 000 euros, est tombé la première semaine de février. Le bénéficiaire : VMI, pour Villemur Industries. L'émetteur : Molex Group. Le chèque provient de Lisle, dans l'Illinois, le siège américain de l'ancien sous-traitant automobile, aujourd'hui recentré sur la distribution de pièces. Propriétaire du site tarnais jusqu'à décembre 2009, Molex en est devenu le principal client. L'accord commercial a été arraché aux forceps après des mois de lutte sociale contre la fermeture du site. Molex a plié bagages mais, pendant deux ans, il s'est engagé à acheter pour 2,5 millions d'euros à VMI. De quoi amorcer la pompe d'un sous-traitant passé de 280 à 22 salariés en quelques semaines.
DES PRESSES D'INJECTION À LA POINTE
« La première livraison est partie le 23 décembre », se réjouit Marc Laisné, le patron de VMI, recruté par son nouvel actionnaire, le fonds HIG. Une expédition célébrée par un repas et quelques bouteilles de gaillac et de fronton, les deux vignobles qui bordent Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne).
De son bureau au-dessus de l'atelier d'injection, Marc Laisné surplombe l'essentiel du vaste site industriel : une vingtaine de bâtiments en brique, dont les plus anciens remontent à 1932. Jusqu'à la fin de l'année, l'effectif de Molex y cohabitait avec les 600 em-ployés de Labinal, le leader mondial dans le câblage aéronautique, filiale du groupe Safran. Aujourd'hui, VMI n'occupe plus que deux bâtiments au centre du complexe. Et Labinal quittera bientôt à son tour les lieux pour une zone industrielle en construction à l'autre bout de la commune.
Ces deux unités sont encore équipées de machines Molex, presses à injection, moules, gabarit de contrôle, matériel de laboratoire, rescapés du déménagement brutal de l'outil de production par l'ancien actionnaire, au cours de l'automne dernier. Un bal d'une cinquantaine de camions orchestré dans un scénario dramatique de séquestration de cadres, de rodéos nocturnes, d'escouades de vigiles et de coups de feu. « Nous avons un document qui répertorie le chargement de chaque camion », précise Marc Laisné, en désignant un épais classeur, en évidence sur son bureau. Un testament du sabordage de Molex, dont VMI a pu sauver quelques machines.
« Dans l'injection, tout le monde rêve d'avoir des presses comme les nôtres », s'enorgueillit le dirigeant. Elles permettaient au site de produire une gamme de connecteurs comportant des produits sophistiqués, mais surtout, d'afficher un taux de non-qualité particulièrement bas : un PPM de 10, soit 10 pièces défectueuses pour un million livrées. Un atout déterminant pour l'avenir de VMI.
Autre héritage de l'ère Molex dans le deuxième bâtiment : onze machines de précision trop compliquées à déménager pour l'américain. VMI compte les utiliser pour relancer son activité de sous-traitance de découpe fine. Pour l'heure, l'atelier ne reçoit que de rares visites de techniciens qui font tourner les machines à vide. Sur les murs, restent accrochés quelques lambeaux de banderoles syndicales. Ils rappellent la dureté d'un long conflit qui avait amené les salariés à faire annuler deux plans sociaux... Avant de céder à la troisième tentative.
UN EFFECTIF TOMBÉ À 22 PERSONNES
Enfin, Molex avait implanté à Villemur son centre d'analyses européen. VMI en a conservé les équipements et une partie des compétences. Son ancien responsable est aujourd'hui le bras droit de Marc Laisné. Ce matin, ensemble, ils effectuent le chiffrage de pièces d'injection pour des prospects. Un calcul à risque pour une équation délicate. Les clients potentiels de VMI, principalement des équipementiers de rang 1, sont difficiles à harponner. Et les 2,5 millions d'euros promis par Molex permettront tout juste au groupe d'atteindre l'équilibre en 2010. « Notre effectif est tombé à 22 personnes. Notre loyer a été divisé par six et toutes nos charges d'entretien des bâtiments par dix. Nous n'avons pas de coûts d'amortissement, puisque nous avons acheté tout le matériel pour un euro », calcule le dirigeant. Mais pour être crédible sur son marché, VMI doit atteindre la taille critique de 50 ou 60 personnes d'ici à la fin de l'année.
Un espoir auquel la grande majorité des 250 ex-Molex n'ont pas voulu s'accrocher. Car, amère surprise pour les repreneurs du site, plusieurs offres de reclassement ont essuyé des refus de la part d'anciens salariés. Envie, besoin de tourner la page pour certains. Défiance vis-à-vis du projet de reprise pour les autres. « J'ai quand même réussi à recruter les gars les plus pointus dans leur partie », se félicite Marc Laisné. Il reconnaît à demi-mots avoir sous-estimé l'ampleur du malaise sur Villemur. Le montage peu académique de la reprise y participe certainement : dotation en cash de 5,4 millions d'euros, abondement de l'Etat via un prêt de 6 millions, et apport du nouvel actionnaire de... 1 million. « C'est juste l'inverse d'une création d'entreprise, analyse le dirigeant. En général, on commence par une idée, un produit, un client. Là, nous avons de l'argent, des actifs... Mais il manque tout le reste. » Un scénario dont il faut encore combler les trous pour tourner la page Molex.











