Suédois modèles
Le 25 juin 2009
Le succès de la Suède repose sur un goût du large, une formation professionnelle efficace et surtout un record mondial de dépenses en R&D, avec 3,8% du PIB.
Le 1er juillet, la Suède tiendra pour six mois la présidence de l’Europe. Et Fredrik Reinfeldt, son jeune Premier ministre (41 ans), connaîtra une gloire passagère. Nul ne sait s’il devra fairemontre d’initiative face à une nouvelle crisemondiale, une guerre du gaz ou un conflit caucasien. Son programme initial est néanmoins d’importance avec les négociations sur le CO2, en décembre à Copenhague, ou l’accompagnement du (re)vote irlandais sur le traité de Lisbonne. La Suède y a ajouté des thèmes chers à son coeur: la protection de la Baltique ou un soutien à la Turquie, guère populaire à Paris. De quoi occuper ce « petit » pays, comme on dit dans les « grandes » capitales. Pourtant, si ce terme de petit se vérifie par le nombre d’habitants (9 millions), il est faux à bien des égards. D’abord par la géographie (l’Allemagne est plus petite), puis parce que la Suède peut nous apprendre deux ou trois choses.
Sur l’industrie. Les difficultés de Saab, vendu avec force argent public à Koenigsegg, PME de 45 personnes, ne doivent pas cacher la singularité de l’industrie suédoise. Sa tradition plonge ses racines dans les riches mines de fer exploitées dès le XVIIe siècle. Son succès ne s’est jamais démenti. SKF, Assa Abloy, Electrolux, ABB, Alfa Laval, Ericsson, Atlas Copco, SSAB... La Suède recèle un incroyable vivier d’entreprises de pointe (ajoutons Ikea et H&M dans la distribution). L’industrie compte pour 29%du PIB, soit moitié plus qu’en France. Derrière ce succès ? Une tradition donc (notamment celle de la dynastie Wallenberg), un goût du large, une formation professionnelle efficace et surtout un record mondial de dépenses en R&D: 3,8%du PIB. Chacun en rêve, la Suède l’a fait.
Sur la réforme. Portant la social-démocratie à son paroxysme (avec un niveau de protection sociale n’ayant d’égal que les taux d’imposition), le Royaume fut longtemps La Mecque de la deuxième gauche. On venait voir s’inventer des formes d’organisation du travail, telles les usines sans chaînes de Volvo. Certains en rêvent encore. Pourtant, cemodèle s’est essoufflé, les sociaux-démocrates se sont usés, les contribuables se sont énervés et les ouvriers ont retrouvé les chaînes. L’arrivée au pouvoir en 2006 du centre droit menée par Fredrik Reinfeldt, le chef du parti « modéré », a rebattu les cartes. Son pari (réformer en douceur) a été ralenti par la crise. Le défi demeure: assouplir une économie où l’emploi public compte pour 27%, sans casser un système capable de générer 2,6%de croissance par an sur la décennie 1997-2007. Délicat au pays du consensus.
Sur la crise. Comme tous, la Suède subit la récession. En 2009, son PIB reculera de 4,5%. Mais l’affaire du moment est financière. Très engagées dans les Etats baltes, les banques subissent la déroute de pays comme la Lettonie, dont le PIB a plongé de 18%au premier trimestre. La couronne est sous pression, le gouvernement et la banque centrale aux aguets. Avec une certaine expérience. En 1992, la Suède connut une violente crise bancaire. Elle prit des mesures drastiques: garanties illimitées, dépréciations d’actifs massives et rapides, recapitalisations en échange d’une prise de pouvoir sans équivoque par l’Etat. Le prix initial fut lourd: 4% du PIB. Le petit miracle est que les banques furent remises sur pied et le coût du sauvetage effacé par la croissance. La petite Suède a plus d’unmodèle à offrir.
Pierre-Olivier Rouaud

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