imprimer

Stockage géologique du C02 : quand la France met les moyens

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Francois-Moisan-ademe

Doté de 400 millions d'euros, le fonds de démonstration de recherche de l'Ademe lancé le 10 juillet doit permettre à la France de prendre le train de la croissance verte. A l'heure où Obama sonne également l'heure du "green new deal", interview de Franç

Le fonds démonstrateur de l'Ademe lance en ce moment un appel sur les projets de captage et de stockage de CO2. D'où vient cette idée ? 
 F.M. - Ce fonds est le produit d'une des conclusions d'une table ronde du Grenelle fin octobre 2007.  La décision gouvernementale de création du fonds a été rapide : elle est intervenue au printemps 2008. Trois filières sont concernées par les appels à manifestations d'intérêt lancés en 2008 : les biocarburants de deuxième génération, le captage et le stockage du CO2, et les véhicules du futur.  L'idée est d'accompagner les porteurs de projet retenus, de faire éventuellement des regroupements entre eux, et bien sûr de discuter des coûts des projets. Si l'aide accordée à l'un des porteurs est supérieure à 7,5 millions d'euros, une notification doit être faite à Bruxelles avant d'accorder le financement.

Trois appels ont été lancés par l'Ademe

Biocarburants. L'appel a été lancé en juillet et clos fin septembre. Les projets retenus se sont comptent sur les doigts de la main. Les projets sélectionnés seront soutenus pour réaliser un démonstrateur à l'échelle un dixième.
Transport.  L'appel a été lancé en juillet et clos fin septembre. Les projets retenus sont un peu plus d'une dizaine. Des premiers dossiers (au nombre de 2 ou 3) seront engagés avant fin 2008, les autres, pour lesquels certains éléments restent à discuter, le seront au premier trimestre 2009.
Captage et stockage de CO2. Lancé fin septembre, l'appel sera bouclé le 30 novembre. Le ou les démonstrateurs qui seront sélectionnés devraient pouvoir être construit d'ici 2012. « Ce qui permettrait de réfléchir au financement d'un dispositif d'une taille plus élevée dès 2011-2012, pour imaginer la construction d'un dispositif de taille 1 et un déploiement éventuel à l'horizon 2020 ».
 
Quel est le but ?
F.M. - Le but est de valider des technologies que l'on estime être des options pour des marchés futurs. Il  n'a pas pour vocation simplement de nous permettre d'atteindre l'objectif de 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 fixé au niveau européen, son horizon est plus lointain : celui de diviser les émissions par quatre d'ici 2050. Cela implique de véritables ruptures technologiques et organisationnelles. Le renouvellement du parc de véhicules se fait sur une durée de 30 ans par exemple : cela  signifie qu'il faut que nous ayons d'ici 2020 une panoplie de technologies disponibles. Comme je vous le disais, sa spécificité est celle du long terme : il ne porte pas sur la pollution de l'air, ou le bruit qui relèvent du court terme.

Toxique, le CO2 ?

Le CO2 est toxique à une concentration de 5% dans l'air et mortel à 20%. En cas de fuite, les risques sont circonscrits : il n'intoxiquerait que les personnes situées à proximité immédiate.
Quels projets avez-vous privilégié ?
F.M. - Pour les biocarburants de deuxième génération, nous nous sommes focalisés sur la voie thermochimique, le projet Futurol, déjà financé, mettant déjà l'accent sur la voie enzymatique. Sur les voitures, nous nous sommes centrés sur les hybrides rechargeables et les véhicules électriques. Concernant le CO2, nous nous sommes penchés sur l'oxycombustion et la post combustion pour la phase de capture. La précombustion n'est pas encore assez mûre. Pour la phase de stockage du CO2, nous privilégions la solution sous aquifères salins, parce que c'est l'option qui ouvre des perspectives plus importantes au niveau mondial. A Lacq d'ailleurs, Total dispose d'une expérimentation en gisement de gaz déplété, c'est-à-dire épuisé, à 4000 m de profondeur. Total dispose d'une très bonne connaissance géologique du sol à cet endroit. Le milieu aquifère salin est relativement moins connu et il faut tester son étanchéité.  Par ailleurs les riverains posent des questions légitimes sur la sécurité et les risques de telles installations nécessitant leur validation.  

Stockage du CO2 : comment ça marche

La filière CO2 se compose de trois étapes principales :
La capture : trois méthodes sont actuellement développées : la postcombustion, l'oxycombustion et la précombustion. Les paramètres technico-économiques ne sont pas encore stabilisés, mais leurs rendements sont proches. Il est donc difficile de hiérarchiser ces méthodes.
Le transport : les deux solutions possibles, transport par pipeline ou par navire, sont opérationnelles.
Le stockage est l'étape la plus délicate car l'étude de l'étanchéité d'un site de stockage de CO2 est une discipline nouvelle. Néanmoins, la difficulté n'est pas la même que pour les déchets radioactifs : le CO2 est peu dangereux et un stockage entre 500 et 1000 ans est suffisant car d'ici là les ressources fossiles, principales responsables de nos émissions, seront épuisées, et le cycle naturel du carbone aura permis au taux de CO2 atmosphérique de diminuer.
Par ailleurs, l'état des lieux ci-dessous montre que la capacité de stockage dont on dispose serait suffisante :

Source : Le blog énergies de Sia Conseil

Quel est le coût d'un démonstrateur de recherche?

