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STMicroelectronics met l'écologie au service de sa compétitivité

Par Camille Chandès - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3170
Panneau solaire
© STMicroelectronics

Neutralité carbone, eau, énergie, déchets... Le numéro 5 mondial des semi-conducteurs est présent sur tous les fronts environnementaux depuis 1995. Philanthropie ? Pas seulement. Cette politique est destinée à rendre l'entreprise plus compétitive.

« Notre entreprise n'a pas attendu les directives d'un sommet sur le climat comme celui à venir, Copenhague, pour agir. Bien entendu, toute avancée sera positive pour la planète, mais cela n'aura pas d'incidence sur ce que nous faisons déjà. » Si Georges Auguste, le vice-président exécutif et directeur du développement durable de STMicroelectronics est si catégorique, c'est que son entreprise a une longueur d'avance dans la lutte contre le réchauffement climatique.

S'ENGAGER POUR ATTIRER LES JEUNES SALARIÉS

Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs (pour la high-tech, l'automobile...) fait figure de pionnier dans la protection de l'environnement. Cette politique volontariste a été initiée par Pasquale Pistorio, le PDG de 1987 à 2005. L'homme était intimement convaincu qu'au-delà des aspects éthiques et sociaux, l'engagement environnemental est un bon moyen de retenir ou d'attirer de jeunes salariés talentueux et de rendre son entreprise plus compétitive. « Je dis toujours que ce sont les jeunes qui m'ont éduqué à ce sujet. Mon fils aîné, après beaucoup de discussions, m'a convaincu que je devais procéder à des changements dans notre façon de faire, dans l'intérêt de la société », a souvent raconté Pasquale Pistorio. En 1995, STMicroelectronics publie donc son premier « décalogue de l'environnement ». Des objectifs chiffrés sont établis pour dix points fondamentaux, dont le recyclage, la pollution, la contamination, les déchets... Près de quinze ans plus tard, les résultats sont probants. Entre 1994 et 2008, l'entreprise a réduit sa consommation d'énergie de moitié, celle de l'eau de près de 73 % et celle

Tout ce qui peut faire avancer la mise en oeuvre de solutions mondiales va dans le bon sens. On ne peut plus rester dans une approche par pays, comme c'était le cas avec le protocole de Kyoto.

Georges Auguste, vice-président exécutif et directeur du développement durable de STMicroelectronics

des composants chimiques de 44,4 % (entre 2000 et 2008). Un tour de force au regard de la taille de ce groupe international (50 000 salariés, 13 principaux sites de production).

UN MOYEN DE SE DISTINGUER DE SES CONCURRENTS

Aujourd'hui, STMicroelectronics se penche sur la réduction de ses émissions de CO2, l'un de ses chantiers prioritaires. En 2010, ses dirigeants comptent avoir éradiqué les émissions directes, liées notamment aux processus de production. « Celles-ci représentent 35 % du 1,2 million de tonnes que nous émettons chaque année. Les 65 % restants sont des émissions indirectes générées par nos fournisseurs d'électricité. Nous ne pouvons pas les supprimer. Nous les compensons donc par le recours aux énergies renouvelables ou à la reforestation », explique Georges Auguste.

La société a ainsi acquis, depuis 2001, 9 000 hectares de plantations aux Etats-Unis, en Australie et au Maroc. Une opération qui lui a permis de séquestrer 180 000 tonnes de CO2 en 2008, soit 15 % de ses émissions. En parallèle, un plan relatif aux transports a été mis en place, afin de limiter les trajets en voiture de ses salariés (covoiturage et transports en commun encouragés). Sur le site de Grenoble (1 200 personnes), 1 000 tonnes de CO2 ont été économisées de cette manière en 2008.

« STMicroelectronics est un bon exemple d'innovation, de stratégie et de développement durable », analyse Michel Rios, le fondateur du cabinet de conseil en management RSE Paradigm21. Les dirigeants ne sont en effet pas des philanthropes : l'engagement environnemental doit servir les intérêts économiques. Pour commencer, il permet de réaliser des économies. En 2008, les factures d'eau et d'électricité ont été réduites de 200 millions de dollars... Ce qui couvre largement les 40 millions de dollars investis dans l'environnement sur cette même période.

Les leviers du succès vert
> Réduire les consommations d'énergie
> Compenser les émissions de CO2 grâce aux énergies renouvelables et à la reforestation
> Encourager les salariés à utiliser des transports alternatifs à la voiture
> Attribuer une prime verte aux managers
Ensuite, il offre un avantage concurrentiel. « Jusqu'à récemment, être proactif nous a permis de faire des économies importantes, mais n'a pas eu d'impact significatif sur nos ventes. Mais c'est en train de changer. En plus des critères habituels, la qualité et le prix, les clients s'intéressent de plus en plus à l'efficacité énergétique de nos produits, ainsi qu'à leur contenu carbone, poursuit Georges Auguste. Ceci devrait se traduire dans nos ventes dans les années à venir. » Carlo Bozotti, le PDG depuis 2005, voit dans l'environnement un bon moyen de se différencier de ses imposants concurrents (Intel, Samsung Electronics, Toshiba et Texas Instruments). D'autant qu'il connaît des temps difficiles et doit se relancer. Début 2009, la société a annoncé la suppression de 4 500 emplois (10 % de son effectif) en vue d'économiser 700 millions de dollars.

LE SECTEUR, CONSOMMATEUR DE PRODUITS CHIMIQUES

Reste que la voie verte empruntée par le groupe franco-italien est loin d'être toute rose. De nombreux fournisseurs d'équipements n'ont pas encore fait de l'efficacité énergétique de leurs produits une priorité... Il faut donc parfois faire sans. Par ailleurs, l'industrie des semi-conducteurs reste très consommatrice de produits chimiques représentant un risque pour la santé. Leur réduction constituera le prochain grand défi de STMicroelectronics.

Impliquer les salariés


« La réussite d'une politique environnementale, comme celle de STMicroelectronics, réside dans son appropriation par les opérationnels », décrypte Michel Rios, le fondateur du cabinet de conseil en management RSE Paradigm21. Le fabricant de semi-conducteurs a impliqué la direction des ressources humaines dans le processus dès le départ. Il a aussi lancé un programme de formation (écologie, santé et sécurité) entre 2004 et 2007, concernant 49 000 salariés (87 % de l'effectif). Et comme l'argent est une source de motivation bien connue, les critères environnementaux comptent dans la rémunération des directeurs d'usine...

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