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Strasbourg devient la plus grosse université française

Par De notre correspondant, Thomas Calinon - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3129

Les trois universités de la ville ont fusionné le 1er janvier pour former le plus gros établissement d'enseignement supérieur de France. Ce poids lourd de plus de 40 000 étudiants entend s'imposer dans le paysage universitaire européen.

Le big bang universitaire strasbourgeois est en marche. Le 1er janvier, les trois universités Marc-Bloch (langues, sciences humaines), Louis-Pasteur (sciences, économie, médecine) et Robert-Schuman (droit, sciences politiques) ont fusionné en un établissement unique, l'Université de Strasbourg (UDS). Avec 42 000 étudiants, l'UDS devient la plus grosse université de France.

Objectif principal : faire valoir ses compétences et son ancrage dans un environnement transfrontalier et européen pour s'imposer hors de France comme l'un des acteurs internationaux de la recherche et de la formation.

A tous les niveaux, les bouleversements sont profonds. Il faut fusionner les services centraux, de documentation, de logistique... Cela a été préparé en amont, mais « le travail de construction va durer encore longtemps », indique Alain Beretz. Ce professeur de pharmacologie, ancien président de l'université Louis-Pasteur (et acteur des trois pôles de compétitivité Innovations thérapeutiques, Fibres Grand-Est, Véhicule du futur), vient d'être élu à la présidence de l'UDS. Il y a aussi des fusions à l'intérieur de la fusion : l'UFR de sciences physiques et l'IPST (Institut professionnel des sciences et technologies) se rassemblent en une UFR unique de physique et d'ingénierie (masters sciences pour l'ingénieur, physique et matériaux) forte d'un millier d'étudiants, qui devrait bientôt être hébergée dans un nouveau bâtiment sur le campus de Cronenbourg. A l'IPST, on en escompte une meilleure visibilité. « Si ça permet d'avoir une présentation plus synthétique, plus claire pour l'extérieur et pour le monde de l'entreprise, qui doit assimiler 85 % de nos diplômés, tout le monde y gagne », souligne le directeur, Christian Gauthier. A l'UFR de sciences physiques, on met en avant les synergies possibles. « Nous sommes très axés sur la recherche et l'IPST est davantage spécialisé dans la professionnalisation, dont nous ressentons le besoin », détaille Abdel Mjid Nourreddine, le directeur des études.

Renforcer l'attractivité internationale

L'université, dotée d'une autonomie de gestion dans le cadre de la loi LRU, devrait disposer d'un budget annuel d'environ 450 millions d'euros. Elle a été parmi les premières à être sélectionnée pour bénéficier du Plan campus, pour lequel le gouvernement dispose de 3,7 milliards d'euros provenant de la vente d'actions EdF. L'UDS avait chiffré ses besoins à 288 millions d'euros, auxquels s'ajouteraient 240 millions d'euros des collectivités locales.

Pour renforcer l'attractivité internationale de l'UDS, les financements du Plan campus apportent « une valeur ajoutée », selon Alain Beretz, le président de l'université. Parmi les projets qui pourraient voir le jour sous la forme de partenariats public-privé : le réaménagement du site central de l'Esplanade en campus « vert », des chantiers de rénovation du bâti pour en améliorer les performances énergétiques, une Maison de l'accueil international pour les étudiants de niveau master, une extension de l'Isis (Institut de science et d'ingénierie supramoléculaires, structure initiée par le prix Nobel de chimie Jean-Marie Lehn), la création d'un hall d'écotechnologie sur le campus de Cronenbourg et d'un Institut des géosciences, de l'eau et de l'environnement sur celui d'Illkirch...

Les industriels de plus en plus impliqués

L'UDS veut aussi développer d'autres ressources financières pour accroître sa renommée, via ce qu'on appelle en interne « un bras armé » : une fondation partenariale. Son rôle sera de susciter et de collecter les dons issus de particuliers, d'entreprises, voire d'instances publiques. « Le marché du travail scientifique se caractérise par la rareté et une forte concurrence. Si on veut attirer un professeur renommé, il faut pouvoir lui proposer aussi bien qu'en Allemagne, qu'aux Etats-Unis ou qu'en Chine. Dans ce contexte, la fondation n'est pas une baguette magique, mais un outil pour attirer des financements essentiellement privés et tenir notre rang », explique Patrick Llerena, chargé de mission pour la mise en place de cette fondation (lire l'encadré p. 30).

Pour les différentes composantes de l'UDS (UFR, instituts, écoles), la fusion ouvre des perspectives de synergies entre des disciplines jusqu'ici éclatées entre trois établissements. « J'espère qu'il y aura une ouverture pour nos élèves vers d'autres formations, comme l'économie ou le management, car, tôt ou tard dans leur parcours professionnel, ils devront gérer des gens, déclare le professeur Georges Hadziioannou, le directeur de l'Ecole de chimie, polymères et matériaux (ECPM). Dans le monde de l'emploi actuel, nos étudiants doivent avoir une formation beaucoup plus large. Il faut travailler sur les interfaces. Pour le moment, chaque école gère ses enseignements dans son coin, en faisant parfois venir des gens de l'extérieur que l'on paie. A l'avenir, puisqu'on est dans la même marmite avec les autres composantes de l'université unique, on trouvera ces compétences en interne. Et cela nous permettra d'orienter vers d'autres choses nos ressources budgétaires. »

Des organes de coordination entre les différentes composantes, dénommés collegium, doivent renforcer le lien entre l'enseignement et la recherche et susciter l'émergence de formations fondées sur la complémentarité des disciplines. L'un d'eux s'appellera Item (Ingénierie, technologie, économie, management). Il regroupera la plupart des écoles d'ingénieurs de la faculté de gestion (ex-ULP), de l'école de management (ex-URS) et des IUT.

Les services de formation continue fusionnent

« On a déjà un langage commun aux IUT et aux écoles d'ingénieurs qui est la professionnalisation. La gestion et le management vont faire le ciment de tout cela », espère Claude Kedinger, le directeur de l'Ecole supérieure de biotechnologie (ESBS). Item entend s'épanouir dans le réseau Eucor, qui fédère les universités du Rhin supérieur (Allemagne, Suisse et France), au sein duquel le Karlsruhe Institute of Technology (KIT) vient d'être élevé par l'Allemagne au rang de « pôle d'excellence ».

Les services de formation continue, en contact permanent avec les entreprises, fusionnent eux aussi, forts d'un catalogue de 750 formations (www.seforco.fr). « Nous avons été l'un des moteurs de la fusion, car lorsqu'une entreprise nous demandait une formation sur la responsabilité pénale, nous étions obligés de la renvoyer vers l'université voisine. Désormais, nous sommes en capacité de répondre à toutes les demandes », explique Joseph Joly, qui dirigeait jusqu'ici le service de formation continue de l'ULP (Depulp).

Là aussi, le rapprochement avec les sciences juridiques et humaines ouvre d'autres ambitions : « Dans le domaine du droit du travail et de la propriété intellectuelle, par exemple, il y a plein de choses à faire. Ou dans l'audit interne, avec l'Ecole de management. Avec les Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) et la sociologie, il y a aussi matière à se développer. Car les entreprises n'ont pas que des problèmes techniques, elles ont aussi des états d'âme. » .

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