F.M. - Un « démonstrateur de recherche» veut dire la plus petite échelle qui permet de valider une technologie en conditions réelles. Pour le captage et le stockage du CO2, le projet est effectué à l'échelle un dixième, qui permet d'extrapoler à l'échelle 1. Rien qu'à l'échelle un dixième, le coût  pour la filière captage et stockage peut atteindre plusieurs dizaines de millions d'euros. Or la commission européenne a manifesté la nécessité de mettre en place une douzaine de démonstrateurs de recherche à l'échelle industrielle. Un système de captage et de stockage de CO2 d'une centrale à charbon de 600 mégawatt, représente de l'ordre d'1 milliard d'euros d'investissement. Comment financer ces 12 milliards d'euros? D'autant que le captage de CO2 ne produit pas d'énergie en soi comme le solaire ou l'éolien, au contraire, il demande de l'énergie.

« Aujourd'hui la tonne de C02 s'échange à 30 euros. Vu les coûts d'un système de captage actuels, il faudrait que la tonne de C02 s'échange à 100 euros pour rendre l'investissement rentable ».

Quelles pourraient être les solutions de financement ?
F.M. - La voie possible est la suivante : le prix du carbone rendra économiques à terme ces opérations. Aujourd'hui la tonne de C02 s'échange à 30 euros. Vu les coûts d'un système de captage actuels, il faudrait que la tonne de C02 s'échange à 100 euros pour rendre l'investissement rentable. Certes, les deux courbes vont se rencontrer. Mais pas tout de suite. 

L'Union européenne évoquait l'idée de financer le coût de ces dispositifs de captage avec le produit de la vente aux enchères des permis d'émettre du CO2.  Le Parlement a voté cette disposition mais les Etats membres, au sein du Conseil peuvent avoir un avis différent.

En France, c'est donc très important de mettre en place ce fonds démonstrateur tant que le captage de CO2 n'est pas financé au niveau européen.  La commission européenne est d'ailleurs très intéressée par notre démarche. La Grande-Bretagne a de son côté prévu de réaliser un dispositif à l'échelle 1, financé entièrement par le gouvernement. Ce qui représente un investissement considérable.

Le stockage géologique du CO2 mûr en 2030 ?

Une récente étude du cabinet McKinsey montre que les technologies de Capture et Stockage de Carbone peuvent devenir rentables en Europe d'ici à 2030 avec un coût par tonne de CO2 capturée de 30 à 45 euros. Mais des subventions seront nécessaires pour l'installation de la première génération de sites pilotes : environ 10 milliards d'euros pour la construction de 10 à 15 usines pilotes en Europe, selon McKinsey.
 

Quel démonstrateur se dessine en France ?
F.M. - Pour le CO2, l'installation sera plutôt intégrée : elle comprendra a priori à la fois le captage et le stockage.  L'intérêt de ce démonstrateur se situe à l'exportation plus que sur le territoire national, compte tenu du mix énergétique français. La Chine et l'Inde seront preneuses car elles ont recours aux centrales à charbon. Par contre, elles n'exploitent pas beaucoup  de pétrole et disposent donc peu de gisements déplétés.

Avoir un exemple national à Lacq et un autre avec stockage en aquifère est un argument fort pour montrer que ça marche. Les conditions semblent par ailleurs réunies pour permettre l'émergence de cette nouvelle filière. Nous avons en France de très bons éléments : l' IFP (Institut Français du Pétrole), BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) sont de bons techniciens du sous-sol. Alstom et Schlumberger sont des équipementiers très bons sur le captage en sous-sol. Enfin, les entreprises exploitantes, à savoir les énergéticiens, pourront proposer le service à des exploitants dans les pays émergents.


Quelles sont les émissions de CO2 capturables ?


Pour être capturables, les sources de CO2 doivent être relativement stationnaires et leur volume doit être supérieur à environ 0,1 million de tonnes par an. Le transport, le résidentiel, le tertiaire et l'agriculture sont des secteurs pour lesquels les émissions de CO2 (39% du total) sont diffuses : leur capture n'est pas envisagée. Par contre, les émissions des secteurs de la production d'électricité et de l'industrie (61% du total) sont généralement issues de sources de grande taille. Ces sources ont été répertoriées au niveau mondial par le GIEC en 2002 :


Les émissions mondiales étaient de 24,6 GT en 2002. Le CO2 potentiellement capturable représente donc plus de 50% du total.

Les acteurs industriels se positionnent le long de la chaîne de valeur

Les industriels, essentiellement des énergéticiens européens auxquels la réglementation de l'UE impose une réduction des émissions de CO2, lancent des projets de centrales électriques pilotes en partenariat avec les autres acteurs de la chaîne.
- Récemment, Véolia a annoncé un projet de stockage du CO2 émis par ses incinérateurs de déchets, ce qui ouvre la voie à un nouveau type d'acteurs.
- Les constructeurs de centrales électriques, notamment Alstom, GE et Siemens, développent des unités adaptées à la mise en place d'un dispositif de capture.
- Les producteurs de gaz, comme Air Liquide, Linde ou Air Products, travaillent naturellement sur l'oxy-combustion qui constitue un nouveau débouché pour l'oxygène, mais également sur le transport du CO2.
- Les pétroliers et gaziers sont intéressés par la récupération assistée grâce à l'injection de CO2 dans les gisements en fin de vie. A Lacq, Total compte utiliser le même pipeline qui transportait le méthane mais dans le sens inverse, et stocker le C02 capturé dans le gisement qui habitait du méthane.Ils travaillent également sur l'extraction du CO2 du combustible pour la technique de pré-combustion.
- Les entreprises spécialisées dans l'étude des gisements de pétrole ou de gaz, comme CGG-Veritas, se positionnent sur les aspects liés au stockage du CO2 et à l'étude des réservoirs.

Source : Le blog énergies de Sia Conseil

Ana Lutzky

Lire aussi :
Fonds pour expérimenter le captage de CO2 : l'appel est lancé , le 24/09/2008
Eco-industries : le gouvernement lance un comité stratégique, le 10/07/2008
Obama : la victoire du Green New Deal, le 05/11/2008


Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter