Sud-OuestUn marché de la sous-trai tance en expansion mais très sélectif

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2459

Sud-Ouest

Un marché de la sous-trai tance en expansion mais très sélectif

Ce que donneur d'ordres veut..., sous-traitant le fait! Cet adage donne le ton du prochain salon de la sous-traitance, Alliance-Sud, qui se tiendra à Bordeaux du 7 au 10juin. Objectif: promouvoir les preneurs d'ordres du Grand Sud-Ouest. Malmenés par la crise de l'aéronautique et de l'armement, ils ne manquent pourtant pas d'atouts. En association avec la Cdaf (Compagnie des dirigeants d'approvisionnement et acheteurs de France) et les organisateurs d'Alliance-Sud, "L'Usine Nouvelle" publie les résultats d'un sondage réalisé à l'échelon national auprès de 200 responsables des achats de l'industrie. Trois tendances ressortent: le marché de la sous-traitance va se développer à l'avenir; s'ouvrir à des entreprises étrangères; devenir de plus en plus sélectif pour les fournisseurs.Face à cette évolution, les sous-traitants d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées se montrent déterminés à se battre.



Dans les années qui viennent,

pensez-vous que votre entreprise fera...





Vos choix entre faire et faire faire résultent-ils...





La demande augmente

Une stratégie délibérée de délégation de production

Nombre de sous-traitants le constatent, on fait de plus en plus appel à eux. Reste à devenir un vrai partenaire.



C'est net. Une majorité d'entreprises (51%) prévoit d'avoir davantage recours à la sous-traitance. Cette tendance confirme une évolution déjà perceptible. Mais la surprise vient de l'ampleur des chiffres..., qui laissent à penser que le phénomène s'accélère. Certes, la sous-traitance reste la reine des "coups de bourre". 36% des entreprises lui demandent de répondre à des besoins ponctuels. Mais, pour 53% d'entre elles, le recours à la sous-traitance s'intègre dans une stratégie délibérée. 58% confirment sous-traiter pour cause de recours à des technologies qu'elles ne maîtrisent pas. C'est ce que constatent, au-delà des vicissitudes de la crise, nombre de sous-traitants, tel Michel Verrac, P-DG de Gira, à Morlaas (Pyrénées-Atlantiques). Sa firme d'électronique, qui emploie vingt-cinq personnes, partage ses activités entre la production d'équipements de laboratoires et la sous-traitance. "Les grandes entreprises ont intérêt à externaliser leurs productions. C'est autant de frais fixes et d'investissements en moins, explique-t-il. Mais il faut évidemment qu'elles trouvent des sous-traitants capables de répondre à leurs besoins." Depuis plusieurs années, c'est la carte que joue Gira. Et avec succès. Même constat chez Cofalu, à Labrède (Gironde). Cette PMI familiale (35salariés), surtout connue pour son activité dans le jouet, réalise en fait 55% de son chiffre d'affaires dans la sous-traitance en plasturgie. "Nous réalisons nous-mêmes les moules, participons à la conception des pièces. Ainsi, nous devenons les partenaires industriels de nos clients", commente Pierre Ohrensstein, le directeur général. Ce qui a incité plusieurs d'entre eux à transférer des productions chez Cofalu. Du coup, elle a dû investir 1million de francs depuis un an. Pour sa part, Louis Laborde, P-DG d'Axyal, à Serres-Castet (Pyrénées-Atlantiques), est plus sceptique. "Je ne suis pas entièrement convaincu par les réponses à votre question sur les choix entre faire et faire faire, déclare-t-il. C'est typiquement un discours de direction des achats. A long terme, c'est sans doute vrai. Mais les directions générales raisonnent souvent au coup par coup. Le moindre problème justifie des rapatriements. On utilise les sous-traitants comme des fusibles!" Ce qui n'empêche pas Axyal de s'en sortir. Cette PMI de huit personnes spécialisée dans le thermoformage et le moussage de matériaux de synthèse essaie de "donner des arguments aux acheteurs" en démontrant sa technicité.

La méfiance persiste

De leur côté, les fournisseurs de Turboméca, qui a préparé un plan social touchant 450 emplois, redoutent des rapatriements de travaux. Car la crise a exacerbé les "méfiances". "Les grandes entreprises tendent à déléguer leurs productions aux petites. Mais elles leur transfèrent aussi toutes les charges, notamment financières, qui vont avec...", ajoute Daniel Olivier, directeur général de Gers Electronique (70employés), à Lectoure (Gers). La firme de sous-traitance en électronique en sait quelque chose: elle relève de difficultés provoquées par les défaillances de plusieurs de ses clients. Et la persistance de délais de paiement à soixante, quatre-vingt-dix et cent vingt jours, voire plus, n'arrange rien. A la question "Prévoyez vous de réduire vos délais de paiement?", le non l'emporte à... 66%. Déception chez les sous-traitants. Mais, comme le fait remarquer Michel Verrac (Gira), "les sous-traitants ne peuvent espérer modifier les rapports de forces que s'ils parviennent à se rendre indispensables". La croissance future du marché pourrait bien leur en fournir la perspective.



L'internationalisation s'accentue

Le moindre coût favorise la concurrence étrangère

Aller chercher hors des frontières le fournisseur bon marché devient fréquent.Mais attention aux délais et à la qualité!





Envisagez-vous, à l'avenir,

de faire appel à des sources étrangères de sous-traitance?



Si oui, pourquoi?



On le pressentait évidemment. Mais le chiffre est inquiétant: 75% des donneurs d'ordres interrogés avouent envisager de passer commande à des sous-traitants étrangers! Bien sûr, beaucoup n'en faisaient pas mystère. Mais, jusqu'ici, le phénomène était resté limité. L'enquête montre qu'il s'amplifie désormais... 53,5% des responsables des achats invoquent la nécessité de réduire les coûts. Mais un sur quatre se sent également obligé d'acheter à l'étranger pour que son entreprise puisse y vendre. En outre, parmi les "autres raisons" évoquées en réponse à nos enquêteurs, se retrouvent le contenu des appels d'offres internationaux et des marchés de compensation, la présence d'une usine à l'étranger... Au total, on peut ainsi estimer à plus de 30% l'influence du facteur "internationalisation des marchés". Conscients de la menace, les sous-traitants hésitent entre fatalisme et mobilisation. "L'appel aux sous-traitants étrangers et la tentation de délocaliser des productions là où la main-d'oeuvre est moins chère sont souvent le fruit d'un moindre dynamisme, du découragement des industriels", note Jean-Luc Beaugrand, le nouveau directeur technique de Seric, une petite firme (15personnes) de mécanique de précision implantée à Lons (Pyrénées-Atlantiques). "Nous ne baissons pas les bras. L'ennui, c'est que, en tant que sous-traitant, nous n'avons jamais la maîtrise du produit", remarque-t-il. Chez Peintatec (120salariés), Alain Vidal, le directeur commercial, y croit lui aussi. "Face à la stratégie du moindre coût, nous devons mettre en avant notre propre compétitivité et nos niveaux de qualité et de service", affirme-t-il. Une politique pas toujours très facile à suivre pour une PMI de sous-traitance en électronique. La mise en place de structures nouvelles (qualité, achats, bureaux d'études et de méthodes...) est coûteuse. Les investissements aussi. Mais "les efforts ne sont jamais vains". La preuve: la production d'ensembles mécaniques qu'un grand constructeur d'automobiles avait retirée à Dehousse (280salariés, à Pau) au profit d'un fournisseur est-européen lui a été confiée de nouveau. Explication: la qualité et les délais n'étaient pas assurés. De même Drillstar, à Lons, a remporté, face à des concurrents espagnols, l'usinage, le montage et les essais de turbines pour Lectra Systèmes. Pour faire la différence, la firme de mécanique (35employés), qui réalise déjà des ensembles pour les industries pétrolière, aéronautique, médicale et ferroviaire, n'a pas hésité à se "remettre en question" et à faire appel a un conseil en organisation pour "descendre les coûts" et mieux tenir les délais et la qualité. D'ailleurs, comme le pense Daniel Olivier (Gers Electronique), "il y a beaucoup de choses qui ne partiront pas: tout ce qui n'atteint pas les très grandes séries demande des savoir-faire spécifiques, des études en amont ou des prestations en aval".

Certains sous-traitants délocalisent aussi

Tout ce qui reste sera-t-il confié à des sous-traitants étrangers? C'est un peu ce que craint Louis Laborde (Axyal). Et c'est pour cela qu'il mise sur les petites séries, les prototypes, les services de proximité. Axyal est par exemple l'une des trois entreprises européennes à savoir thermoformer le polycarbonate chargé de fibres de verre. Quant à Vincent Ginestet, P-DG de Motolina, à Marcheprime (Gironde), il va encore plus loin. Pourquoi un sous-traitant ne délocaliserait-il pas lui aussi une partie de ses ateliers? Spécialisée dans la fabrication en petites et moyennes séries de volants de conduite, Motolina pourrait implanter prochainement une usine en Hongrie. "La taxe professionnelle est un frein à l'extension d'une entreprise, regrette-t-il. Nous sommes en train de négocier des marchés avec les pays est-européens. Il sera plus judicieux d'aller nous installer dans cette zone." Comme quoi la proximité est un souci partagé par les donneurs d'ordres et les sous-traitants.





La sélection sera plus dure

Des donneurs d'ordres aux exigences accrues

Il faut être pas cher, rapide et fiable mais également capable d'innover, solide financièrement, apte au conseil et avoir un potentiel technique...





Le nombre de vos sous-traitants est-il...



Réclamez-vous une certification (par exemple ISO9000)

à vos sous-traitants?



Classez dans l'ordre les critères de choix de vos sous-traitants



N'est plus sous-traitant qui veut! En tout cas, au vu des chiffres révélés par l'enquête, le challenge promet d'être de plus en plus dur. 84% des donneurs d'ordres réduisent ou maintiennent le nombre de leurs sous-traitants. Et aux trois critères traditionnels de la sélection (qualité, prix, délais) s'ajoutent explicitement d'autres obstacles: la capacité d'innovation, le potentiel technique, la solidité financière et l'aptitude au conseil... "Au fond, plus les donneurs d'ordres sont exigeants, plus je suis content, commente Jean-Claude Ibarboure, directeur général de SEIV Aquitaine, à Mérignac (Gironde). Cela me permet de vendre de la matière grise plutôt que des copeaux..." Son entreprise de mécanique de précision, qui emploie cinquante-trois personnes, dispose d'ailleurs d'un bureau d'études comptant vingt-deux techniciens et ingénieurs. Ce qui lui permet d'être "retenue" pour la réalisation d'ensembles complexes pour l'armement et la recherche nucléaire. Chez Seric aussi, Jean-Luc Beaugrand confirme que "c'est désormais le service qui fait la différence". Pour plus de réactivité, il mettra prochainement en service un système de gestion de projets informatisée. Pour offrir plus de conseil et fidéliser la clientèle, il pense allier Seric avec un petit bureau d'études. Même orientation pour Cofalu, qui projette d'investir 500000francs dans l'aménagement d'une salle propre pour élargir son offre à l'emballage de produits sensibles. On le voit, la réponse aux nouveaux besoins des donneurs d'ordres n'est pas gratuite. Mais elle permet aussi parfois au sous-traitant de se poser en partenaire.

La prise de risque financier est parfois considérable

Latécoère, qui emploie 690personnes à Toulouse, n'était certes déjà pas un fournisseur tout à fait comme les autres. Mais, en acceptant de prendre en charge une part des frais de développement des sous-ensembles de structures d'avions qu'il produit, il accède progressivement au statut d'"équipementier", ou de "sous-traitant de premier niveau". Mais, comme le reconnaît François Junca, P-DG de la firme, "la prise de risque financier est considérable..." Ainsi, pour un portefeuille de commandes de 1,5milliard de francs, soit deux ans et demi de chiffre d'affaires, près de 450millions de francs ont dû être mobilisés en études, industrialisation, plans qualité et encours de production. Pas gratuite non plus, la certification que la grande majorité des prescripteurs industriels exigent... et exigeront! 34% ne traiteront même qu'avec des fournisseurs certifiés. 16,5% seulement ne la réclameront jamais, contre 41% actuellement. Au moins aurait-on pu croire que cette contrainte supplémentaire s'accompagnerait d'une réduction du nombre des audits spécifiques à chaque donneurs d'ordres. Il n'en sera rien. 56,5% pratiqueront des homologations systématiques, contre 47,5% aujourd'hui. C'est certain, sous-traitants et donneurs d'ordres ne sont pas près de perdre le contact!

à Bordeaux

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